Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 13:57

 

 

 

                               Nous avions donc embauché une dizaine de personnes pour, essentiellement, mettre le règlement du concours, plié en petit carré d' environ 5cmx5, dans des sachets cello. Nous recevions les dépliants d' un imprimeur d' Amiens qui pouvait produire en grande largeur et qui s' était équipé d' une plieuse. Ce dernier était le même qui est apparu dans mon blog quand j' ai parlé de la Facel-Véga (chap 213). C' était un jeune type rapatrié d' Algérie à qui son père avait payé une imprimerie à Amiens. Il faisait ses prix "à la louche", un peu comme mon père. De toute façon, dans cette aventure, on n' était plus à un centime près.  Mais revenons à nos moutons...

Les embauchés étaient principalement des femmes qui étaient sur le carreau suite à une fermeture d' usine. Ce n' étaient pas les meilleures, ni les plus jeunes, ces dernières ayant retrouvé du travail dans d' autres bonneteries moreuilloises.

Il fallait faire avec. Je n' étais pas habitué à diriger pareil aréopage. Sans me vanter, je n' avais eu aucun problème d' autorité avec les collégiens et lycéens à Montalembert et encore moins avec les soldats du 43° RBIMA. Mais avec des mémères de 55 ans ce fût une autre paire de manche.

Le local que nous avions loué (voir photo ) était sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée nous fabriquions les sacs et à l' étage, ces dames mettaient en sachet et en soudaient  le haut pour faire une sorte de collerette dans laquelle on viendrait faire un trou rond de la largeur d' un goulot de bouteille. Cela n' avait l' air de rien, mais demandait quand même suffisamment d' attention. J' étais principalement en bas, mais quand je montais à l' étage , j' avais l' impression de pénétrer dans un poulailler. Que ça bavache un peu, c' était bien normal mais que ce soit le chahut, ça je ne pouvais pas le tolérer. J' avais un mal fou à faire régner l' ordre d' autant plus qu' au bout de quelques jours, une des dames, plus malignes que les autres s' aperçut en lisant le règlement du concours Lesieur que celui-ci avait une date limite et donc que leur emploi était menacé. Je n' avais pas regardé de trop près, mais c' était évident que cela posait problème. Je m' en suis ouvert à mon père qui s' y connaissais bien en technique de l' autruche," dis-leurs qu' il y aura un autre concours après".  En fait ce fût presque vrai car le concours fût prolongé à  cause du succès remporté par celui-ci. Mais nous n' en n' étions pas là. Après la découverte de la date limite du concours, mon autorité faiblit de plus belle et je dus pousser un "coup de gueule" de temps en temps, pour ne pas dire souvent. Elles n' appréciaient pas du tout et l' une d' elles qui avait des références historiques me surnomma : Chl' itlérien. Ça m' a beaucoup fait rire, ainsi que mon père d' ailleurs. L' après-midi il venait souvent nous donner un coup de main pour percer les trous à l' emporte-pièce, j' aimais qu' il vienne car les ouvrières se tenaient alors tranquilles.  Il se vidait la tête à perforer des trous, mais surtout il lorgnait sur la seule ouvrière jeune que nous avions embauchée. C' était la discrétion même, mais à y regarder de près, elle avait "quelque chose" qui n' avait pas échappé au paternel.

Très vite nous nous sommes aperçus que notre petit atelier ne suffirait pas à produire les millions de sachets qu' il fallait ensuite acheminer à travers toute la France.  Nous avons dû acheter d' autres soudeuses à pédale que nous avons placé chez quelques particuliers de Moreuil. Cela encore ce n' était pas suffisant. Nous sommes donc allés à la prison d' Amiens pour donner du travail aux prisonniers. Puis dans un centre d' handicapés à Boves.   Je me chargeais de la logistique. Ça me faisait prendre l' air et oublier les soucis de cette commande pas comme les autres.

Très tôt après les premières livraisons, nous eûmes des réclamations : les sachets éclataient lorsque les gens de chez Lesieur les posaient sur le goulot plus ou moins délicatement. Il fallut resserrer les boulons comme on dit et s' appliquer davantage, pas facile d' expliquer çà à mon aréopage...Notre ami Laporte usa beaucoup de sa diplomatie et de son entregent pour calmer le courroux de Lesieur. Mais je crois que ce qui les calma surtout fût le succès de leur concours qui se répercutait déjà dans leurs ventes.

Je ne sais pas combien de temps exactement à duré cette aventure, je pense que c' est aux environs de 4-5 mois.

Nonobstant le problème de la rentabilité  de cette affaire qui me turlupinait, je dois reconnaître que j' ai vraiment eu le sentiment de rentrer de plein pied dans le monde du travail et  tous les aspects tordus qui réclamaient une créativité de tous les instants m' ont fait envisager l' avenir différemment et positivement.

batiment-AG.JPGTravailler dans l' emballage n' était pas ennuyeux loin de là !!

Par astondbr
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 14:18

     APPEL à TOUS MES LECTEURS :

VOUS ETES DE PLUS EN PLUS  NOMBREUX MAIS JE NE CONNAIS PAS VOS PÔLES D' INTERETS POUR MA PETITE GAZETTE .

POUR LA SUITE, J' AIMERAIS QUE VOUS  FASSIEZ QUELQUES COMMENTAIRES, CELA M' AIDERAIT POUR ORIENTER LA TENEUR DE MES ARTICLES . MERCI A L' AVANCE.                     

 

 

 Revenons à présent    sur l' affaire "géniale" que j' ai évoquée dans l' article précédent.                   

