Si vous lisez ce blog depuis le début, vous l' avez bien compris, je n' ai pas passé mon enfance dans le nid familial.
Tout petit, j' étais souvent chez ma grand' mère et déjà quelques fois au Havre, puis ensuite, pour 13 ans au Mans avec Albert et Simone. En tout et pour tout, j' ai seulement vécu un an entre
père et mère, juste avant de me marier.
Est-ce un bien , est-ce un mal ? Je ne saurais le dire.
Bien sûr, j' avais hâte de rentrer à Moreuil aux vacances, bien sûr, une chape de plomb m' étreignait quand la rentrée des classes approchait, bien sûr, il y avait des quais de gare lugubres, bien
sûr il y avait des derniers kilomètres où j' avais envie que la voiture tombe en panne.
Mais aurais-je été plus heureux à Moreuil ?
Bien que beaucoup plus libre et décontracté , il y avait cependant certains aspects de la vie familiale qui m' angoissaient.
En tout premier lieu, mes parents ne s' entendaient plus. Cela se traduisait par des éclats de voix violents qui me transperçaient. Je ne tenais ni pour l' un, ni pour l' autre car de toute
évidence les torts étaient partagés, du moins au début. Ensuite, il y eût des choses plus graves de la part de mon père qui firent pencher la balance d' un seul coup du même côté.
Puis il y avait les finances...Ma mère me parlait des déboires financiers de mon père et cela me rendait malade. Quand je posais, avec le plus de tact possible, la question à mon père, il me
répondait par une pirouette et cela me rassurait. Je me disait que ma mère était d' un tempérament trop alarmiste. Mais il y avait Alain qui me racontait qu' il avait eu la honte quand le proviseur
de Montalembert l' avait appelé pour lui dire que notre père ne payait plus les pensions de ses 4 fils.
Au Mans, j' étais loin de tous ces soucis. J' aurais pu être parfaitement heureux si j' avais su m' adapter au caractère de ma tante. Je n' étais pas à l' aise avec elle et je l' ai jamais été. Mon
oncle n' était présent que le dimanche. J' aimais bien quand il était là. Lui, je savais qu' il m' aimait vraiment. Avec les deux grands mères, je m' entendais bien, elles subissaient aussi
les mauvaises humeurs de ma tante, alors elles se faisaient toutes petites en attendant que l' orage passe. Je m' en serais mieux sorti si j' avais eu un caractère moins introverti. Au lieu de
cela, je me renfermais encore davantage et rêvais de faire mon baluchon.
Ce qu' il m' aurait fallu, c' est un véritable ami, pourquoi pas avec une soeur sympa ? Mais je n' ai eu que de très bons copains de classe, qui n' habitaient même pas Le Mans. J' ignore comment
aurait réagi ma tante si j' avais ramené un ou des amis à la maison. Peut-être très bien.
Laissons les regrets pour les autres, on ne refait pas sa vie.