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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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Chap 149 : La mère Denis : Mémé !

Le coup monté par Lorin n' était ni plus ni moins qu' un acte de révolte. Il l' avait préparé en catimini alors que les autres élèves faisaient du sabotage de jeunes voyoux pas très intelligents. Genre : démolir le perron qui déservait la cour de récréation ou casser les tuiles du préau. J' observais ça de loin en me demandant ce qu' il pouvait sortir de ces actes condamnables.
Révolte contre quoi ? En fait c' est un ensemble de choses qui nous sortait par les yeux : l' incompétence des profs, la religion peut-être, mais surtout et c' était  très terre-à-terre, la nourriture...
Elle nous était servie dans un réfectoire moyennâgeux par Mémé, c' était son surnom qui lui allait comme un gant. Mémé ressemblait comme deux gouttes d' eau à La Mère Denis qui fit les belles heures d' une célèbre publicité à la télé quelques années plus tard.  Elle nous servait une nourriture infâme et recevait évidemment les "compliments" de notre groupe pas très sympa avec elle. Elle nous disait que les profs avaient la même chose que nous. J' ai pu le vérifier une fois, c' était bien le même menu, mais les morceaux étaient choisis. Cela se pratiquait dans toutes les cantines scolaires à cette époque, comme à l' armée d' ailleurs. Souvent,  c' était immangeable. Un jour Bernard Delamarre, dont je reparlerai peut-être, la supplia de lui amener une tranche de jambon à la place de son morceau de barbaque nerveux.
Elle lui dit d' abord que c' était impossible, mais un quart d' heure après, elle sortit de la poche de son tablier, qu' elle avait extrêmement sale, un jolie tranche rosée. Delamarre n' eût d' autre solution que de la manger du bout des dents, vu l' état de la poche d' où elle sortait, sous les yeux goguenards de toute la tablée.
Nous avions des frites une fois par semaine, elles étaient bonnes, Mémé
 n' était pas chiche sur la quantité.  C'était jour de fête pour notre estomac ce jour-là. Nous laissions dans l' assiette, le morceau de semelle ou le merlan nauséabond.
Un midi que la qualité était particulièrement atroce, je pris le coup de sang et quittai la table, sortai de l' établissement et fonçai jusqu' à la gare où je savais trouver des crêperies, n' oubliez pas que nous étions à St-Brieuc.
C' était évidemment formellement interdit de quiter le lycée sans un billet de sortie, surtout pour aller manger dehors. Je n' avais pourtant croisé personne en partant, mais au retour j' eu droit au comité d' accueil : le Directeur et  l' Econome m' attendaient de pieds fermes. Je me suis toujours demandé comment ils avaient été prévenus de mon escapade gastronomique...Ils se sont livrés à un interrogatoire en règle et je ne me suis pas fais prier pour leur dire ce que je pensais des repas à la cantine. Je ne me souviens plus de ma "condamnation"...
De temps en temps, Mémé se faisait aider par Brigitte, une jeune fille de 18-20 ans, assez mignonne.  Elle ne devait pas venir chez nous en principe, parmi les mâles...mais cela lui arrivait quand même et c' était un moment de bonheur dans notre vie qui en avait bien peu.
Un beau jour, on ne la vît plus du tout. Le bruit s' est répandu qu' elle s' était fait engrosser par un élève de terminale. Mémé, la larme à l' oeil, nous l' a confirmé sans donner de détail. Ce fût quand même un choc pour quelques uns d' entre nous qui pensaient que ces choses-là n' arrivaient que dans les mauvais films ou la littérature de gare.
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