Plusieurs agents commerciaux travaillaient pour mon père. L' un d' eux était "mandataire". Il habitait une très belle maison à Amiens. Je ne savais pas ce que voulait dire le terme"mandataire" à l' époque. Ce que je savais c' est qu' on lui payait 5% de commissions alors que les autres recevaient  seulement 3%. Mon père m' avait expliqué qu' il avait plus de frais que les autres et que souvent il devait "arroser" des acheteurs. Laporte, puisqu' il s' appelait ainsi, travaillait pour d' autres sociétés et notamment pour Lesieur. Un beau jour il entend parler d' un concours promotionnel  qui pourrait intéresser l' imprimerie Morvillers. Il explique le topo à mon père:

Le concours devait porter sur plusieurs millions de bouteilles Lesieur, devait durer plusieurs mois et nécessitait du papier et des sacs en cello, deux ingrédients qui pouvaient être produits à Moreuil dans nos ateliers. Le chiffre d' affaires était colossal, le bénéfice estimé non moins colossal, la commission pour Laporte impressionnante. Mon père avait expressément besoin de calmer ses banquiers (ça je le savais par le comptable qui venait souvent s' épancher vers moi et dont les épanchements m' empêchaient de dormir...). Le forcing fût fait auprès de l' acheteur qui était en fait un agent qui s' occupait de la publicité pour Lesieur. Ce dernier avait une R8 Gordini et mon père revenait toujours de ses escapades parisiennes avec Laporte et ce type, l' eau à la bouche et la tête pleine des bruits d' échappement de la Gordini. Parce qu' il a fallut nombre de repas bien arrosés pour aboutir à la signature du contrat... Une petite partie du bénéfice escompté s' en allait déjà en fumée.

Un beau jour la commande arriva.

Branlebas de combat. Le terme n' est pas trop fort. Il fallait à présent réfléchir...car pour l' instant personne n' avait réfléchit à la réalisation de cette commande gigantesque.

1- Il fallait acheter plusieurs tonnes de cello contrairement à ce qu' avait dit mon père au comptable

2- il fallait acheter une machine spéciale extrêmement rapide pour confectionner des petits sacs qui seraient mis sur chaque bouteille d' huile

3- il fallait une machine emporte-pièce pour faire un trou en haut du sac, lequel trou servirait à maintenir le sac sur le goulot de la bouteille.

4- il fallait des soudeuses pour sceller et rigidifier le haut des sacs sur la largeur du trou

5-il fallait trouver un imprimeur capable de faire le dépliant, donnant des indications pour le concours, lequel serait inséré dans le sac. Nous n'étions pas du tout équipés pour produire ce genre de dépliant.

6- il fallait du personnel en pagaille...c' est le mot

J' en passe et des meilleures comme disait Victor Hugo.

La commande avait été prise sans aucune réflexion approfondie sur tous ces points. Comment avions-nous pu donner un prix ? Je crois que le prix avait été fait à l' envers et que le responsable du projet ayant un budget, avait dit : banco !, si vous me le faites à ce prix là...Mon père fonçait toujours la tête la première dans ces cas-là.

 

Le local, nous l' avions, c' était celui où je faisais vivoter la cartonnerie. Le personnel, nous l' avons embauché facilement car une bonneterie venait de fermer à Moreuil et nombre de femmes étaient sur le carreau. (C' était déjà le début des faillites à Moreuil). Nous avons commandé en hâte la machine à sacs et les soudeuses à pédales.

Je me suis retrouvé au coeur du projet, c' était autrement plus intéressant que de faire des boîtes en carton. Vous pourriez croire que mon père une fois lancée l' affaire m' a laissé tous les embêtements sur le dos ? Non, il n' était pas comme ça et il a toujours été là pour trouver des solutions à tous les problèmes que nous découvrions au fur et à mesure.

La machine à sacs était en stock, elle fût rapidement installée. Je n' avais jamais conduit ce genre de bécane mais ce n' était pas bien compliqué. Nous devions la faire marcher 8 heures, cela devait suffire. On embaucha une jeune fille de seize ans, la fille d' un commerçant de Moreuil et j' eus beaucoup de chance car elle se révéla être une perle. Comme je devais faire tourner un peu la cartonnerie, nous avions décidé de faire les sacs de 5h à 13h, et l' après-midi, je fabriquais quelques milliers de boîtes sur les machines obsolètes. Je suivais en cela l' exemple de mon père qui depuis belle lurette travaillait sur une imprimeuse de 5h à 13h puis l' après-midi s' occupait de ses clients au téléphone et quelques fois recevait (rapidement...trop rapidement) son comptable. Très vite, la jeune fille sut faire marcher la machine sans moi et même un matin que mon réveil n' avait pas sonné, elle ouvrit l' atelier et démarra la machine toute seule. Quand je me suis pointé à 5h30, la fille avait déjà produit quelques milliers de sachets et son sourire en disait large sur sa satisfaction.

Quand l' affaire Lesieur fût terminée, mon père la récupéra dans l' autre atelier, mais elle eût du mal à supporter ses collègues et nous n' avons pas su la garder.

La semaine prochaine, je vous dirai comment je me suis fait surnommer

 "chl' itlérien" Lesieur-Plus-Om-ga-3.jpg

Par astondbr
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 14:05

 

                         Pendant le parcours du retour en Picardie, j' eus tout le loisir de retracer dans ma tête les évènements depuis la fin de mon service militaire.  Mais auparavant je voudrais dire que je n' avais aucune amertume envers la personne de Brigitte.  Nous avions été heureux ensemble et sa lettre de rupture m' avait beaucoup touché. Elle avait su trouver les mots apaisants. Je dois reconnaître qu' elle ne m' avait jamais caché l' existence de son fiancé.  N' empêche que j' avais quand même un poids sur l' estomac et la gorge sèche depuis le moment  où j' ai reçu cette lettre. En revenant au volant de ma Dauphine, je positivais au maximum  : comment aurais-je fait pour maintenir le contact étant si éloigné d' elle ? Nous étions en 1965, les communications n' étaient pas ce qu' elles sont aujourd' hui. Brigitte n' aurait jamais accepté de venir à Moreuil et pour moi, aller travailler en Allemagne paraissait irréalisable. Bref, le destin m' avait évité bien des tourments et non des moindres...

 

Ceci étant dit, revenons pour de bon à mon retour de l' armée.

Sans que je n' y prenne garde, mon père avait cogité dans sa tête un plan pour me garder dans l' entreprise familiale. D' abord, il fit le forcing pour détruire dans mon cerveau la possibilité de devenir journaliste automobile : "C' est un métier de traîne-misère, tu ne gagneras pas ta vie là-dedans."

