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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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Chap 93 : L' inondation

A cette époque, Le Mans était fréquemment le siège d' orages redoutables. On disait que c' était à cause des nombreuses forêts qui entouraient la ville. J' en avais vécu quelques-uns quand nous habitions avenue Jean-Jaurès. J' ai vu plusieurs fois cette avenue déguisée en fleuve et le pont du Bourg Bellet complètement infranchissable. Mais les maisons étaient nettement au-dessus du niveau de l' avenue et nous
n' avons jamais eu les pieds dans l' eau. Lors de ces orages, mémère Pinchon me racontait toutes sortes d' histoires sur les conséquences de la foudre, ce qui avait développé en moi une véritable phobie des éclairs et du tonnerre. A l' école, on nous avait expliqué comment savoir à quelle distance se trouvait l' orage en comptant le nombre de secondes entre
 l' éclair et le bruit du tonnerre. Je m' amusais à ça pour essayer de calmer ma peur.
Nous étions depuis quelques années avenue de Paris, lorsque survînt
l' épisode qui me revient en mémoire. C' était à la Pentecôte, il y avait communion à Moreuil, plus précisément à Montalembert pour l' un ou
l' autre de mes frères, Alain très certainement. L' oncle et la tante me laissèrent le choix : ou bien m' emmener avec eux à la communion, ou bien me laisser au Mans avec les deux grands-mères, pour préparer le BEPC qui se profilait à l' horizon. Choix cornélien pour moi. Après quelques hésitations, je pensais qu' il était plus sage de rester au calme et de réviser.
Le dimanche après-midi, le temps tourna à l' orage. Celui-ci éclata en fin
d' après-midi et nous eûmes droit à une petite tempête tropicale. Nous étions tous les trois dans la véranda et nous n' en menions pas large, mon arrière-grand-mère plongée dans "Les 3 Mousquetaires" et mémère Pinchon dans "Sans Famille" . Chacun essayant de calmer sa peur comme il pouvait.
Je vous ai déjà expliqué que notre maison était en contre-bas de la route et qu' il fallait descendre 3 marches pour y entrer.
D' un seul coup, nous vîmes le jardin envahi par l' eau qui arrivait à grands flots du portail. Captivés par ce spectacle, nous n' eûmes pas le temps de voir l' eau de la rue dévaler dans le couloir et inonder la maison. Les flots s' engouffrèrent sans la moindre hésitation dans l' escalier de la cave et inondèrent celle-ci en un rien de temps.
Mon arrière-grand-mère, agée d' au moins 90 ans se mit à pleurer et se réfugia sur une banquette avec ses "3 mousquetaires". Mémère Pinchon restait calme, mais était blanche comme une morte. A vrai dire, je ne me souviens pas avoir paniqué. Un autre "moi" s' est emparé de mon corps et j' ai fait à peu près ce qu' il fallait faire.
Une fois tout recouvert d' eau, le jardin et l' intérieur de la maison, l' orage se calma jusqu' à s' arrêter complètement. J' essayai de sortir dans la rue car j' entendais beaucoup de cris. Avec du mal, j' entrouvris la porte bloquée par l' eau et je vis avec grand soulagement que des pompiers étaient déjà en action . L' un deux vînt vers moi et me demanda si tout allait bien, du moins le mieux possible... 
Au bout de quelques minutes, ils vinrent inspecter la maison et le jardin et entreprirent de pomper l' eau. De ce fait ils pompèrent aussi les poissons rouges de la rocaille qui s' étaient éparpillés dans le jardin. En allant à la cave, je crois qu' ils "pompèrent" aussi quelques bouteilles, mais à la guerre comme à la guerre. J' étais trop heureux et trop jeune pour leur faire le moindre reproche.
Petit à petit le calme revînt et nous commençâmes le nettoyage.
Pendant ce temps, les festivités battaient leur plein à Moreuil ou à Montalembert. Nous n' avions pas le téléphone et je n' ai donc pas pu prévenir l' oncle et la tante.
Les grands-mères retrouvèrent des couleurs et la soirée se passa dans
l' humidité, mais sans incident notoire.
J' eus droit à une légion d' honneur virtuelle quand l' oncle et la tante revinrent. Ils ne tarissaient pas d' éloges à mon égard : "Quel sang froid ce petit ! Seul avec les deux mémères, il a pris les bonnes décisions etc...etc..."
En fait, je vous l' ai dit plus haut, c' est quelqu' un d' autre qui m' habitait et qui faisait ce qu' il fallait.
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