ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
J' ai 15 ans et comme chaque année, je ne vais pas pouvoir couper à la corvée des voeux.
C' est le jour de l' an.
Mon père a sorti son vieux pardessus. Ce n' est pas une blague...Daniel Guichard est à peine né...Ma mère s' est vêtue chaudement. Mes frangins sont couverts de cache-cols. La Frégate a
chauffé pendant 10 minutes, nous partons à St-Clair pour le repas familial du 1° janvier.
Le repas ? j' aime bien...avec les cousins que je ne vois qu' une fois par an.
Non, ce qui m' embête c' est la fricassée de museaux que nécessite la présentation des voeux avec la célèbre phrase: "Bonne année, bonne santé !" Avec les oncles et tantes proches, cela ne
me dérange pas, mais avec des gens dont je n' arrive pas à définir correctement le lien de parenté avec nous, cela ne m' excite pas. Nous déposons les plus petits à St-Clair, Alain, mon frère
cadet en profite pour s' éclipser et échapper ainsi à la corvée, et nous voilà parti pour notre grande tournée dans la campagne profonde. Francis, le numéro trois, est forcément du voyage
car nous commençons par Meigneux où habite sa marraine. Une personne d' un âge certain, veuve, qui a une lointaine parenté avec mon grand-père. Pouquoi l' avoir mise marraine de Francis ? A cette
question, mes parents répondent d' un seul coeur : "Elle a de l' argent et pas d' héritier"
Nous la trouvons, bien endimanchée dans sa blouse neuve. A mon avis, elle a encore de beaux
jours devant elle...Elle nous fait asseoir. La maison a une légère odeur de renfermé. On ne peut pas dire que la conversation va bon train...En fait quand on a fait le tour des petits potins de
la famille, mes parents et notre hôte, ne savent plus quoi dire. Alors, la grande-tante se lève et part dans la pièce d' à côté. On se regarde et Francis, toujours prêt à rigoler, retient un fou
rire qui risque fort de dégénérer.
Notre parente revient au bout d' un moment avec une pièce de 5 Francs et quelques mandarines. La pièce, c' est pour son filleul, les fruits sont pour les autres...Après force remerciements,
nous réfreinons de plus belle notre fou rire...et notre envie de faire pipi. Vite, vite, papa, maman, avalez votre petit verre de cassis et partons....
Parfois, nous allons jusqu' à Namps-au-Mont, chez des cousins de ma grand'mère. Ces gens-là, gagnent leur vie à pailler des chaises à domicile.
Mon père est assez méprisant à leur égard, je ne sais pas pourquoi. "Jerry est un fainéant et Serge poursuit des études qu' il ne rattrapera jamais..." Il nous fait rire avec ses jugements à l' emporte-pièce, ce qui nous met mal à l' aise sur notre chaise quand nous attendons le sempiternel cassis.
De mon côté, pour une fois, je ne dédaigne pas faire la bise aux femmes de cette maison, car elles ont une peau d' une douceur exceptionnelle et une voix
claire et chantante.
L' heure tourne, nous soupirons d' aise dans la Frégate en reprenant la route de St-Clair pour le plantureux repas qui nous attend.