J' avais envoyé une lettre de candidature spontanée au patron du journal "L' automobile" dès mon arrivée à Moreuil, mais je n' avais pas eu de réponse. Je n' étais donc pas en position de force. D' autant plus que l' idée de mon père n' était pas nouvelle, j' en ai déjà parlé il y longtemps. Cela faisait  bien 5-6 ans qu' il y pensait. Alain, mon frère cadet étant déjà en place à l' atelier de Cellophane et mon frère Dominique (le 4° de la fratrie) étant à l' atelier typo. Pour moi,  mon père avait imaginé de monter une cartonnerie. Il avait sans coup férir, acheté un lot de machines obsolètes, loué un local et hardi petit !...Ca, c' était tout craché mon père.

Entre temps j' avais eu une réponse favorable du journal l' Automobile pour un rendez-vous (cela ne veut pas dire que j' aurais été engagé, peut-être m' auraient-ils demandé de faire une école de journalisme.) Je n' ai pas eu le courage de dire à papa : "Tout ce que tu as fait pour installer cette cartonnerie, arrête et dépêche-toi de revendre.". J' ai donc laissé courir et je me suis fait embarqué dans cette histoire qui n' avait aucune viabilité, ni maintenant, ni dans le futur.

Quand j' ai commencé à faire l' analyse du prix de revient d' une commande, ce que mon père aurait dû faire d' abord, je me suis aperçu que nous ne pouvions même pas payer la matière première au prix où nous vendions le produit fini, prix qui nous était imposé par le marché. Mais je vais arrêter là avec cette histoire, laquelle, heureusement n' a pas perduré.

Là où mon père a été très fort, c' est qu' il a fait croire à un de ces amis cartonniers qu' il allait s' installer et lui faire concurrence. La seule façon d' éviter ça c' était qu' il lui rachète le matériel...Le cartonnier, après 3 whisky, lui dit d' accord et le pacte fût conclu...Les machines obsolètes ont été déménagées et riblonnées par le copain de mon père......

 

Avant de développer une autre idée de mon père, celle-là vraiment géniale, il faut que je fasse une parenthèse sur la situation à cette époque du marché de l' emballage.

En 1909, un suisse du nom de Brandenberger déposa un brevet de fabrication de cellophane. Les français tardèrent à l' exploiter et c' est la firme américaine Du Pont de Nemours qui fabriqua les premiers kilos de cello en 1925. Les français, à Mantes-la-Jolie exploitèrent le brevet à partir de 1929. Pour faire simple, la cellophane est un papier transparent imprimable et collable. Dans les années 50, elle devînt scellable à chaud, ce qui augmenta considérablement son intérêt.  J' ai relaté, au début de mon blog, les débuts de mon père dans l' emballage, je ne vais pas y revenir. Sa première machine date de 1953, c' était une machine à sacs et c' est principalement pour "La pie qui Chante" que l' atelier travaillait, puis il y eut les bas "Le Bourget" et le fond de commerce s' agrandit de jour en jour. Si quelques fois il m' arrive de

me montrer critique envers mon père, je n' oublierai

doypack.JPG 200px-La_Pie_qui_Chante-logo.jpg

jamais qu' il a eu le flair de se lancer dans l' emballage, métier qui était complètement nouveau pour lui. L' affaire dont il est à l' origine existe toujours, elle est passée après son départ par différentes mains prestigieuses : Rhône-Poulenc, Elf, Péchiney, Alcan, Amcor. Elle existe toujours, 150 personnes y travaillent , notamment à la production de sacs pour la vente en super-marché de produits alimentaires, le fameux Doypack. 

En somme une belle réussite pour un pionnier du film transparent.

Par astondbr
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 14:32

 

                      On l' avait dit mourant il y a deux ou trois ans, puis la machine s' était remise en route tant bien que mal, mais son corps était usé, usé par la douleur. A ce moment-là, je lui avais rendu visite à L' hôpital Sud. Il m' avait reçu debout parce qu' il ne pouvait plus s' asseoir et recevoir couché, c' était indigne de lui.

Il m' avait dit : "Pour vivre comme ça, il faut mieux mourir, à quoi ça sert de continuer à vivre ainsi ?"

Quelques semaines après, il allait mieux et il était en convalescence à l' hôpital de Montdidier, dans sa paroisse. Je l' ai revu là-bas, tout étonné de le voir en vie et heureux. Il admirait les infirmières qui s' occupaient de lui. On l' avait mis dans une chambre vacante du service des soins palliatifs et il assistait de près à ce travail (si on peut parler de travail) bien spécial qui est d' entourer les patients avant qu' ils ne rendent l' âme.

Après cette période il a repris une vie active entre Montdidier et Amiens.

J' avais quelques conversations téléphoniques avec lui et quelques échanges par mail au moment du bouclage de la revue paroissiale "Eaux-Vives" dont je m' occupais. Quand il promettait un article ou un édito, il tenait toujours sa promesse, à l' extrême limite du bouclage, mais jamais au-delà. "Marc, vous l' avez bien reçu ? me demandait-il, n' est-il pas trop long ?" Je lui répondais que tout allait bien même si son article était toujours trop long. J' essayais bien de supprimer quelques phrases, mais c' était mission impossible, tout se tenait, on ne pouvait rein enlever.

 

Je me souviens d' un repas où j' étais en face de lui. J' étais le seul laïc de la table. Il s' énervait facilement en discutant, non pas de manière agressive, bien au contraire, mais pour mieux nous faire partager ses doutes et ses angoisses.

" Nous avons une tâche très difficile, ce que nous voulons inculquer à nos fidèles est proprement INCROYABLE".

 

Quelques jours après, au cours d' un sermon, je me rappelai cette phrase quand s' écria : " Le Christ va venir parmi nous, est-ce que vous en avez vraiment conscience ?"

