J' en arrive maintenant à une très courte période de ma vie fertile en évènements.
Je dis très courte, car ce que je vais conter s' est passé en 15 jours à peine.
Vous vous souvenez que l' oncle et la tante accueillaient sous leur toit la mère de ma tante, Angèle, que j' appelai familièrement mémère Pinchon, et la grand- mère de mon oncle, donc mon
arrière grand-mère, Louise Dubois. Cette dernière avait 96 ans en 1960 et la précédente, dans les 75 ans.
Mémère Pinchon était tombée malade en 1959, d' un mal incurable et assez rare à l' époque, un cancer à l' estomac.
Nous l' avons vu dépérir, s' approcher doucement de la mort sans qu' une plainte ne sorte de sa bouche. Je ne connaissais pas la gravité de sa maladie, ma tante m' en a seulement parlé au début de
l' année 60. Ce n' est pas qu' il y ait quelques cachoteries de sa part, mais c' était par pudeur, comme pour tenter de retarder le moment où l' on ne pourrait plus rien cacher. Pas d'
hospitalisation, pas de grand traitement, juste des piqûres pour calmer la douleur. Pas de spécialiste non plus, le docteur de la famille, savait ce qu' il devait faire, c' est-à-dire à peu près
rien.
Des années après, quand mon oncle fût à son tour malade, en voyant les efforts déployés par les spécialistes pour le sauver, ma tante m' a confié qu' elle se sentait coupable d' être restée sur l'
avis de son docteur habituel et qu' elle aurait peut-être dû, pour sa mère, taper à une autre porte...
Mémère Pinchon finit par ne rien pouvoir avaler. Et à partir de Pâques, il lui fût impossible de se lever. Elle couchait dans une chambre que l' oncle avait partagée en deux, une partie pour
Louise et une partie pour Angèle.
La fin survînt la semaine précédent le bac.
Je me souviens des gens qui venaient dire quelques mots de sympathie et notamment de Mme Heulin, la femme du patron de mon oncle, elle avait eu cette phrase douce, mais cruelle à la fois à l'
adresse de ma tante : "Maintenant, vous êtes vraiment orpheline." Ma tante avait 4 ans quand son père fût tué à la bataille de la Marne par une balle française qui avait ricoché sur un
arbre...
Cet évènement en provoqua un autre.
La vieille Louise fût frappée par la mort de sa voisine de chambre, qui lui tenait compagnie depuis qu' elle avait émigré au Mans. Une nuit, elle chuta lourdement de son lit. On la releva
converte de bleus, délirante. C' était le jour de l' enterrement d' Angèle, je passais le bac. On la transporta à la clinique des Marianites. Je me souviens lui avoir rendu visite.
Elle trépassa 2 ou 3 jours après son admission. Je suppose que mes parents vinrent de Moreuil pour l' enterrement, mais je ne m' en souviens plus, j' étais dans mon examen, il y avait à l' époque,
écrit et oral.
Voilà pour la partie triste de cette "décade prodigieuse". Quand je vous retrouverais d' ici quelques jours, ce sera pour des histoires plus gaies.