ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
Mon "transfert" au Mans n' étant pas conclu définitivement, l' oncle et la tante m' inscrivirent dans une école publique, près de notre nouvelle adresse : avenue Jean-Jaurès. Toute l' année, on
m' a répété " L' année prochaine, si tu es encore chez nous, tu iras dans une école privée."
Quelle chance d' avoir trouvé une maison à louer juste en face du garage où travaillait mon oncle : un grand garage SIMCA aux couleurs d' ESSO. !
En revanche, ma tante, elle, avait du travail comme caissière dans le centre ville, pas loin des Jacobins, à 2 ou 3 km.
Devant notre porte, il y avait un vaste trottoir, l' idéal pour jouer aux petites autos.
Mon école se situait rue Nationale, à 300 m de la maison, ce qui me permettait de revenir manger le midi.
C' était une école de quartier. Je revois très bien l' instituteur et sa classe d' une bonne quarantaine d' élèves, garçons exclusivement bien sûr.
On donnait des classements tous les mois. Fin septembre, je fus 9°, ce qui rassura toute la famille, impatiente de savoir si je n' avais pas trop souffert d' une année presque perdue. Fin
octobre, je fus 4°, alors là tout le monde exultait, même mon oncle avait l' air ému. Et ensuite tout le reste de l' année, je fus 2°.
Le 1° était toujours le même petit personnage, un peu enveloppé, qui se distinguait non seulement par son intelligence, mais aussi par sa blouse. Nous avions tous une blouse grise à col en V, lui
avait une blouse noire à col Mao et boutonnage sur le côté. L' instituteur nous plaçait dans la salle par ordre de classement, j' ai donc passé presque toute l' année au premier rang, à côté
de ce petit bibendum en blouse noire.
Je me souviens qu' un jour je revins le midi et racontait que le maître nous avait parlé de la plus grande ville du monde : Nève-York, cela m' avait impressionné, mais cela fit rire aux
éclats Albert et Simone. Quand je compris pourquoi, je fus un peu perplexe de constater que l' instituteur avait des lacunes en anglais.
Sur le plan scolaire, je ne me souviens pas de grand chose d' autre. Sur le plan santé, en revanche, j' avais de grosses difficultés à avaler et à garder ce qu' on me donnait à manger. Il m'
arrivait fréquemment de rendre mon repas sur le parcours que j' empruntais pour me rendre à l' école.
J' avais droit à la "quintonine", aux bananes écrasées avec du sucre etc...
Le jeudi, je jouais quelquefois avec une petite Martine de mon âge, blonde, très mignonne, pratiquement ma voisine. Ses parents tenaient un garage BP (le quartier ne manquait pas de
garagiste). Sa mère était superbe, ce que n' appréciait pas trop ma tante, peut-être avait-elle regardé l' oncle de trop près...
Ces gens-là ont quitté l' avenue Jean-Jaurès rapidement, mais j' ai eu l' occasion de revoir Martine lorsqu' elle avait 13/14 ans. Elle était entourée d' une nuée de garçons, un de mes copains
traversait toute la ville pour faire un bout de chemin avec elle. C' est par lui que j' ai su que c' était bien la Martine que j' avais connue quand
j' étais en CE1.
Cette nuit là, j' ai rêvé d' elle. Si je m' en souviens c' est qu' il est très rare d' approcher le bonheur de si près. Je me suis réveillé, le soleil passait par les persiennes, une belle
journée d' été s' annonçait et j' étais envahi de douceur comme si une fée s' était penchée sur moi durant mon sommeil.
Je n' ai jamais revu Martine.