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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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chap 87: Les moissons

Les étés qui ont suivi les vacances au Crotoy, mes frères et moi, avons repris nos habitudes d' aller passer quelques semaines chez les oncles et tantes. Soit à St-Clair, soit à Caulières, soit au Mans et il n' était pas rare que l' un de nous revienne à Moreuil pour ranger les sacs cello au bout de la machine, ce qui lui valait une petite rétribution que mon père sortait toujours d' une poche magique de sa combinaison de travail.
Personnellement, j' allais à St-Clair où je pouvais être utile à la moisson.
Je m' entendais bien avec Roger qui me faisait souvent rire et  qui me laissait conduire le tracteur pour mon plus grand plaisir. J' ai conduit à partir du moment où mes pieds ont pu toucher les pédales. Pédales qui étaient d' une dureté fantastique et sur lesquelles j' étais obligé de m' arc-bouter pour embrayer.
J' ai déjà raconté comment se passait la moisson à cette époque : fauchage-moissonnage, mise en tas des bottes dans le champs, beaucoup plus tard, ramassage des bottes sur un chariot pour ramener le blé dans un hangard où il continuait de sécher jusqu' au battage. Cela s' étalait sur près d' un mois. Aujourd' hui tout se passe en une seule opération.
Il y avait parfois des travaux pour lesquels Roger était drôlement "gonflé" de me confier le tracteur, par exemple quand il fallait amener le chariot de tas en tas, dans un champs en pente. Au fur et à mesure que le chariot se remplissait, la gargaison prenait du gite à cause de la pente et cela devenait dangereux. je n' ai jamais "versé", comme on disait, mais j' ai eu de la chance. Quand un chariot "versait" sur la route ou dans un champs, tout le petit pays était averti aussitôt et ça rigolait bien dans les fermes autour d' un verre de cidre...C' était souvent les femmes qui rangeait les bottes de blé dans le chariot. Quand on atteignait une certaine hauteur, on décidait de mettre le comble. C' était une grosse corde que l' on mettait au centre de la cargaison, bien serrée, qui était sensée maintenir l' ensemble. Celles qui avaient rangé les bottes, restaient sur le dessus du chariot et rentraient à la ferme en s' accrochant au comble. Elles n' en menaient pas large. Je l' ai fait plusieurs fois, j' avais hâte d' arriver à la grange. On était comme sur un bateau par gros temps.
Encore plus qu' aujourd' hui, la météo était un facteur important dans le bon déroulement de la moisson étant donné la longueur des séquences.
Roger n' était jamais pressé de mettre en route, il ne prenait pas le risque de faucher un blé un peu humide.
Quelquefois on fondait beaucoup d' espoir sur une belle journée et puis survenait une averse, il fallait attendre que ça sèche de nouveau. Roger prenait son vélo pour aller tâter les grains et revenait en disant qu' il fallait patienter. Cela énervait ma grand' mère. Le village était calme. Pas un bruit. ...Puis d' un seul coup, on entendait le teuf-teuf d' un tracteur. " C' est Lemaire qui va faucher...lui au moins, il ne reste pas à rien faire" disait ma grand' mère. Roger répondait "il va faire de l'eau pour ses vaches, pas faucher...j' vous dis qu' c' est pas sec ".

Pour animer les heures d' inaction, on parlait beaucoup de la "folle". Dans tous les contes de terroir, il y a dans chaque village un "drôle", eh, bien Saint-Clair avait le sien, ou plutôt la sienne.
Christiane était une cousine germaine à ma mère. On l' a disait folle, mais Roger prétendait qu' elle simulait. Elle vivait avec sa mère "Eugénie". Cette pauvre femme avait perdu un peu la tête à cause d'un  amour contrarié. Elle avait aimé, j' allais dire follement, un homme qui n' était pas du goût de ses parents, lesquels avaient interdit le mariage. Cela lui avait provoqué un traumatisme irrémédiable. Elle était loin d' être dangereuse, mais certains
 l' évitaient et d' autres se moquaient gentiment d' elle par derrière. Un été,  elle s' amusait à tirer des coups de fusil de sa fenêtre de chambre.  Ce n' était pas très rassurant. Quand on me demandait d' aller chez sa mère pour une course quelconque et que je me retrouvais seul en face de Christiane, ses yeux bleus un peu délavés me faisait un peu peur, mais elle me reconnaissait à chaque fois ,:" toi, c' est Marc, t' es l' ainé de Germaine, hein ?" et elle donnait un petit coup de menton en l' air comme si elle disait :" ils disent que je suis folle, mais les écoute pas."
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