ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
Le temps désastreux de ces derniers mois m' a remis en mémoire un épisode de mon enfance qui date des années 50.
Nous vivions à Moreuil dans une "pauvreté d' après-guerre", pas d' auto, pas de vacances, les parents avaient beaucoup de mal à joindre les deux bouts.
Quand ma mère faisait la lessive, nous creusions des petits ruisseaux avec nos pelles d' enfants dans la cour qui était en pente. A la fin de son travail, ma mère vidait son eau dans nos
ruisseaux et nous étions heureux comme des fous de voir l' eau s' écouler et parfois déborder de nos trous.
Un jour, elle nous dit : "Qu' est ce que vous seriez heureux si nous allions à la mer un dimanche, alors là, vous en auriez de l' eau..."
Ce jour arriva enfin.
La ville de Moreuil organisa un voyage à Paris-Plage, qu' on nomme plus volontiers aujourd' hui : Le Touquet.
Nous partîmes vers 4 heures du matin par une froide matinée printanière.
Un autocar nous attendait devant l' église, il datait d' avant la guerre, les premiers arrivés s' y engouffrèrent et prirent la route aussitôt. Le chauffeur nous indiqua qu' un second véhicule
arrivait et prendrait le reste des personnes inscrites. Mon père avait eu le nez fin de ne pas se précipiter. Le second car vînt se garer une dizaine de minutes plus tard et nous prîmes place. Il
était très récent et inspirait beaucoup plus confiance que le précédent.
Le jour pointait à peine quand nous prîmes la route.
Vers Mouflers, nous vîmes un attroupement sur le bord de la route : c' était le premier bus qui avait rendu l' âme. Je ne pourrais vous dire ce qui se passa alors, mais en tous les cas, après
avoir compâti au désespoir des passagers et du chauffeur, nous continuâmes notre route vers le Nord, à mon grand et égoïste soulagement...
Nous arrivâmes en milieu de matinée à Paris-Plage sous un ciel gris, avec le vent qui sied à une plage du Pas-De-Calais.
Mon père se mit en slip de bain et prétendit que nous fassions de même. Seule ma mère échappa au désastre.
Je nous vois encore, mes frères et moi, blancs comme des cachets d' aspirine non vitaminés, claquant des dents, avec nos silps tricotés par maman dans des restes de pelotes de laine.
Mon père nous secouant :" C' est vivifiant, le grand air de la mer, respirez, respirez, non, je vous dis qu' il ne fait pas froid, c' est la fatigue du voyage,
allez !!
tous au bain..."
Nos slips en laine, une fois mouillés, pendaient jusqu' à nos genoux. Le froid resta tenace toute la journée, nous n' eûmes même pas le courage de faire des petits canaux avec nos
pelles....