ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
M. Thomas était notre prof de Math. Avec lui, tout paraissait simple. Il donnait son cours à toute vitesse avec une voix claire et puissante. J' avais été vraiment
gâté en profs de math depuis le début de ma scolarité, et le suivant, l' abbé Van der, serait encore un bon.
En seconde, je me souviens du calcul matriciel. J' adorais faire des tableaux, et j' adore encore d' ailleurs, avec le calcul matriciel, j' étais à mon affaire.
M. Thomas avait son fils dans la classe, il ne le tutoyait pas afin de pas faire de différence avec les autres élèves. Quand il se fâchait après lui, ce qui arrivait souvent, il le traitait
volontiers de "fils d' imbécile" et c' était la seule pointe d' humour qu' il se permettait pendant ses cours. Il le "canardait" avec des bouts de craie. Un jour, son fils, je le vois encore avec
sa veste à carreaux et sa cravate, s' en pris une bonne après qu' il ait fait
rire toute la classe. Le père allait faire une énumération au tableau en commençant par la lettre grecque "alfa" et dit :" continuez Thomas", alors là , le fils se
retourne vers moi et dit tout haut "roméo" alors qu' il aurait du dire "beta" évidemment. Une volée de bouts de craie s' abattit sur sa belle veste.
En parlant de vêtements, je dois souligner la différence entre les tenues des élèves de l' école St-Joseph où j' étais l' année précédente, et celles des élèves de St-Louis. Au moins un
tiers de ceux-ci, venaient habillés "en dimanche" avec quelques fois des protège-coudes. Jamais de blouse, et la cravate s'il vous plaît...Il y avait quelques élèves de très grandes
familles mancelles : Fils de Pdg des plus grandes firmes du Mans. Il y avait des nobles : Pierre-Yves Leblanc de Choisay (par exemple), mais j' y reviendrai.
N' ayant pas fait de latin au collège, je m'étais inscrit sous-réserve qu' il y ait des cours de sciences naturelles à la place. Nous étions très peu dans ce cas-là, essentiellement ceux, qui
comme moi venait de St-Joseph.
C' était la première année qu' ils mettaient en place ces cours et je crois que nous avons commencé l' année en retard.
En retard c' est bien le mot, nous y avons été toute l' année en retard. Le prof arrivait dans le meilleur des cas au bout d' un quart d' heure et souvent même une demie-heure. Il s'
appelait, je vous le donne en mille : Tardif.
Très gentil au demeurant, c' était un ancien élève de St-Louis, vétérinaire de son métier et qui avait accepté de "dépanner" le proviseur.
Comme le lycée de jeunes filles avait le même problème que nous, nous avions des cours mixtes. Grande première à St-Louis ! Les sages élèves, habillées de jupes bleues plissées et de chaussettes
blanches traversaient la moitié de la ville pour venir prendre des notes avec nous, des notes d' un cours que Tardif dictait de tête, en se promenant de long en large sur l' estrade. Avec lui, il
y avait beaucoup de petit 1, petit 2 , d' alfa, bèta gamma jusqu' à plus soif. On ne savait pas où il voulait en venir d' autant plus que nous n' avons jamais eu un livre pour nous y retrouver.
Les jeunes filles soupiraient et écrivaient des lignes et des lignes sans but précis. Tardif nous avait intercalé entre les filles, il avait dit à ses collègues : "comme ça je tes tiens, ils ne
bronchent pas" . je ne me souviens pas s' il y en avait de mignonnes. J' en doute... les mignonnes, elles, avaient fait du latin, donc elles n' étaient pas avec nous.
Un jour, c' était un samedi matin d' une journée très ensoleillée, nous allâmes nous installer dans la classe et nous apercûmes sur une table un tas d' oeils de boeuf. Les yeux de boeuf, c' est
quelque chose d' assez énormes avec de la graisse autour. Manifestement, Tardif
s' était
fait livré ça pour nous permettre de les disséquer.
Comme à son habitude, il était très en retard. Un de mes copains, ne put résister à la tentation, il attrapa un oeil et le lança vers le tableau, il s' ensuivit une grande tâche de graisse, puis
il lança les autres sur les élèves qui trouvèrent très bien de se faire valoir auprès des filles. La bagarre se généralisa, c' était la guerre mondiale à coup d' oeil de boeuf. Les filles se
planquèrent sous les pupitres.
L' un de nous faisait le "guet". Quand il annonça l' arrivée de Tardif, en un tournemain, les yeux furent rassemblés. Mais les traces de graisse témoignaient de la furie de la bagarre. Tardif les
vît évidemment, mais il ne dit mot : " Ecrivez , petit 1....."
PS: la photo représente le lycée St-Louis à peu près comme je l' ai connu. C' est pourtant une photo contemporaine. Les classes de seconde et 1° se situaient à gauche et les classes de terminales
dans le fond.