Nous avons pris un train quasiment direct Lourdes-Le Mans.
Un train de nuit.
Il faisait une chaleur étouffante, nous étions au plein coeur de l' été vers la fin de mois de juillet. De plus la fatigue était bien là, qui nous prenait tout entier. Nous nous sommes affalés sur
nos sièges en essayant de trouver une position adéquate pour dormir. La plupart d' entre nous avait enlevé leurs chaussures.
Le train s' arrêta à Bordeaux, 15 minutes. Il nous restait quelques sous en poche, sur le quai une buvette nous tendait les bras. 5 ou 6 d' entre-nous ne résistèrent pas au plaisir de boire
une bière bien fraîche. Nous avons couru à travers les passages pour piétons, qui étaient à l' époque des chemins de planches disposés sur les voies, il n' y avait pas encore de passage
souterrain. Nous étions en chaussettes, short et tee-shirt, rien de plus.
Nous commandâmes les bières. Le service fût peut-être un peu long...
Nous avons bien entendu divers coups de sifflet d' un chef en képi, mais la fatigue aidant et la demie-somnolence dans laquelle nous étions, modifia fortement notre temps de réaction, tant et
si bien que d' un seul coup nous vîmes le train démarrer.
J' ignore si nous avons payé nos bières, en tous les cas, nous avons certainement battu le record de France du 100 M.
Mais le train prenait de la vitesse, notre wagon était déjà loin, nous eûmes juste le temps d' attraper le fourgon postal. Les postiers sont sympas,
c' est bien connu, ils nous ouvrirent leur porte et, exténués, nous nous sommes avachis sur le plancher. Dans les instants qui ont suivis, j' imagine que chacun de mes camarades
étaient comme moi : il repensait dans quelle misère nous aurions été si nous avions loupé aussi le fourgon postal.
Je pense que nous aurions eut droit aux félicitations du jury...Qu' aurions nous fait sans argent, sans papier et rien sur le dos...
Les postiers triaient lettres et paquets, je crois me souvenir que l' un
d' entre-nous les a aidés.
Nos camarades plus sages et le Père Van der Borght n' étaient pas inquiets car ils avaient assisté à la scène de la vitre de leur wagon et ils savaient que nous étions dans le train.
A Angoulême ou à Poitiers, nous avons quitté nos amis de la poste et sommes remontés à nos places d' origine sous les quolibets évidemment.
Difficile de retrouver sa place quand on l' a quittée. Je me suis donc installé dans le couloir. Les vitres étaient ouvertes étant donné la chaleur.
Une jeune fille de 16-17 ans vînt prendre l' air et au bout d' un moment, malgré le bruit du vent dans la vitre ouverte, nous avons taillé une bavette.
Elle était mignonne. Un visage très pur comme je les aimais. A cette époque, et pendant longtemps, je ne regardais des filles que leur visage. . Faut dire que les filles, et les femmes mûres tout
autant, ne mettaient pas en valeur leurs appâts comme maintenant. Les yeux surtout avaient beaucoup d' importance;
Nous discutâmes un bon moment. C' était un réel plaisir après 2 semaines passées entre garçons. J' ai eu beaucoup de regrets quand sa mère l' a appelée pour lui dire de se mettre à l' abri des
courants d' air.
Je fus surpris d' entendre quelques remarques très misogynes pendant que j' essayais de retrouver ma place. De la part du Père en premier et
d' un ou deux camarades, lesquels je dois ajouter, sont rentrés dans les ordres quelques années après.
C' était du genre :" Tu aurais mieux fait de rester avec nous. Quelle perte de temps, en plus tu as peut-être choppé une angine !! etc...etc..."
Le reste du voyage se passa...
En rentrant au Mans, l' oncle et la tante m' emmenèrent retrouver le reste de la smala Morvillers du côté des Châteaux de la Loire ou elle avait installé ses tentes. Juste une bise et retour au
Mans pour préparer le bac.. (voir chapitre 115 )