ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
Mon père, qui avait acquit ses galons de "maître-imprimeur" à Rouen chez Piétrini, s' était installé à Moreuil en 1946 ou 47 parce que cette petite ville faisait parler d' elle à la radio. Elle
était en pleine expansion grâce au démarrage du bas nylon chez les frères Fauchille sous la marque BOMO. Il n' y avait pas d' imprimeur, donc il serait le premier et sans concurrence. Son
frère René, menuisier-ébéniste, s' installa en même temps.
Ce dernier était nouvellement marié à Gisèle.
Gisèle désirait avoir un enfant plus que tout au monde. Le problème, c' est que les médecins lui conseillait de ne pas en avoir et qu' il y aurait un gros risque à l' accouchement si elle passait
outre leur recommandation.
C' était il y juste 60 ans, depuis, la médecine a bien évoluée et on n' accouche plus chez soi.
Vous devinez la suite, Gisèle tomba enceinte, elle voulut garder son enfant et ce fût le drame à l' accouchement.
Je n' étais pas sur place, mais ce que j' ai entendu de droite et de gauche laisse à penser que ce fût un peu une boucherie et qu' il fallut choisir un moment entre la mère et l' enfant.
Albert, qui était très lié à René, était peut-être sur place avec Simone.
En tous les cas, ils furent tromatisés à vie.
Albert jura qu' il n' aurait jamais d' enfant et Simone m' a toujours dit que ce drame avait définitivement changé le cours de leur vie. M' adopter, en quelque sorte, était un paliatif à ce
manque que ressent toute femme sans enfant.
Si Albert n' a jamais remis en cause sa décision, je pense que Simone aurait bien aimé faire machine arrière.
Adorant les enfants, avec cependant des préférences affichées pour ses nombreux filleuls et filleules , elle devait souvent se dire que "rien ne vaut un enfant à soi".
Je ne vous ai pas parlé de l' enfant qui est né de ce drame. C' était une adorable petite Chantal. Pour être belle, elle était belle.
René décida de faire venir sa mère, veuve, pour s' occuper de l' enfant et du ménage. Un autre drame commençait, moins brutal celui là, mais aussi ravageur : la mémé (ma grand'mère paternelle
donc) se révéla être une duègne possessive, autoritaire et...extrêmement dépensière. Un enfer pour René.
On n' est pas souvent maître de son destin. Dans mon cas, si je me demande pourquoi je suis allé au Mans jusqu' à l' âge de 20 ans, il est clair que c' est 50% à cause de mon coeur et 50% à cause
du décès de Gisèle.