Nous avons engagé la conversation avec nos concurrents et surtout concurrentes, au cours d' un petit repas, juste avant de nous rendre devant le
jury. L' ambiance était excellente. Nous étions tous nouvellement bacheliers, ajouté à cela le fait de concourir pour décrocher 3 voyages en Afrique, l' excitation était à son comble.
Le missionnaire responsable de ce programme de promotion était très sympathique, mais loin d' être euphorique. Ayant eu par la suite quelques apartés avec lui, j' ai su qu' on lui avait mis pas mal
de bâtons dans les roues pour cette histoire et qu' il avait dû beaucoup se battre pour la mener à son terme.
Il nous informa que le jury était composé notamment de Michel de Saint-Pierre, écrivain très en vogue à l' époque, il était cousin avec Henri de Montherlant qui l' avait incité à écrire. Il était
connu pour "Les aristocrates" qui venait d' avoir un beau succès. Il y avait la Maréchale Leclerc et le cardinal de Paris, comme qui dirait le Monseigneur Vingt-trois de cette période. Et d' autres
moins connus.
Une première sélection avait été faite d' après notre devoir écrit et le but de l' oral était de répondre aux questions que le jury allait nous poser pour étayer notre dissertation et si
possible défendre notre point de vue.
Nous passions chacun notre tour et les autres attendaient dans une salle voisine. Quand l' un sortait, nous avions le temps d' apercevoir le tribunal... Car cela ressemblait étrangement à un
tribunal, sauf que le condamné était assis. C' est la Maréchale qui présidait.
Nous eûmes le temps de faire connaissance, nous étions très énervés et l' heure était plutôt à la rigolade qu' à la concentration.
Il y avait Lynda, de parents arméniens, elle avait eu une mention au bac, sérieuse, mais souriante. Il y avait Andrée Dumortier dont je reparlerai et une lyonnaise, Annick, brune,
virevoltante. Elle portait un tailleur rouge, elle faisait très "jeune femme", alors que les autres faisaient "grande fille", si vous voyez ce que je veux dire...et vous voyez très bien d'
ailleurs...des autres, je ne me souviens pas. Pour les garçons, outre mon ami Besnier, il y avait un grand sec que les filles jugèrent d' emblée un peu snob.
Mon tour arriva.
Ca s' est passé comme par enchantement, j' étais sur un nuage, mon ange gardien répondait aux questions, j' avais mis le pilotage automatique.
Tous me dirent qu' ils avaient beaucoup apprécié ma copie. Le Cardinal me dit qu' il avait pleuré en la lisant...C' est vrai que j' écrivais bien en ce temps-là...Ils me posèrent plusieurs
questions embarrassantes et j' ai dû leur avouer que je n' avais pas vu le film.
Après une heure de délibération, le responsable vînt nous annoncer le résultat : Lynda était première, elle avait droit à un voyage de quelques jours au Cameroun et deux semaines au Gabon. J' étais
second et je partirai avec Lynda au Cameroun, et ensuite j' irai en République Centrafricaine. le troisième était le "snob" qui irait au Sénégal.
On me fît savoir que j' étais en tête à l' oral, mais que Lynda avait été meilleure devant le jury. Je pense que le fait d' avoir vu le film a dû faire la différence. Quoiqu' il en soit, j' étais
fou de joie et ,finalement, les 12 qui n' avaient rien ne faisaient pas la tête pour autant. Tout le monde était très gais. Nous étions logés dans une espèce de maison de retraite appartenant à l'
évêché, mais auparavant, nous eûmes droit à un très bon repas dans un restaurant. Ce fût un moment très festif. Après les quinze derniers jours sombres passés au Mans, ce fût comme un
renouveau Michel de St-Pierre
pour moi. La compagnie féminine n' y était pas pour peu de chose. Il y avait dans le lot, certaines filles qui avaient une conversation plus qu' agréable et intelligente, quel bonheur !
Le lendemain matin, après avoir échangé nos adresses, nous reprenions chacun notre train. J' étais certain de revoir au moins une de ces filles : Lynda, certes j' aurai préféré la
lyonnaise...