Dans tous les établissements scolaires d' obédience catholique, il y a un préfet de discipline, lequel, comme son nom l' indique, est chargé de faire régner l' ordre
et la discipline.
Tous ceux que j' ai connus étaient des prêtres. Ils avaient sensiblement le même profil.
Celui de St-Louis était une vraie caricature. Il appliquait à la lettre certaines techniques pour se faire respecter. Ces techniques, on me les a apprises quand je suis devenu
surveillant quelques années après.
Je ne me souviens plus de son nom, mais je le revois très bien dans ma tête. Il avait un physique de pilier de rugby et le ninas toujours au coin de la bouche. Il traînait derrière lui l'
odeur de son cigarillo. Il parlait par onomatopées; je ne me rapelle pas qu' il m' ait adressé une seule phrase complète et intelligible. De temps en temps, on le voyait piquer un sprint,
c' est que son sixième sens lui avait dit que quelque chose se passait de pas "catholique" dans un endroit du lycée. Accepter ce poste, c' est accepter de se couper du monde des élèves. Impossible
d' être à la fois gentil et convivial si vous voulez que les jeunes vous respectent. Il faut donc adopter une attitude presque brutale, éviter tout sourire, éviter les pièges. Un préfet de
discipline ne s' asseoit jamais sans passer la main sur son siège pour enlever, le cas échéant, une punaise déposée par un élève. Surveiller sa tenue, sa braguette en particulier au retour des
toilettes. Les prêtres qui portaient encore la soutane, n' avaient pas de problème.
Mais il est cependant arrivé une bévue à notre homme, due à sa soutane.
Nous avions une permanence dans la grande étude, surveillée par le préfet. Un moment, il quitte son bureau, presqu' en courant, sort de la salle, certainement pour satisfaire une envie
pressante.
Au bout de 5 minutes, il revient. Nous le voyons grimper sur l' estrade où se tient son bureau et là quelques-uns d' entre-nous, bien placés, constatent avec stupeur qu' il a enfilé l' arrière de
sa soutane dans son pantalon, ce qui était d' un comique redoutable. Des gloussements parcourent l' assistance et de bouches à oreilles la nouvelle se propage à travers l' étude à ceux qui n'
avaient rien pu voir.
Le gloussement se transformant en rires à peine contenus, le préfet décide alors d' arpenter l' allée centrale pour voir de plus près ce qui causait cette hilarité.
Son déplacement, avec l' arrière de sa soutane dans son pantalon, ne fît évidemment qu' accroître le délire.
A ce moment-là, mon copain qui ressemblait à James Dean, se leva et expliqua au préfet ce qui se passait. Geste pas facile à faire dans le contexte, mais geste courageux qui lui valut certainement
une reconnaissance éternelle de la part du prêtre.