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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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chap 140 : Bizutage

Me voici donc à St-Brieuc, ville très austère, du moins en 1960, et de surcroît à St-Charles, qui ressemblait à un pénitencier. Olivier de Kersoson raconte son court passage à St-Charles, je veux bien penser qu' il n' y a pas fait de vieux os...
Accompagné par l' oncle et la tante, je fus reçu par le directeur, on dirait maintenant proviseur. Quelqu' un m' emmena d' abord au dortoir pour déposer ma valise, et là, je fus réconforté de voir que je n' étais pas dans le grand dortoir, mais dans une sorte de petite chambre avec deux autres pensionnaires. Les meubles étaient neufs et cela faisait bonne impression. Une grand lavabo pour toute la chambrée (une quarantaine d' élèves) et un seul WC. Mais on me dit que ce WC ne servait qu' en cas d' urgence, puisqu' il y avait des toilettes à la turque dans la cour de récréation...En fait ces toilettes seront une horreur pour moi pendant les deux ans que j' ai vécu là-bas,  c' était d' une saleté indescriptible, on s' en est accomodé les uns et les autres et pourtant il n' y avait pratiquement que des élèves issus de familles aisées et donc habitués à un certain confort.
Le directeur m' avait prévenu :" Vous allez être bzité en arrivant dans la classe, ne vous tracassez pas, ce n' est pas méchant, c' est la coutume."
Effectivement, les élèves de première année et de seconde année, rassemblés dans la salle d' études, me bzitèrent copieusement quand j' ai franchi la porte, être accompagné par le directeur de l' établissement ne semblait gêner personne. Le bzitage est réservé aux premières années, les bizuts et le pchitage aux secondes années. Pour bziter, il suffit de faire BZZZZIIII! et pour pchiter, il suffit de faire PCHITTTT ! Faut-y être bête !
A chaque mouvement d' un élève, la classe tout entière bzite ou pchite. le "Z" surveillait si on faisait ça correctement. Le "Z", c' est un élève de seconde année (un ancien, donc) qui a pris la direction de bizutage. Nous avons eu droit à un con parfait. Il avait quelques acolythes, mais pas aussi assoiffés de méchanceté que lui. Lui, c' était vraiment une figure. Pas une seule fois, pendant 2 ans,  je n' ai pu avoir une once de sympathie pour lui.
Nous avions chacun un surnom donné par le Z. Avec une certaine chance, on m' attribua "fils beau sourire". Les fils étaient les premières années et les pères, les anciens. Je débarquai dans cette ambiance avec les jambes un peu en coton. Il restait une place devant le pion, je m' y installai. Ce pion était un jeune séminariste dépassé par les évènements, malgré sa grandeur. Il n' arriva jamais à avoir des rapports normaux avec les anciens, le Z en particulier. J' en étais mal à l' aise, le Z le prenait pour un moins que rien, un sous-homme. Je vous l' ai dit, ce Z était à tuer.
Dans son livre " Je suis morte et je n' ai rien appris", Solenn Colleter raconte avec beaucoup de talent, une semaine de bizutage dans un établissement parisien. C' est très violent, surtout pour une fille, mais cela ne dure que 8 jours. Les bêtises que je vais vous raconter dans les semaines à venir, furent notre quotidien jusqu' au 2 décembre, jour anniversaire de la bataille d' Austerlitz, c' est la tradition paraît-il dans les prépas parisiennes et pourquoi pas à St-Charles ?
Nous avions une petite pose après le repas du soir, on descendait dans une espèce de cave. Nous, les fils, nous devions y aller d' office. Le Z et sa petite équipe de tortionnaires, nous encadraient. Les autres fils étaient habillés "crading", moi, j' arrivais avec mon beau costume.
On commença par m' enlever ma ceinture, puis on voulut m' enlever mes lacets, mais manque de chance pour eux, j' avais des mocassins.
On nous fit faire des pompes, (j' adore...) et ensuite on nous demanda de chanter des chansons paillardes et d' en constituer un carnet avec les paroles...Le Z battait la mesure...Imaginez que deux fois par jour, jusqu' au 2 décembre, nous avons eu droit à ce régime...
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