ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
Pour lire les articles suivants, il faut toujours avoir à l' esprit qu' ils ont été écrits quelques mois seulement après l' indépendance du Cameroun.
Le révérend Père Alexandre, secrétaire général de Monseigneur Monge, nous accueille à l' aéroport. Les fonctionnaires chargés de régler les formalités diverses, sont tous camerounais. On me fait
savoir que ce n' est pas à cause de l' indépendance; depuis longtemps, les postes subalternes de l' administration sont tenus par des noirs, seuls les chefs de service pouvaient être
européens.
Nous prenons le petit déjeuner chez une charmante jeune fille, Lola, camerounaise, qui a fait ses études en France pour devenir puéricultrice. Elle nous raconte qu' elle a attrapé des coups
de soleil sur les plages de Normandie ! Le soleil n' est en effet, pour rien dans la couleur de la peau des africains. Les européens qui vivent toute l' année au Cameroun ou en RCA (République
Centrafricaine), sont aussi blancs que des français de métropole, on ne bronze pas sous l' équateur...
Puis c' est notre premier contact avec la forêt et sa végétation luxuriante. Près de la Dibamba, une rivière que l' on appelerait fleuve en France tellement elle est large, je goûte à
la canne à sucre (qui n' est pas cultivée), à la goyave, un fruit rouge avec des sortes d' oeufs de grenouille à l' intérieur. La plupart des fruits africains (que l' on trouve en 2009
sur nos marchés, mais qui étaient très peu connus en 1960) ont un goût fade et sucré auquel on s' habitue très vite. Les communautés de soeurs cultivent dans cette région la plupart des légumes
français. Elles sèment n' importe quand car le climat varie très peu d' une saison à l' autre. La chaleur et l' humidité permettent de faire plusieurs récoltes par an. La saison sèche se situe
pendant l' hiver européen. La vie végétale est monotone, il n' y a ni printemps, ni automne.Le soleil se lève toute l' année à 6 heures et se couche à 18 heures.
Après cette visite pastorale, nous partons pour la léproserie. La soeur qui en a la responsabilité nous montre différentes photos du même individu attestant de sa guérison. Elle est très fière :
c' est une des meilleures léproserie du Cameroun. Le long de la route, nous voyons des femmes transportant sur leur tête des cargaisons très lourdes, tout se met sur la tête, du parapluie fermé
au bidon d' essence. Les hommes , en général ne portent rien, sauf les boys. Un boy adroit est capable de monter des escaliers avec une bassine pleine d' eau en équilibre sur sa tête...tentez l'
expérience...Nous traversons la Dibamba sur un bac (voir photo). Après quelques kilomètres de pleine brousse, nous arrivons à Dizangué où se trouve la plus grande exploitation d' hévéas du
Cameroun appartenant à la SAFA. Le caoutchouc, d' aspect laiteux coule d' une saignée pratiquée sur le tronc de l' arbre et est réceptionné dans un gobelet. Ce liquide devient vite solide
sous l' aspect d' une boule de crêpe. Il est passé au laminoir, séché dans des fours, découpé et envoyé par paquet de 100 kg sous la forme de bandes caoutchoutées. Un seul français
dirige des centaines de noirs en 3x8 .
La mission de Dizangué est très importante. le père Balthazar qui la dirige est un chasseur d' éléphants (68 à son actif...nous sommes en 1960, rappelez-vous) et de gorilles. Dans cette mission
il y a une salle de spectacle où l' on peut voir de très bons films. En parlant à bâtons rompus avec le Père
, on sent un sentiment d' insécurité chez lui, mais il en a vu d' autres...Cependant, ce sentiment perceptible, je le retrouverai souvent chez les français qui ont
fait le choix de vivre là-bas.