La nouvelle génération ne s' imagine pas le mal qu' on eut leurs grands parents à survivre après la guerre.
Mes propres parents étaient sans le sou. Pour s' installer à Moreuil, mon père devait s' acheter une machine. Il emprunta 30 000 francs à Albert, son frère ainé, et commença à travailler sur une
"presse", qui était déjà dépassée techniquement, mais qui était solide et sortait du bon travail. Cette machine sera déménagée 4 fois dans Moreuil et ce ne sera pas un plaisir car elle
pesait 2 tonnes. Je l' ai moi-même utilisée pour couper des boîtes en carton. A partir de 12/13 ans, mon père nous faisait faire des petits travaux dessus pendant les vacances. Il n' y avait aucune
sécurité, on aurait pu se fracasser une main comme d' un rien.
Par la suite, en 1952, mon père eu l' idée de se lancer dans la cellophane. C' était un beau matériau, transparent, brillant, imprimable. Pour transformer cette matière, il fallait des
machines complètement différentes. Il y avait à Strabourg, un grand fabricant de ces machines rotatives, Holweg. Ces machines coûtaient évidemment très cher et la petite imprimerie de mon père lui
permettait tout juste de joindre les deux bouts.
Néammoins, avec un billet de 10 000 francs en poche qui était toute sa fortune et un billet de train, il se rendit à Strasbourg. Arrivé le soir dans la cité alsacienne, il prit une modeste chambre
d' hôtel et

dormit avec le
billet de 10 000 francs sous son oreiller de peur qu' on lui fauche durant la nuit ou qu' il s' envole...
Le lendemain, il arriva à convaincre les dirigeants d' Holweg de lui vendre une machine avec 100% de crédit. Mon père savait convaincre, malgré sa petite taille, il avait un charisme certain. Cela
lui fût toujours très utile car tout au long de sa vie, il a dû en convaincre des créanciers...
Quand certaines fins de mois étaient "infranchissables" mon père, qui n' a jamais voulu se déclarer en faillite, faisait appel à ses beaux-frères qui venaient colmater la brèche.
Tout cela je le sais par ma mère, car lui nous disait toujours que tout allait bien.
Il n' aurait jamais fait de blog car il ne parlait jamais du passé, jamais....toujours de l' avenir, de ce qu' il allait entreprendre...Le dimanche, il réfléchissait à tout ça en bricolant ou en
jardinant, la cigarette aux lèvres.
Ma mère, qui avait , au contraire, un tempéremment qui la poussait à la prudence, a beaucoup souffert des "grandes" idées de mon père.
Il faut reconnaître, que, globalement, il a réussi sa vie professionnelle. Une vie qui ne fût jamais motivée par
l' argent, mais par le désir d' entreprendre de grandes choses.