Overblog Tous les blogs Top blogs Maison, Déco & Bricolage Tous les blogs Maison, Déco & Bricolage
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

Publicité

Chap 135 : AKONO

En cherchant sur internet à quoi peut bien ressembler cette petite ville que j' ai visité il y a 50 ans, je m' aperçois qu' elle est célèbre parce que son maire est Mme Marie-Hélène NGoa-Guislain, une ex-valenciennoise de 67 ans. Cette dame est la seule femme blanche maire en Afrique noire.
A part cela,  le village est devenu une ville de 50000 habitants.
Le Père Eugène, très soucieux de me montrer tous les "cas" que lui et ses confrères rencontrent, me parle de ses problèmes avec les jeunes.
Résumé d' un dialogue avec les jeunes :
-Mon Père, quand nous étions petits, tu nous as baptisés et nous étions chrétiens. Maintenant, tout est fini. Nous voulons nous confesser et recommencer comme avant.
-Non, je ne vous confesserai pas, ça ne servirait à rien. Demain, vous le savez aussi bien que moi, le christianisme disparaîtra de votre vie une nouvelle fois.
-C' est vrai, mon Père.
-Voyons ensemble ce qui ne va pas. Primo : vous courrez les filles, pourquoi ?
-Parce qu' on ne peut pas se marier, nous n' avons pas assez d' argent pour payer la dot. En plus,  comme nous sommes paresseux, les filles ne veulent pas de nous.
-Secondo : Pourquoi êtes-vous paresseux ?
-Parce que le travail ne nous intéresse pas, ce que nous faisons ne rapporte qu' au patriarche (chef de tribu). Nous n' en tirons aucun bénéfice.
-Tierso : Vous buvez du vin de palme jusqu' à l' ivresse. Pourquoi ?
-Pour nous occuper. Nous ne savons pas quoi faire
- Conclusion : un seul remède à tous ces maux : le travail.
Le Père Eugène a poussé son raisonnement jusqu' aux actes. Il a fait se regrouper les jeunes qui ont demandé un coin de forêt au patriarche. Ils ont défriché ces quelques ares. Cette année, ils ont pu récolter leurs premières bananes et...les vieux les ont aidés.
Une belle expérience menée à terme, mais combien, à côté, de déconvenues...
"On ne voit pas le travail avancer" disait le Père André à un missionnaire de passage. "Mais, tout de même, mon révérend, lorsqu' on baptise un noir, qu' on lui fait faire sa première communion, qu' on le marie, c' est quelque chose !"
Et le Père André de répondre :"Non, voyez-vous, c' est comme la lèpre, la guérison extérieure semble parfaite, mais le microbe reste à l' intérieur." Ce à quoi, le voyageur répondit fort justement : " Et chez les chrétiens du monde entier, n' est-ce pas pareil ?"
Le dimanche 28 Août, c' est le marché à Akono. Des petits cars Renault y amènent la foule. Trois messes sont dites, l' église (photo) est toujours pleine. Les fidèles chantent le grégorien légèrement déformé par les rythmes équatoriaux. Quatre missionnaires distribuent la communion.
Je vais faire un tour au marché, seul blanc parmi les noirs. Au bout d' un moment, je ne suis pas rassuré, tout le monde me regarde, pas méchamment, même en souriant, mais fort intrigué de ma présence. On me tape sur l' épaule, comme pour voir si je suis bien de chair et d' os. Apparemment, il n' est pas coutumier qu' un blanc aille flâner au marché.

Pendant ma sieste, je suis réveillé par des cris, des applaudissements, des exclamations...Que se passe-t-il ?
Je me lève et me laisse guider par les oreilles. Je parviens à une grande clairière qui se trouve être un terrain de football. Il s' agit d' un match comptant pour le championnat du Cameroun. Le terrain est glissant et la balle se retrouve souvent dans la forêt. Les supporters jouent de la machette pour aller la récupérer. Chaque joueur a son surnom : "Vas-y Pelé, vas-y Didi, vas-y Vava, vas-y Pépé." Que des joueurs brésiliens, le Brésil avait gagné la coupe du monde en 1958 et malgré le peu de média en action dans cette partie du monde, ces noms de vedettes du foot avaient franchi la forêt équatoriale...
Encore une fois, je me retrouve seul blanc sur ce terrain. Un moment, sur une pénalité litigieuse on me prend à parti..."Dis-nous que nous avons raison, que cette pénalité est juste !" Lâchement je dis "oui" car les supporters locaux sont bien sur plus nombreux que les autres...et je ne suis pas très rassuré, pas question de prendre fait et cause pour la minorité...
Le soir, à la mission, on me raconte cette histoire véridique :
Il y avait autrefois dans la salle à manger une pendule-coucou qu' un missionnaire alsacien avait laissée. Elle n' avait jamais fonctionné, peut-être un peu dérangée par le long voyage.
Un jour, un Père bricoleur a réussi à la remettre en marche.
Le bricolage terminé, ce fût l' heure du café. Les Pères se retirèrent au salon. Soudain, le boy effrayé arrive en criant :"Pères, il y a un oiseau dans la salle, il fait le tour de la pendule, bat des ailes et chante." Les missionnaires s' esclaffent joyeusement. Sans explication, le boy repart très vexé. Une demie-heure après, les pères entendent une détonation. Ils se précipitent. Le boy, fier de lui, tient un fusil encore chaud à la main, les pièces du coucou sont éparses sur le plancher...

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article