 

Une autre fois, il est arrivé à Montdidier venant d' une autre paroisse où il disait une messe le matin.  Virage sur les chapeaux de roues de sa 2CV bleue et radio à fond, 2 minutes pour passer l' étole, il était prêt. Mais ce jour-là, remonté contre un chroniqueur à la radio qui avait parlé d' holocauste au lieu de shoah, il entreprit de nous démontrer que cela n' avait rien à voir. L' holocauste est un sacrifice consenti et bien entendu ne s' applique pas au drame juif car ceux-ci n' ont jamais demandé à être exterminés 440px-Montdidier_eglise_St-Pierre_-angle_Nord-_et_vallee.jpg par les nazis. Il fallait donc employer uniquement le terme SHOAH. Je crois que tous les fidèles présents ce dimanche-là ont bien compris la leçon...

 

Il a beaucoup payé de sa personne. Étant curé à Montdidier, n' aurait-il pas été normal que l' ancien curé malade lui cède une partie du presbytère ? Ce dernier n' a jamais voulu, obligeant l' Abbé Perdu à d' incessants va-et-vient entre Amiens et sa paroisse. Cela l' a beaucoup fatigué. Pour m' en parler c' est qu' il l' avait en travers de la gorge comme on dit vulgairement.

 

Depuis qu' il avait quitté Montdidier, je ne l' ai pas revu. En revanche, j' ai fait la connaissance de deux de ses soeurs auxquelles je tiens à faire part de toute ma sympathie à l' occasion du deuil qui frappe leur famille.

Par astondbr
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 13:59

baden-4.jpg

 

                             C' est bien pour me changer les idées que je pris la route de Baden au volant de ma petite Dauphine. Peut-être croiserais-je une jolie blonde qui me ferait oublier Brigitte, ne serais-ce que l' espace d' une soirée ?

Je suppose que Baden est très animée l' été, mais n' allez surtout pas dans une ville de cure aux abords de l' hiver pour vous distraire, Baden ressemblait à Vichy et à l' heure où j' y pénétrais, il n' y avait pas âme qui vive sur les trottoirs.

Je cherchais désespérément le centre et sans trop savoir si je l' avais trouvé, je décidai de "dégoter" une chambre pour la nuit. Un quartier paraissait plus éclairé que les autres. C' était malgré tout très calme. Après avoir déposé mon modeste sac dans ce qu' on pourrait nommer une"chambre de bonne" améliorée, je partis à pieds à la recherche d' une quelconque compagnie, de préférence pas si quelconque que ça. Je ne me souviens pas avoir mangé ce soir là, autant dire que je n' avais guère faim; le voyage depuis Moreuil m' avait rassasié.

Après avoir fait les cent pas autour de l' hôtel, je dus me rendre à l' évidence que j' étais le seul ou presque à errer dans cette ville si renommée. Au bout d' un moment j' aperçus les lumières d' un minuscule cabaret , la façade était illuminée par un néon bleu. Je n' irai pas jusqu' à vous mentir qu' il s' appelait "L' ange bleu", mais ce qui est sûr c' est que l' atmosphère à l' intérieur baignait dans le bleu. Après avoir longtemps hésité, je franchis la porte et m' installai à un table. Il y avait 4 ou cinq couples en salle et quelques clients au bar. C' était mortel, il faut bien le dire. Puis vers vingt-deux heures une jolie fille, venant du dehors traversa la salle et quelques minutes après elle apparut sur la minuscule scène et fît un numéro d' effeuilleuse. Elle était si mince et la salle si fraîche que j'  ai eu froid pour elle. Son numéro fini, elle se rhabilla en coulisses et retraversa la salle pour aller faire son streap, je suppose, dans un autre endroit...s' il y en avait un.

 

Ayant constaté que je ne tirerais rien de cette soirée, je me rendis à l' hôtel et tentai de passer une nuit réconfortante. Avec la fatigue du voyage, je pensais que le sommeil viendrait vite. Cependant, pour s' endormir il faut être calme et avoir suffisamment chaud. Aucune de ces deux conditions n' étaient au rendez-vous . J' étais mal dans ma peau et la chambre était froide. C' était un lit à couette comme pratiquement tous les lits en Allemagne. J' ai passé la nuit à remonter la couette sur moi.

J' étais constamment réveillé par le froid.

J' avais hâte que le matin arrive, mais en novembre il ne faut pas demander l' impossible. Je quittai Baden vers 9 h et prenais la direction d' Offenburg en espérant un miracle : rencontrer Brigitte.

 

En arrivant dans la rue principale, je vis passer une Volskwagen vert pomme. C' était une nouveauté chez ce constructeur, il avait enfin décidé de construire autre chose que des"coccinelles", c' était la nouvelle "Passat", le moteur était encore à l' arrière.

Mais je vous raconte ça qui est sans grand intérêt...  Ce qui est plus intéressant c' est qu'au volant de cette voiture il y avait Brigitte qui filait à toute allure. Il faut se souvenir qu' elle travaillait chez Volkswagen. Je me suis efforcé de la suivre. Heureusement la couleur de sa voiture m' aidait bien. Elle finit par se garer sur le parking de l' église. Je ne la savais pas pieuse. Nous n' avions jamais abordé le problème de la religion. La messe était à 11 heures, elle n' était pas en avance, c' est pourquoi elle se dépêchait. J' arrivai à trouver une place pour me garer mais la belle était déjà entrée dans l' église. La nef et les transepts étaient pleins à craquer. Depuis la guerre, les allemands qui avaient beaucoup prié, étaient restés pieux.

Grâce à son éternel manteau blanc, à sa chevelure blonde et sa grandeur, je n' eus pas de mal à la repérer parmi la foule habillée de vêtements sombres.

En jouant un peu des coudes, j' arrivai à me glisser à côté d' elle.

Elle devînt toute pâle. Je ne valais guère mieux. Je vis une larme couler sur sa joue. Puis elle courut vers la sortie. baden3.jpg

Pour ne pas éveiller l' attention des fidèles, j' ai marqué un temps d' arrêt.

Quand je me suis décidé à la suivre, elle était déjà loin et cela valait mieux sans doute.

Sur le parking de l' église, il n' y avait plus de petite voiture vert pomme.

