Jouer devant la porte donnant sur l' avenue Jean-Jaurès n' était pas intéressant que pour la compagnie de Martine, c' était aussi un observatoire sur le garage où travaillait mon oncle.
Je l' entendais parfois crier après ses mecanos. Et surtout, quand il allait essayer une voiture fraîchement réparée, s' il m' apercevait sur les marches, il me faisait signe et m' emmenait faire
le tour du pâté de maisons à fond la caisse. Ca, j' adorais...
Le garage était aux couleurs d' Esso et de SIMCA. Il y avait un grand hall pour les réparations, un autre hall pour le pont hydraulique, superbe équipement pour l' époque. Et une cabine de
peinture. Pour les années 50, c' était super classe.
Un jour que j' avais passablement abîmé une Studebaker Dinky-Toys, je me plaignais de son état auprès de mon oncle. Celui-ci dit "Pas de problème, tu vas voir le peintre de ma part et tu lui
demandes

la couleur que tu veux." L' après-midi
donc, je traversais l' avenue et me pointais à la cabine de peinture.
Le peintre me regarda d' un drôle d' air, puis il me dit : "laisse-la moi et repasse dans une heure", je lui dit " je la voudrais crême comme à l' origine" pas de réponse sauf " OK repasse dans une
heure"
Une heure après je retourne prendre possession de ma petite auto, tout frémissant d' impatience. Le peintre me tend la Stubaker....marron rouge...."T'inquiète pas, me dit-il, demain ta voiture sera
crême, ce sont des peintures qui changent de couleur au bout de quelques temps"
Vous imaginez la suite...le peintre n' avait pas voulu nettoyer son pistolet pour une aussi petite surface...
J' aimerai bien l' avoir encore cette petite auto...même marron rouge.
Le propriétaire du garage avait mis son bien en gérance et s' occupait de recherches...ou plutôt de bricolage.
Il habitait un appartement au-dessus du garage. C' était un vrai professeur Tournesol, physiquement et intellectuellement.
Le garage possédait une rampe pour accéder à l' étage qui formait un vaste parking et une 2° rampe, plus petite qui permettait l' accès à la terrasse qui formait le toit du bâtiment.
Le professeur Tournesol y mettait au point un vélo pliant à moteur, genre Solex qui pouvait rentrer dans le coffre d' une voiture.
L' engin était dans sa phase finale de mise au point et , un beau jour, l' homme à la barbiche l' enfourcha sur la terrasse, dans l' intention de descendre les 2 rampes. Hélas, ou
bien le système de verrouillage du cadre pliant n' était au point , ou bien le pilote avait pris trop de vitesse, la catastrophe presque prévisible arriva et au beau milieu d' une rampe, le vélo et
notre bricoleur ne faisaient plus qu' un amas. Après avoir séparé la ferraille d' une part et le corps humain de l' autre, on s' aperçut qu' il avait des fractures des deux côtés.
Ce brave homme avait une fille qui exerçait la profession de sage-femme. Je ne sais pas pourquoi, mais ma tante et sa mère en parlaient en termes peu amènes.
Cela m' est resté en mémoire car, primo j' ai eu beaucoup de mal à savoir ce qu' était une sage-femme et secondo j' eu encore plus de mal à savoir ce qu' était une putain, mot que ma tante lâchait
à l' endroit de cette femme. Quand je questionnais " Qu' est-ce que c' est une putain" on me répondait " c' est une fille de mauvaise vie ", ce qui ne m' éclairait pas pour autant. J'
essayais bien de sonder mémére Pinchon pour savoir ce qui valait tant de haine de la part de la tante. Avec bien du mal je sus qu' "elle s' était mal conduite avec mon oncle". J' en restai là.