Le temps passe, le souvenir reste...Phrase banale que l' on voit souvent sur les tombes, lourde de sentiments et d' émotions.
On ne peut oublier une personne quand chaque instant quelque chose vous y fait penser.
Tous les jours, par-dessus la haie qui sépare nos deux terrains,je ne voyais que ses cheveux blancs virevolter sur son terrain
Tous les matins, avant même que je me lève, j' entendais les mille petits bruits de ses outils. En ouvrant les volets, s' il pleuvait , je savais que je pourrais compter sur lui en cas de problème
de bricolage, il n' irait pas au terrain rejoindre ses copains et monter dans l' azur bleuté d' une belle journée.
Il est parti un samedi pour une destination inhabituelle, un peu à contre-coeur et il n' est jamais revenu. L' ULM qu' il ne pilotait pas s' est crashé près de Bernay...le mauvais temps
peut-être.
Depuis ce jour, et pourtant l' été fût propice au vol de ces petits engins, je ne vois plus d' ULM survoler notre quartier. Quand Maurice était encore des nôtres, il ne manquait pas de venir faire
un tour au-dessus de nos jardins, son aile delta bleue était reconnaissable, il nous envoyait un petit signal avec une lampe de poche et nous lui faisions un salut de la main.
Finalement, je préfère ne plus voir ces oiseaux dans le ciel.
Quand je l' ai connu, lui et sa femme Edith, il pilotait un petit avion à Glisy et
c' est lui qui m' a emmené survoler Amiens et voir la cathédrale sous un angle qui vous laisse pantois d' admiration. Ensuite quand il s' est mis à
l' ULM, construit de ses mains évidemment, il m' a monté plusieurs fois. Le fait qu' il ait fait de l' avion auparavant, lui avait donné des principes de précaution et il ne manquait pas de faire
sa check-list avant de prendre l' air.
A plus de 70 ans, il était encore d' une vitalité qui forçait le respect, pratiquant le tennis toute l' année et le ski en hiver, il n' arrêtait pas. Il lui fallait toujours un "os à ronger".
Dernièrement, il s' était intéressé aux Vélos-Solex, il recherchait des épaves et les refaisait à neuf. Il avait essayé de faire la même chose avec une Vespa 400, mais l' auto (qu' il avait possédé
dans sa jeunesse) n' était pas récupérable. Il en a fait une sorte de karting.
Maurice et Edith étaient les gardiens de notre maison quand nous partions quelques jours. Toujours prêts, lui et Edith, à nous conduire à Roissy ou à la gare TGV. Nous n' avions rien à
demander, ils se proposaient d' emblée.
Depuis le samedi fatal, Edith montre un courage exemplaire, bien entourée par ses enfants et le reste de la famille.
On vit moins bien sans Maurice, mais il faut vivre...
Cet homme, c'était mon Père, mon héros...<br />
Malgré la profonde douleur et le manque qu'il laisse derrière lui,j'éprouve l'immense bonheur de pouvoir dire :" je suis fière de toi Papa et fière d'être ta fille"<br />
Delphine
c'était un voisin discret et malgré tout le quartier n'est plus tout à fait le même depuis son envol...oui, ce doit être tous ces bruits familiers ,qui font défaut aujourd'hui ,et qui nous rappellent que quelque chose a changé ,là, tout près de chez nous.
Quand il venait réaliser des petits travaux chez moi en mon absence, je lui laissais l'argent sur la table. En rentrant, je retrouvais la quasi totalité et un petit mot "c'est trop...".<br />
J'ai volé, avec lui, dans son ULM et ce fut un souvenir inoubliable.