Je pris aussitôt la route de la France.

Par astondbr
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 14:32

  Comme le premier chapitre s' appelle : "C' est là que tout a commencé",  celui-ci terminera ma vie d' homme célibataire.

J' ai raconté mon enfance à Lignières-Châtelain, à Moreuil, ma période scolaire au Mans puis à St-Brieuc pour finir par trois années de bonheur à Montalembert et à Offenburg.

Le hasard fait que je suis entrain de lire l' excellent livre de Delphine De Vigan "Rien ne s' oppose à la nuit". Dans ce livre sur sa mère, elle entre-coupe les chapitres purement biographiques, de réflexions sur la difficulté d' écrire sur sa famille.

Elle croyait que ce serait facile de combler les manques d' informations par de la fiction, en fait c'est quasiment impossible. Elle dit qu' elle a failli laisser des pages blanches au lieu  de décrire des faits trop difficiles à supporter. Faut dire que la vie de sa mère n' est pas un long fleuve tranquille, issue d' une fratrie de neuf dont la moitié a disparu par suicide ou accident, Lucile, sa mère s' est suicidé. 

Même si je suis l' aîné de neuf, la comparaison s' arrête là. Chez nous la fratrie est encore complète après 69 ans. Pas de tentative de suicide, pas de drogue.

Ce que je vais raconter aujourd' hui n' est rien que banal, mais ce n' est pas plaisant, c' est tout. Je reviendrai plus tard sur la façon dont j' ai intégré la vie professionnelle qui est assez banale aussi mais pas plaisante non plus.

Delphine de Vigan s' invente des maux de dos qui l' empêchent de se tenir devant son ordinateur pour remettre à plus tard l' écriture d' un chapitre dérangeant...j' ai failli le faire aussi. 

 

Brigitte et moi avons correspondu quelques mois. Je n' ai aucun souvenir de ces échanges. Quand j' ai quitté la maison de mes parents, ma mère surveillait d' un oeil les paquets que je préparais pour les emmener dans la petite maison conjugale, elle a vu que j' allais emporter différents paquets de lettres, elle m' a dit "Brûle tout ça, c' est mieux ". Je l' ai écouté et je n' ai rien gardé. Sage conseil de ma mère. Il y avait les lettres bleues et parfumées de Frédérique, les blanches d' Andrée, quelques unes de provenances diverses, quelques-unes de mon père aussi.

L' automne était bien avancé quand un matin, une enveloppe venant

d' Allemagne, m' annonça la nouvelle : le fiancé-constructeur-de-ponts-en- Argentine était revenu pour se marier. La lettre de Brigitte était bien tournée, elle me ménageait beaucoup. La phrase que j' ai retenue est à peu près celle-ci : "je ne peux pas effacer des années d' amour avec Karl, ne m' en veux pas, je comprends ta peine...etc...etc"

Pendant quelques minutes je fus incapable de me lever, j' ai bizarrement compris ce qu' on ressent quand on est "sonné".

Un état d' égarement a succédé à l' incapacité de  marcher puis il a fallu faire face aux problèmes du travail qui n' attendaient pas. J' ai passé le reste de la journée la gorge sèche. Je n' ai rien dit à mes parents sauf que j' irai probablement à Offenburg le week-end suivant.

J' avais acheté une Dauphine d' occasion pendant l' été. Je pris la route un samedi matin.

 

J' allais faire quoi ? Je n' avais aucune chance de rencontrer Brigitte. Je n' avais pas l' intention de sonner à sa porte, cela aurait été inconvenant et lui aurait certainement causé beaucoup de désagréments. Depuis la lettre, je ne réagissais pas de manière consciente, j' étais dans un nuage, comme perdu.

Du côté de Metz,( à cette époque pas d' autoroute,) je vis une affiche pour le film "Jour de fête" de Jacques Tati. Des copains intellos me l' avais chaudement recommandé. Je me suis  dit que cela me changerait les idées. J' ai bifurqué et je suis allé voir le film. Je fus déçu, j' ai très peu rit, mais c' était à cause de l' état second dans lequel je me trouvait depuis la réception de la lettre de Brigitte.

En arrivant à Offenburg, je parcouru en long, en large et en travers les rues que je connaissais par coeur, dans l' espoir d' apercevoir la crinière blonde de Brigitte. Et bien sûr, j' ai fais une halte au café Am Mark.

Après une heure passée à tournicoter, je pris la route de Baden-Baden où j' avais la ferme intention de penser à autre chose.baden-baden.jpg

Par astondbr
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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 14:04

paris-28-dec-004.jpgcathedrale3.JPG

 

 

                       Avant de faire une rétrospective de mes meilleures lectures de l' année écoulée, très riche en bons bouquins, laissez-moi vous faire partager une réflexion au sujet des deux photos qui illustrent cet article. L' une est celle du portail "Notre-Dame" de la cathédrale d' Amiens et l' autre, prise quelques jours après, est celle de la devanture des Galeries Lafayette décorée pour Noël. Ne trouvez-vous pas une  ressemblance ?

Si j' ai un conseil à vous donner, en période de fête, allez plutôt vous promener dans la cathédrale d' Amiens qu' à Paris, boulevard Haussmann....

 

1Q84 d' Haruki MURAKAMI (tomes 1 et 2)

Déjà best-seller au Japon avec un démarrage des ventes 6 fois supérieur à celui d' Harry Potter, ce roman ne déçoit pas. Le troisième tome est à paraître ce mois de janvier.

2 histoires se chevauchent à tour de rôle, par chapitres courts.

A) Tengo, prof de math. Il a beaucoup de temps libre qu' il consacre à l' écriture d' un roman et à aider le patron d' une maison d' édition. Un manuscrit arrive justement sur le bureau de ce patron qui est sidérant d' originalité. Tengo partage tout à fait ce sentiment avec son patron. Le manuscrit est l' oeuvre de Fukaéri, une jeune fille de 17 ans.

B) Aomamé est une jeune femme de 30 ans, coach à domicile en arts martiaux. Une de ses clientes est une vieille dame fortunée qui héberge des femmes et des enfants qui ont subit des sévisses sexuels de la part d' hommes abjects.

