15 jours avant le bac, notre prof de philo eut une idée de génie.
Il nous donna le choix entre faire un devoir classique de philo ou
d' effectuer un concours d' envergure nationale.
Ce concours portait sur un film projeté sur les écrans français en ce mois de juin 1960 : Un Missionnaire. Le metteur en scène était Maurice
Cloche, un des meilleurs de l' après-guerre et la vedette principale, Charles Vanel, qui sortait d' un grand succès avec "Le salaire de la peur".
En fait, malgré tous ces atouts, le film fût raté. Sa sortie en 1955 fût un bide et je suppose qu' il l' ont ressorti en 1960, à l' intention de tous les lycéens de l' enseignement privé avec un
concours en prime qui devait servir de carotte pour amener les jeunes spectateurs à aller voir le film.
Bien que très occupé avec la préparation du bac, je choisis de faire le concours. Cependant, je n' allais pas au cinéma, faute de temps. J' achetai le livre et je le parcourus. Je vous jure que je
n'en ai lu que quelques passages. Je ne me souviens plus exactement de "l' angle" de la question du concours, mais je pense qu' il s' agissait en gros de résumer l' oeuvre en donnant notre point de
vue sur les deux missionnaires de l' histoire : un jeune plein d' espoir d' apporter la bonne parole aux indigènes et un vieux, un peu aigri et découragé devant l' adversité.
Je remis ma copie en temps et en heure ainsi que mon copain Besnier dont je vous ai déjà parlé, celui qui s' était endormi sur mon épaule dans l' amphi. Nous ne pensions jamais avoir des
nouvelles de ce travail...
Après les deux enterrements, le bac, la remise des prix, je traînai quelques jours au Mans avant de repartir à Moreuil. Bien m' en a pris.
Je fûs appelé par le secrétariat de St-Louis pour m' annoncer que je faisais parti des quinze candidats retenus pour aller affronter un jury à Paris. Mon copain Besnier était également sur la
liste.
De cette confrontation à Paris devaient sortir trois vainqueurs, lesquels auraient droit à un voyage en Afrique Noire de quinze jours. N' ayant pu contacter Besnier, isolé dans sa ferme du bout du
monde, le secrétariat me chargea de le prévenir.
Très excité, j' enfourchai mon vélo avec une carte Michelin et partit à la recherche de la seule ferme sarthoise où il y avait des dictionnaires de Grec et de Latin... Je finis par la trouver cette
ferme, ou plutôt cette masure. Mon copain fût évidemment ravi, mais dès qu' il pensa à la logistique de l' affaire, cela lui parut hors de portée de la bourse de ses parents.
Nous avions une semaine pour nous retourner avant le départ pour Paris.
Une solution fût trouvée et tout se passa bien. Un missionnaire vînt nous chercher à la gare Montparnasse et nous avons rejoint le groupe des finalistes. Il n' y avait que trois garçons
pour douze filles...la vie était belle.
De quoi me faire oublier pendant quelques jours le problème crucial de la rentrée : que ferais-je ? Ou irais-je ?
Pour mon oncle, la situation était claire : je devais faire une prépa dans une grande école parisienne...rien que ça. Il avait des amis ingénieurs qui pouvaient me pistonner...Pour mon père, c'
était la solution inverse, il me voyait très bien m' occuper de l' administration de son usine d' impression...Et pour moi donc ? Moi, j' espérai que l' abbé Van der pourrait me pistonner (que de
pistonnage...pour un passionné de voitures, c' est normal, vous me direz...) pour entrer à la rédaction de Sport-Auto, dirigé à l' époque par Jean Lucas, un manceau, ami de l' Abbé.
J' étais bien content d' évacuer ces soucis et de retarder ce choix, mais je pensais que l' aventure du concours se terminerait ici à Paris. Je me demandais par quel hasard j' avais été retenu.
Besnier se posait la même question...