J' ai retrouvé des photos de notre "transpyrénéenne" dans un vieil album.
Au départ du Mans, je m' étais fait ridiculiser avec mon appareil photo Kodak à soufflet. En 1959, c' était la mode des appareils reflex 24x36 qui permettaient de faire des "diapos";
le mien n' était pourtant pas vieux puisque je l' avais eu en cadeau le jour de ma communion, mais il était dépassé et pourtant j' allais le garder encore quelques années jusqu' à mon service
militaire. Il produisait de petites photos avec de larges bords nervurés qu' il fallait regarder à la loupe. J' ai reconnu quelques camarades. J' avais oublié que Viloteau faisait partie
du voyage, et Philippe qui viendra le mois suivant passer son bac à Caen avec sa correspondante allemande...Philippe, je l' ai pris en train de manger à pleines cuillères de la farine d'
entremet Franco-Russe, un jour qu' il mourait de faim. J' ai bien en photo les lacs d' Arémoulit et d' Artouste...mais si loin, si petit...J' ai la photo du barrage de Gabas et celle du camp qui
nous accueillit à Lourdes.
Avant d' y arriver, il est encore un épisode qui reste bien gravé dans ma mémoire, c' est celui d' un "gros temps" qui nous surprit en fin d' après-midi.
Nous étions à deux jours de marche de Lourdes. Nous étions un peu perdus, il faut bien le dire, cela nous arrivait une fois par jour au moins.
Nous dûmes nous arrêter et monter un camp de fortune. Nous étions sur une plate-forme en granit, pas un brin d' herbe, pas moyen de planter un piquet de tente. Dans la tempête nous
sommes partis à la recherche de grosses pierres pour arrimer les élastiques de nos petites "canadiennes"; Ce fût épique, mais tout se passa bien ...le Père a dû prier plus que de coutûme.
Nous avons passé la nuit et même dormi au bord du précipice... à la grâce de Dieu.
Puis ce fût la descente vers Lourdes, le retour à la verdure, le retour des taons qui ne vous lâchent pas, le retour d' une chaleur accablante et orageuse.
Nous étions logés dans une sorte de camp fait de grandes tentes de l' armée.
J' aspirais à un peu de repos et...de liberté, à me promener dans une ville grouillante de monde . Vivre une semaine entre garçons donne sérieusement envie de voir l' "autre sexe".
En fait, nous eûmes juste le temps de prendre une douche indispensable avant de partir dans un hôpital prendre les consignes.
Notre "travail" allait consister à convoyer des grabataires vers les lieux de processions. Rien de réjouissant à priori.
Nous n' avons pas tous été affectés au même endroit. Pour ma part, je devais pousser des lits roulants dans lesquels se tenaient des braves gens qui ne pouvaient marcher, ni même de rester assis.
Ils étaient très gentils, très reconnaissants et ne dédaignaient pas rire un coup de temps en temps, surtout quant nous jouions "les 24 heures du Mans" avec les lits ambulants...à qui arriverait le
premier sur l' esplanade de la cathédrale pour prendre la meilleure place...à l' ombre.
Le soir nous rentrions dormir au camp, exténués mais heureux.
La semaine passa très vite, nous n' avons pas vu souvent le Père.
Un soir, nous rangeâmes nos sacs et prîmes le chemin de la gare. Pour moi, c' était synonyme de tracas avec cet oral de bac à repasser en septembre...