Dans le second tome, les deux personnages principaux qui se sont aimés sur les bancs de l' école primaire mais se sont perdus de vue ensuite, vont tenter de se retrouver.

Il y a évidemment des allusions à 1984 de Georges Orwell. On parle beaucoup de Tchékhov.

C' est passionnant comme un bon roman policer. C' est très poétique par moment et très facile à lire.

 

LA COULEUR DES SENTIMENTS (voir article 23)

 

L' ART FRANCAIS DE LA GUERRE PRIX GONCOURT 2011 d' Alexis Jenni (voir aussi chapitre 24)

Un grand livre que l' on pourrait situer entre "Les bienveillantes" et "Le club des incorrigibles optimistes". Le narrateur (lyonnais comme Jenni) se prend d' amitié pour Victorien Salagnon qui lui donne des cours de peinture. Au fur et à mesure de leurs rencontres, il lui raconte "ses" guerres. D' abord le scoutisme, puis la résistance et ensuite l' Indochine et l' Algérie. Beaucoup de réflexions sur le colonialisme, la cohabitation impossible entre EUX et NOUS, qu' est ce que l' IDENTITE, sur le vrai rôle de De Gaulle.

Mais il n' y a pas que la guerre et des réflexions sociologiques, il y a aussi de belles pages sur l' amour. Prenez votre temps, ce livre en vaut la peine, c' est LE livre français de l' année sans aucun doute

 

LONG WEEK-END de Joyce MAYNARD

Une magnifique histoire racontée dans un style sans fioriture mais très agréable. De belles pages d' émotions, du suspence, des personnages attachants, de l' humour.

Henry est un collégien de 14 ans, travaillé par la puberté. Il vit seul avec sa mère et passe ses week-end chez son père remarié. A l' aube du long "pont" du 1° mai, le hasard fait qu' il se retrouve avec sa mère sur le chemin d' un évadé de prison, Frank. Frank est blessé. Ils vont le ramener à la maison, le soigner et dès ce moment va naître une empathie entre les 3 personnages. Et même entre la mère et Frank, c' est une histoire d' amour qui commence....

 

DES VIES D' OISEAUX de Véronique OVALDE

L' histoire se passe dans un pays sud-américain. Vida vit avec son mari, chirurgien et fabricant de scalpels. Sa fille unique Paloma les a quittés. Vida part à sa recherche, aidée par Taïbo, un policier qui va l' emmener dans le village mal-famé de son enfance, village plein de légendes. En fait Paloma vit avec un jeune homme jardinier à ses moments perdus et les deux amoureux squattent les villas de propriétaires absents. Roman très agréable à lire, beaucoup d' humour et  style inimitable.

 

LES SOUVENIRS de David FOENKINOS

Assassiné par certains critiques (comme La Délicatesse d' ailleurs) ce roman, probablement un peu autobiographique, est un petit bijou de sensibilité. L' auteur pense que les souvenirs sont la seule chose que l' on possède vraiment sur terre. C' est une méditation sensible sur la vieillesse et les maisons de retraite, la difficulté de comprendre ses parents, l' amour conjugal, le désir d' écrire. Il raconte au premier degré une histoire simple, avec délicatesse et humour.

 

LE CONGRES de Jean-Guy SOUMY

L' auteur de La tempête et de La chair des étoiles nous raconte un fait de vie sociale sous Louis XIV dont je n' aurais jamais soupçonné l' existence.

L' histoire se passe dans une famille de bâtisseurs (les bouygues de l' époque), architectes de père en fils. 35 000 limousins travaillent au château de Versailles. L' édit de Nantes va être révoqué, les protestants sont pourchassés. Les familles protestantes doivent fuir ou adjurer. Guillaume n' est pas croyant. Un soir, une famille en fuite sous la tempête, vient taper à sa porte pour demander asile. Il les loge et les conduit le lendemain à l' embarcadère. Il tombe amoureux d' Esther. Avant de la quitter, elle fait promettre à Guillaume d' aller voir sa soeur Jehanne restée en France. Jehanne ressemble beaucoup à Esther. Guillaume va l' aimer et se marier avec l' accord de son père...mais pas de sa belle-soeur, une chipie de première qui fera tout pour que les jeunes époux se soumettent à l' épreuve du congrès...

 

Et ENCORE...

La LIONNE BLANCHE de Henning MANKELL

HYPOTHERMIE d' Arnaldur INDRIDASON

JOURNAL IMPOLI de Christian Millau (voir article 19)

PISE 1951 de Dominique FERNANDEZ ( voir article 20)

ARRETEZ-MOI LA de Iain LEVISON (voir aticle 21)

LA JEUNE FILLE A LA PERLE de Tracy CHEVALIER

 

Parmi les "classiques" j' ai relu avec délectation PAVILLON DE FEMMES de Pearl BUCK de 1948

Par astondbr - Publié dans : littérature
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 14:14

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                           J' aurais pu intituler ce chapitre "La quille", mais c' est un terme que je n' est jamais trop utilisé, peut-être parce que ceux qui s' en faisaient un liet-motiv  exécraient l' armée alors que moi-même, je n' avais jamais eu à me plaindre de ce passage obligé sous les drapeaux. Le jour arriva pourtant, même en traînant des pieds, où il fallut rendre au fourrier le paquetage des vêtements kakis et revêtir des habits civils un peu chiffonnés. Comme tout un chacun, j' ai réussi à me mettre à gauche une paire de rangers qui finalement ne m' a jamais servi. 

Nous devions passer prendre notre livret militaire et notre perm "libérable". Sur mon livret, il est marqué : " mauvais soldat et très bon sous-officier", cela m' a fait sourire et me satisfaisait tout-à-fait. Je savais pourquoi j' avais hérité de la mention "mauvais soldat". Cela venait de mon lieutenant à La Valbonne, il n' avait pas apprécié que j' écrive à Pompidou, ni que je rate mon examen (pas fait exprès, je le jure). Il faut retourner au début le l' année 1964 pour comprendre mieux tout ça. J' étais content finalement car j' avais ressenti aussi au cours de cette année à Offenburg, que je  m' étais assez bien débrouillé avec les soldats qui m' avaient été confiés.

