1960 était l' année de mes dix-huit ans, je ne pouvais pas envisager
d' attendre les vacances pour passer le permis de conduire. L' administration de St-Charles nous facilitait les choses. Nous étions queques-uns dans le même cas. Je prenais mes leçons
(obligatoires) le jeudi après-midi et le jour J, j' aurais l' autorisation de passer l' examen pendant mes heures de cours.
C' était un petit père d' une soixantaine d' année qui me servait de moniteur, j' étais assez fier de lui montrer que je n' étais pas un débutant. Sa Dauphine me convenait bien, c' était la même
que celle de ma tante que j' avais conduit souvent.
Le jour de l' examen, mon moniteur était confiant comme moi. L' examinateur me gâta en me demandant d' effectuer un créneau en côte. Je n'
étais pas très à l' aise dans cette manoeuvre et je ne le suis toujours pas d' ailleurs. Le moteur hurla un peu, mais finalement je m'en suis sorti avec les honneurs. Restait le code. Là, bêtement,
je me suis mis moi-même dans un piège.
L' examinateur me fait voir une photo de carrefour avec 3 voitures en me demandant quelle est celle qui à la priorité, je réponds à côté de la plaque. Le brave type me demande si je suis sûr et je
crois qu' il me tend un piège. Je confirme ma première réponse. Il me tend à nouveau une perche que je ne saisis pas et je m' entête dans ma réponse.
Le couperet tombe: je suis recalé au code.
Après quelques minutes je retrouve mon moniteur atterré : "Quel idiot vous faites !, il voulait absolument vous le donner, tous les autres avaient échoué avant vous et en plus, je vous avais
recommandé..."
J' étais vert ! Retour à St-Charles pendant un cours de math, la queue entre les jambes comme on dit vulgairement. Rires des copains...
Il y avait quand même une explication rationnelle à ma bévue :
L' examinateur avait piégé plus d' un candidat dès leurs premiers tours de roues. Nous étions sur une petite place tranquille de St-Brieuc. Le tour de cette place était en sens unique. Une fois sur
deux, l' examinateur disait au candidat : "Démarrez et tournez à droite." A droite, c' était le sens interdit, la plupart des candidats allaient droit dans le panneau....si l' on peut dire.
Connaissant son tempérament "taquin" et voulant jouer au plus fin, je me suis fais avoir en beauté.
Ce ne fût que partie remise de quelques semaines mais quand même, je
n' étais pas fier.
J' ai eu le temps de méditer sur des histoires de famille concernant le permis.
Mon grand-père Raoul, avait demandé à son cousin de pousser la voiture au moment du démarrage car il était à peu près sûr de caler. L' examinateur n' y vit que du feu. Les torpédos des années
1920-1930 se prêtaient à ce genre de supercherie.
Il n' a jamais reconduit après avoir passé son examen. C' est ma grand' mère qui tenait le volant. Elle s' y entendait bien et conduisait très vite sa Celtaquatre. Je me souviens d' une fois, où
tout jeune elle me conduisait au train à Fouilloy. Nous étions à la bourre. Ma grand' mère passa la troisième et resta le pied au plancher jusqu' à la gare. On aurait cru que la brave Celtaquatre
allait perdre ses abattis dans un bruit d' enfer. Mémère fût prise
d' un fou rire tout le long du parcours. Elle réussit à me dire entre deux spasmes : "Pas besoin de klaxonner au carrefour, on nous entendra de loin !!!"
Mon oncle Albert racontait souvent l' histoire d' un Monsieur Le Comte qui vînt passer son examen au volant de sa propre voiture, une Hispano. Il conduisait depuis longtemps, mais devait
régulariser. En ce temps-là, on pouvait venir avec son propre véhicule. L' examinateur fait son périple à ses côtés. Au bout d' un petit quart d' heure, il lui demande de s' arrêter et signifie à
Monsieur Le Comte qu' il est recalé... Ce dernier redémarre aussitôt, va jusqu' à Saveuse (l' examen se passait devant le cirque d' Amiens). Il stoppe son Hispano en pleine campagne et prie son
tortionnaire de descendre et de rentrer par ses propres moyens.
Autres temps, autres moeurs...