ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
Des anecdotes me reviennent en mémoire au sujet des personnalités citées dans le chapitre précédent.
Paul Tellier, concessionnaire Renault à Moreuil, était vraiment un personnage à part. Toujours habillé "en dimanche", toujours sur la route entre Moreuil et Amiens, toujours la cigarette aux
lèvres, toujours au volant de la plus belle Renault sortie d' usine.
Un jour de septembre, je me morfondais et j' avais déjà le coeur gros de devoir repartir au Mans pour une nouvelle année scolaire, j' avais lu dans le "Courrier Picard" que le Tour de
France Auto passait à St-Quentin. Dans l' après-midi, je demande à mon père s' il peut m' y conduire. Comme je m' y attendais un peu, il me répond qu' il n' a pas le temps, mais il
ajoute : "va voir Paul Tellier, il t' emmènera !" N' ayant rien à perdre, je cours illico à 500 m de là et par chance je tombe sur Paul qui arrivait chez lui. Je m' y prends certainement
assez bien puisqu' il me dit " d' accord", il prévient sa femme, fait monter son fils Patrice dans la voiture et nous voilà partis. A cette époque, Tellier avait une Frégate relativement
rapide. La vitesse n' était pas limitée continuellement comme aujourd' hui, mais il y avait des zones dangereuses avec des panneaux de limitation et notamment sur la route de St-Quentin
bordées d' impressionnants platanes. Bien qu'adorant la vitesse, à un certain moment, je fais remarquer à Paul qu' il dépasse largement la limite autorisée. Il me répond
alors : "Les panneaux, il faut les respecter seulement quand il y a des gendarmes...et puis, quand ils indiquent 90 km-h, c' est pour une personne, or nous sommes trois dans la voiture, tu
vois, on a de la marge ..."
Un jour sur le circuit des 24 Heures, nous voulions casser la croûte le midi.
Il y avait une longue file de gens qui attendait pour se faire servir, peut-être 50 personnes. Paul nous dit : "Ne vous inquiétez pas, allez vous asseoir, dans 5 minutes vous serez
servis, gardez-moi une place. " C' est ce que l'on fit et nous avons été servis très rapidement. Je crois qu'un serveur s' est ramassé un bon pourboire...
René nous parlait souvent d' un autre personnage moreuillois dont je tairai le nom car ses enfants sont toujours en activité. Bien que notable, il préférait la moto. Un jour il voulut emmener sa
femme faire un tour. Lui est arrivé à bon port...mais sans sa femme qui était dégringolée du côté de Villers-aux-érables.
Ce brave monsieur avait une facheuse tendance à lâcher régulièrment des vents nauséabonds . Il le savait et disait en rigolant : "je suis obligé de m' écarter de moi..."
Certes, on aurait pu faire un film comique avec ces gens de Moreuil qui n' engendraient pas la mélancolie. On était plus sérieux dans la région du Mans, malheureusement...