Je n' ai aucun souvenir de mes adieux à mes camarades de chambrée, Cadiot, Tizzoni, Chaudé et Verrey. Nous sommes partis plus ou moins en même temps sans grandes effusions. Je ne sais même pas si nous avons échangé nos adresses.

Je vais rencontrer les deux premiers cités ce week-end prochain, mais c' est par pur hasard que j' ai pu les retrouver.

A Brigitte, je n' ai pas fait d' adieux puisque nous devions nous revoir sans trop tarder.

 

Vers quel destin m' amenait le train de nuit plein de militaire ? Mon avenir était particulièrement, non pas sombre, mais pour le moins vague.

Le piston sur lequel je comptais pour rentrer comme journaliste à Sport-Auto était crevé. L' abbé Vander m' avait signifié que son ami, co-fondateur du journal, Jean Lucas, avait vendu ses parts et qu' en plus le journal avait quelques soucis financiers. Il me restait peut-être une opportunité avec la revue "L' automobile" dirigée par M. De Vaseilles.  Le père de Jérôme Chaudé avait travaillé dans ce journal et il m' avait conseillé de faire une candidature spontanée. Il m' avait même dit qu' en cas d' embauche il fallait demander un prêt au patron, lequel serait obligé par la suite "de t' augmenter pour t' aider à rembourser ta dette". Mais je n' en étais pas encore là....

 

En attendant, le train filait vers Amiens...et puis Moreuil. (photo)

 

Pour le premier article de l' année, je préfère reporter à plus tard le récit de mon introduction dans la vie active sur laquelle je ne serai pas exhaustif pour ne pas lasser le lecteur. J' essaierai aussi de ne garder que les évènements amusants.

 

Comme vous devez l' imaginer, je ne pensais qu' à une chose, reprendre le train pour Offenburg et retouver Brigitte.

Je suis resté un mois dans ma famille éparpillée entre Moreuil et Quend-Plage avant de reparler à mes parents d' une virée en Allemagne.


Je pris le train de nuit et j' arrivais à Offenburg par une belle matinée de début septembre. Je louai une voiture, la sempiternelle Opel rekord et je montai chez Brigitte. C' était la première fois que j' allais sonner à sa porte. C' est sa mère qui m' ouvrit, une petite femme dont je parle au chapitre 245. Elle me regarda avec de grands yeux comme si j' étais tombé du ciel. Je sortis pour l' occasion les trois mots d' allemand que je connaissais et la brave dame me fît comprendre que Brigitte n' était pas tout-à-fait prête.

Mais une minute après la belle me sautait au cou.

-Alors tu as vu ma mère ? Mon Dieu !

-Oui, elle a l' air très gentille

-Elle a dû être très intimidée. ...Je suis prête, on va descendre.

En fait Brigitte avait concocté une petite balade dans les alpages, mais les deux amis que nous avions emmenés un soir danser dans un château était de la partie (voir chap 249). Après tant d' année, je ne saurais dire si leur présence m' a gêné ou pas. J' avais bien compris que les amis étaient là pour donner le change et rassurer le "quand dira-t-on" s' il nous venait à rencontrer des amis  du fiancé de Brigitte.

Nous avons collationné dans un immense chalet fleuri. je dis bien "immense", la salle pouvait contenir au moins deux cents personnes et il y avait deux niveaux. La bière et les crêpes circulaient à profusion.

Ce fût un bel après-midi. Brigitte était très gaie, les amis aussi.

La fin de la journée fût plus triste, nous dûmes nous quitter devant sa porte.

Je rendis la voiture au garage et pris le chemin de la gare, les mains dans les poches, sans rien d' autre qu' un bon souvenir de plus.

Par astondbr
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Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 14:15

 

 

                         Il me restait quelques mois d' armée à faire, deux, trois peut-être après mon périple en DS 21. Le printemps s' était installé. Si proche du retour à la vie active, je n' étais pas sans inquiétude, mais j' en parlerai une autre fois.

 

Brigitte semblait sereine, elle ne parlait plus de son fiancé qui construisait des ponts en Argentine. Quand sa bonne copine blonde venait s' asseoir à notre table, je me doutais qu' elles en parlaient ensemble en allemand, alors Brigitte s' emportait et le débat tournait court, retour à la langue française.

Peu de temps après mon voyage en France, étant probablement moins désargenté que d' habitude, nous décidâmes de nous offrir un petit restau à la périphérie d' Offenburg. Il s' appelait " Die Forelle", autrement dit : "La Truite". Je louais une voiture, toujours la même, une Opel Record blanche.

Arrivés trop tôt pour le service, nous avons flâné dans le jardin en profitant des derniers rayons de soleil.

Le restaurant était presque vide lorsque nous avons rejoint la salle à manger et nous commandâmes chacun une Forelle, pour  dire exactement, une blue Forelle. C' était la première fois que je commandais ça et non pas la dernière.

Le maître d' hôtel vous présente l' animal après qu' il eût subit l' atroce torture du passage à l' eau bouillante à peine sorti de la rivière ou de l' aquarium. Le poisson se présente comme un point d' interrogation : "Qu'est ce que tu m' as fait là" semble-t-il dire ?. Puis le maître d' hôtel repart en cuisine pour vous préparer les filets.

Nous passâmes un agréable moment autour de ce plat. La salle s' était remplie de convives. Je ne me souviens plus du dessert, mais je suppose qu' il devait être au chocolat...

 

Une autre fois, Brigitte eût l' idée d' une soirée dans un genre de château sur la route de Baden-Baden. Cet hôtel organisait des repas dansants avec orchestre. Brigitte avait demandé à sa copine de venir avec son ami. Lui, je le connaissais un peu, il avait du mal à parler français, quand à elle, la "garçonne", je la connaissais bien. Les rares fois où nous étions en tête à tête, nous n' avions pas grand chose à nous dire à cause de la barrière de la langue. En fait, comme son ami, elle était timide à parler en français.

