Quelques jours après avoir écrit l' article sur la naissance du Livre de Poche et la folie de lecture que cela a entraîné sur la jeunesse en général et moi en
particulier, j' ai commencé la lecture d' un livre de Jean-Michel Guenassia : "Le club des incorrigibles optimistes" dont on a beaucoup parlé dans les médias.
C' est un roman complètement autobiographique d' un homme qui a une bonne soixantaine d' année et dans lequel beaucoup de sexagénaires vont se retrouver...à condition d' aimer la lecture
évidemment. Personnellement, je jubile à toutes les pages.
Quand je lis "Je lisais en me lavant les dents et aux toilettes. Je lisais en marchant. Il me fallait quinze minutes pour allerau lycée. C' était un quart d' heure de lecture qui s' étirait en une demi-heure de plus. J' intégrais ce supplément et je partais plus tôt. Mon ange gardien me protégeait et
me dirigeait. Je ne me suis jamais cogné à un poteau, ni fait écraser par une voiture en traversant les rues, le nez plongé dans mon bouquin. Je n' entendais rien. Je ne voyais rien. Pendant la
plupart des cours, je poursuivais ma lecture, le livre calé sur mes cuisses. J' ai fini par classer les écrivains en deux catégories : ceux qui vous laissaient arriver à temps et ceux qui vous
mettaient en retard. Les auteurs russes m' ont valu une ribambelle de colles. La période Tolstoï a été un mois noir. La bataille de Borodino à entraîné trois heures de colle. Quand, quelques jours
plus tard, j' expliquai au pion que mon retard était dû au suicide d' Anna Karénine, il a cru que je me foutais de lui..." Etc, etc..., je me reconnais un peu.
Je ne suis pas encore très avancé dans l' histoire, mais le début est de bon augure. Encore à peine adolescent, le narrateur découvre ce fameux club des optimistes dans l' arrière salle d' un café
parisien. Et que voit-il dans cette salle qui est plutôt un débarras? Des émigrés qui fument et boivent en jouant aux échecs. A une table, face à face, il y a Sartre et Kessel....J ' en
frissonne...
Ce fou de lecture m' a refait penser à d' autres : Françoise Sagan aussi séchait les cours, elle s' asseyait sur des marches un peu abritées des entrées d' immeubles et elle dévorait
" A la recherche du temps perdu", à 14 ans , elle avait lu les 5 ou 6000 pages plusieurs fois...
Un ancien directeur d' Europe n°1 raconte qu' il a lu "Mort à Crédit" 14 fois...
Voilà ce que je voulais vous dire aujourd' hui.
Sur ce, je vais peut-être me replonger dans le livre de Guenassia pour savoir qui de Sartre ou de Kessel joue le mieux aux échecs. En fait, je le sais déjà : Kessel joue très bien et Sartre joue comme une patate, mais il distribue son argent aux émigrés qui en ont vraiment besoin.