Nous avions donc embauché une dizaine de personnes pour, essentiellement, mettre le règlement du concours, plié en petit carré d' environ 5cmx5, dans des sachets cello. Nous recevions les dépliants d' un imprimeur d' Amiens qui pouvait produire en grande largeur et qui s' était équipé d' une plieuse. Ce dernier était le même qui est apparu dans mon blog quand j' ai parlé de la Facel-Véga (chap 213). C' était un jeune type rapatrié d' Algérie à qui son père avait payé une imprimerie à Amiens. Il faisait ses prix "à la louche", un peu comme mon père. De toute façon, dans cette aventure, on n' était plus à un centime près. Mais revenons à nos moutons...
Les embauchés étaient principalement des femmes qui étaient sur le carreau suite à une fermeture d' usine. Ce n' étaient pas les meilleures, ni les plus jeunes, ces dernières ayant retrouvé du travail dans d' autres bonneteries moreuilloises.
Il fallait faire avec. Je n' étais pas habitué à diriger pareil aréopage. Sans me vanter, je n' avais eu aucun problème d' autorité avec les collégiens et lycéens à Montalembert et encore moins avec les soldats du 43° RBIMA. Mais avec des mémères de 55 ans ce fût une autre paire de manche.
Le local que nous avions loué (voir photo ) était sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée nous fabriquions les sacs et à l' étage, ces dames mettaient en sachet et en soudaient le haut pour faire une sorte de collerette dans laquelle on viendrait faire un trou rond de la largeur d' un goulot de bouteille. Cela n' avait l' air de rien, mais demandait quand même suffisamment d' attention. J' étais principalement en bas, mais quand je montais à l' étage , j' avais l' impression de pénétrer dans un poulailler. Que ça bavache un peu, c' était bien normal mais que ce soit le chahut, ça je ne pouvais pas le tolérer. J' avais un mal fou à faire régner l' ordre d' autant plus qu' au bout de quelques jours, une des dames, plus malignes que les autres s' aperçut en lisant le règlement du concours Lesieur que celui-ci avait une date limite et donc que leur emploi était menacé. Je n' avais pas regardé de trop près, mais c' était évident que cela posait problème. Je m' en suis ouvert à mon père qui s' y connaissais bien en technique de l' autruche," dis-leurs qu' il y aura un autre concours après". En fait ce fût presque vrai car le concours fût prolongé à cause du succès remporté par celui-ci. Mais nous n' en n' étions pas là. Après la découverte de la date limite du concours, mon autorité faiblit de plus belle et je dus pousser un "coup de gueule" de temps en temps, pour ne pas dire souvent. Elles n' appréciaient pas du tout et l' une d' elles qui avait des références historiques me surnomma : Chl' itlérien. Ça m' a beaucoup fait rire, ainsi que mon père d' ailleurs. L' après-midi il venait souvent nous donner un coup de main pour percer les trous à l' emporte-pièce, j' aimais qu' il vienne car les ouvrières se tenaient alors tranquilles. Il se vidait la tête à perforer des trous, mais surtout il lorgnait sur la seule ouvrière jeune que nous avions embauchée. C' était la discrétion même, mais à y regarder de près, elle avait "quelque chose" qui n' avait pas échappé au paternel.
Très vite nous nous sommes aperçus que notre petit atelier ne suffirait pas à produire les millions de sachets qu' il fallait ensuite acheminer à travers toute la France. Nous avons dû acheter d' autres soudeuses à pédale que nous avons placé chez quelques particuliers de Moreuil. Cela encore ce n' était pas suffisant. Nous sommes donc allés à la prison d' Amiens pour donner du travail aux prisonniers. Puis dans un centre d' handicapés à Boves. Je me chargeais de la logistique. Ça me faisait prendre l' air et oublier les soucis de cette commande pas comme les autres.
Très tôt après les premières livraisons, nous eûmes des réclamations : les sachets éclataient lorsque les gens de chez Lesieur les posaient sur le goulot plus ou moins délicatement. Il fallut resserrer les boulons comme on dit et s' appliquer davantage, pas facile d' expliquer çà à mon aréopage...Notre ami Laporte usa beaucoup de sa diplomatie et de son entregent pour calmer le courroux de Lesieur. Mais je crois que ce qui les calma surtout fût le succès de leur concours qui se répercutait déjà dans leurs ventes.
Je ne sais pas combien de temps exactement à duré cette aventure, je pense que c' est aux environs de 4-5 mois.
Nonobstant le problème de la rentabilité de cette affaire qui me turlupinait, je dois reconnaître que j' ai vraiment eu le sentiment de rentrer de plein pied dans le monde du travail et tous les aspects tordus qui réclamaient une créativité de tous les instants m' ont fait envisager l' avenir différemment et positivement.
Travailler dans l'
emballage n' était pas ennuyeux loin de là !!
par les nazis. Il fallait donc employer uniquement le terme SHOAH. Je crois que tous les fidèles présents ce dimanche-là ont bien compris la leçon...


pour dîner sans rien perdre de la musique assez
vieillotte distillée par les instruments.