Nous prîmes la route un samedi soir, plus exactement, l' autostrade , toujours au volant de l' Opel blanche. Les amis se glissèrent sur la banquette arrière  et nous avons roulé tranquillement jusqu' à cet hôtel-château en pleine forêt. Une petite heure de route .  C' était le château de La belle au bois, au bois dormant où celui du prince de Cendrillon.

Une grande salle avec cheminée où était installé l' orchestre, 4 à 5 musiciens, puis donnant sur cette grande pièce, des petites salles de cinq ou six tables où les convives étaient placés truite.jpg pour dîner sans rien perdre de la musique assez vieillotte distillée par les instruments.

Ceux qui me connaissent par mon blog, savent que j' avais une aversion pour la danse, une aversion due en grande partie, pour ne pas dire entièrement, à ma timidité. Ce soir-là, je me suis juré que je prendrais quelques cours en rentrant en France.

J' ai passé des heures pénibles à table. Le couple d' amis ne comprenait pas pourquoi je m' obstinais à rester assis. En Allemagne, à cette époque, les jeunes prenaient des cours de danse au lycée. Brigitte était très compréhensive. Son ami la faisait danser et quelquefois elles dansaient entre femmes, alors je restais à ma place à m' ennuyer franchement.

Ce fût enfin l' heure de partir.

Je repris le volant , j' avais fais très attention à ne pas boire trop même s' il fallait bien occuper le temps...

Une fois arrivé sur l' autostrade, je calais la voiture sur une petite vitesse de croisière. Les amis roucoulaient sur la banquette arrière, de temps en temps ils disaient un mot à Brigitte en Allemand.

L' avantage des voitures de cette époque, c' est que la banquette avant était d' un seul tenant. C' est tout naturellement que Brigitte vînt se caler contre moi. Elle continua de parler pour donner le change comme pour dire à ses amis : "ne vous inquiétez pas, je suis là et je ne fais rien de mal. Je maîtrise et j' assume."

Je l' avais entourée de mon bras droit , ma main supportant son sein, à la vitesse où nous roulions, mon bras gauche suffisait pour conduire.

Le trajet fût trop court.

Tout à une fin.

Devant sa porte, Brigitte me fît un petit baiser très pudique.

 

" Baiser ! rose trémière au jardin des caresses"

 

Verlaine avait bien raison.

Par astondbr
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 14:25

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                                                     Le lieu de rendez-vous était le petit hôtel où résidait Johnny depuis qu' il avait fini ses "classes". Un mignon chalet à flanc de montagne, façon chalet suisse, bien plus modeste que le chalet qu' il possède actuellement à Gstaad, mais très propre, très fleuri l' été, très romantique. Nous nous sommes retrouvés vers 20 h, tous habillés en militaire, carrément en treillis de combat, tenue que nous affectionnions bien plus que le tenue de sortie. Seuls Johnny et le commandant avaient revêtu la tenue classique avec la fourragère,  ils la portaient d' ailleurs très élégamment.. D' après les photos, nous étions une vingtaine.

Ce n' était pas un repas complet mais seulement un dessert. Ceux-ci sont toujours monstrueux en Allemagne. Quelques bouteilles de vin du Rhin étaient débouchées et l' ambiance, froide au départ, du fait de la présence du commandant, commença lentement à s' échauffer.

Johnny ne se fit pas prier pour prendre sa guitare et nous chanter quelques chansons de son répertoire déjà bien fourni à l' époque. Plusieurs disques étaient déjà sortis. Nous eûmes droit surtout aux chansons douces genre "Retiens la nuit".

Mon copain Verrey faisait un peu la gueule (photo en bout de table), lui, pensait que tous les tubes des yé-yé de ces années-là avaient été "pompés" sur les titres anglo-saxons, ce en quoi il n' avait pas tout-à-fait tort. Quant à moi, je ne boudais pas mon plaisir, d' autant plus que Johnny me bluffait avec sa guitare.

Le bruit avait couru dans les médias qu' au cours d' un concert à l' Olympia, dans un moment d' énervement, la guitare de Johnny était tombée par terre et que le son de cette guitare ne s' était pas interrompu. Les mauvaises langues (il n' en manque jamais) avaient conclu que Johnny jouait en "play-back". Cet incident était peut-être vrai. A cette époque, c' était monnaie courante de jouer et chanter en "play-back".

En tous les cas ce soir là, je peux vous dire que Johnny était seul avec sa guitare sèche, qu' il faisait les intros et les accompagnements de manière parfaite. Un vrai moment de bonheur que surenchérissait le vin du Rhin.

Mais le plus beau restait à venir.

Johnny nous annonça qu' il venait de répéter un tube colossal de cette année-là et qu' il voulait la mettre à son répertoire, il allait la créer devant nous ce soir.

Cette chanson c' était "The house of the rising sun" que le groupe "The animals" avait créé avec un succès planétaire.

Johnny nous dit qu' elle s' appellerait en français "Le Pénitencier". J' adorais cette chanson par le groupe anglais et j' étais vraiment impatient d' entendre Johnny.

Ce fût merveilleux. Même l' intro sublime ressemblait avec les moyens du bord (une seule guitare) à celle du groupe anglais. La chanson est très difficile à chanter, ça monte très haut . Johnny en grande forme la chante encore de nos jours 46 ans après...

Mon copain Verrey était sorti de sa somnolence.

Il n' a pu que dire "chapeau" !

La soirée se termina vers les 23 H. Je pris quelques photos que je revendis à Johnny. Cela pris un certain temps car il n' avait jamais d' argent sur lui et il devait les montrer à Sylvie pour choisir les meilleures, j' en avais fait des agrandissements. Comme je n' étais pas un groupie professionnel, je n' ai pas pensé une seconde à me faire prendre à ses côtés.

 

Le lendemain matin, je reprenais la route de Moreuil pour rendre la voiture au paternel...

 

PS: Quelques années plus tard, nous avons vécu, ma femme et moi, un évènement similaire mais le chanteur en question était Julio Iglésias. johny1.jpg

Par astondbr
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