C' est à cette époque-là, vers 1960, que débuta la publication des Livres de Poche et ce fût tout de suite une révolution dans la manière d' aborder la
lecture.
La lecture, la culture, étaient à la portée de toutes les bourses. De plus, on pouvait facilement lire n' importe où : en se promenant, dans une salle d' attente, appuyé à une barre dans le métro,
dans un couloir de train ou dissimulé derrière un gros livre de math...
J' avais déjà beaucoup lu avant, depuis mon "exil" au Mans en fait, mais à St-Brieuc, la lecture devint vraiment ma compagne de tous les jours. On était rarement déçu quand on entamait la lecture
d' un Livre de Poche car ils étaient soigneusement sélectionnés par l' éditeur.
Le n° 1 fût Koenigsmark de Pierre Benoit, le n° 2 Les clés du royaume de Cronin et le n° 3 Vol de Nuit de Saint-Exupéry. Le succès fût immédiat et des milliers de titres se succédèrent à
grande allure. Puis il y eût le Livre de Poche Classique, le Livre de Poche Historique et le Policier.
Je me souviens que certains camarades n' aimaient lire que des "vrais" livres, ils avaient l' impression de s' abaisser à lire ces petits formats, mais ils étaient peu nombreux. Personnellement, j'
ai certainement multiplié mes capacités de lecture par 10. Nous nous échangions nos opuscules. Mon frère Alain s' était mis aussi à dévorer car le phénomène touchait aussi les lycéens et nous nous
échangions nos critiques par courrier.
Certains les abandonnaient là où ils les avaient terminés, d' autres comme moi, les conservaient et je viens d' apprendre que certains les collectionnent aujourd' hui.
La littérature du monde entier était d' un seul coup à notre portée.
Tous les Cronin, les Hemingway, les Graham Green, les Tolstoï, les Bromfield, La 25° Heure de Gheorghiu etc, etc...
Les lectures faciles comme Bazin et les difficiles comme Bernanos, tout y passait.
On faisait des concours à qui lirait le plus rapidement "Guerre et Paix" de Tolstoï, le seul livre de poche qu' on ne peut pas mettre dans sa poche tellement les deux volumes sont épais...
On n' a pas retenu tout ce qu' on a lu, mais il en est resté un fond de culture, un brassage d' idée, une manière d' écrire et de penser, un certain vernis, pour les uns, superficiel, pour d'
autres plus profond. Qui que vous soyez qui êtes à l' origine de la naissance du Livre de Poche, merci de tout coeur.