ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
Après quelques jours à Moreuil, j' allais passer le reste des vacances à Saint-Clair, seul ou avec un de mes frères.
A cette époque, le dimanche était vraiment un jour particulier. On ne s' habillait pas comme tous les jours et ...surtout, on se lavait "en grand".
Ma grand' mère se levait de bonne heure pour faire sa toilette.
- Continuez à dormir, nous disait-elle. On savait ce que cela voulait dire : elle allait faire chauffer de l' eau dans une grande marmite, puis s' enfermer
dans un espèce de couloir où il y avait un lavabo. Dans aucune maison on ne trouvait alors de salle de bain, sauf chez les bourgeois ou les châtelains. Pendant ce temps, grand père prenait son
petit déjeuner : pain-beurre, sardines et café au lait.
Pendant que l' on attendait le signal de mémère pour nous lever et déjeuner à notre tour, on feuiiletait "Nous deux" ou "Confidences" qui traînaient dans un coin ou bien on observait les dessins
du gel sur les carreaux de la chambre.
Mémère préparait une nouvelle bassine d' eau chaude et nous passions au "récurage". Nous étions nus , debout dans un baquet qui servait à laver le linge. Auparavant, nous avions fermé la porte à
clé pour éviter les importuns. Le meileur venait après, au moment d' enfiler les "vêtements du dimanche", car nous étions alors, fiers comme Artaban...et mémère aussi d' ailleurs.
En fin de matinée, pépère se rasait, c' était la seule fois de la semaine. On entendait crisser le grand rasoir sur sa barbe dure. Puis il enfilait, lui-aussi, son habit du dimanche, qui
consistait en un "bourgeron" neuf.
Nous ne l' avons jamais vu se laver en "grand", il avait sûrement sa combine pour ne pas se faire voir...
Quelques années plus tard, il tomba gravement malade et mémère m' a raconté cette anecdote :
- Le médecin l' ayant ausculté à la poitrine, il demanda ensuite à ton grand père de se mettre assis sur le côté du lit et d'
enlever ses chaussettes. J' ai paniqué car je ne l' avais jamais vu se laver les pieds, je ne savais plus où me mettre...He bien figures-toi qu' il avait les pieds blancs comme
neige...
On imagine mal à quel point les gens de cette génération étaient prudes (surtout à la campagne) : après 40 ans de mariage, ma grand' mère n' avait
jamais vu son mari faire sa toilette devant elle...
Après le "récurage", mémère se mettait à cuisiner, souvent un bon poulet tué du samedi et
surtout...volupté des voluptés...la tarte, que dis-je, des tartes ! Il fallait en faire suffisamment pour les visiteurs de l' après-midi.
Il paraît que pour la fête du village, mémère allumait le four à pain et cuisait ses tartes dedans, les amis du villages amenaient tous leurs tartes à cuire, mais je ne l' ai jamais vu faire
malheureusement.
Endimanchés, nous ne pouvions pas
jouer à cache-cache dans les balles de paille, nous attendions religieusement le moment où mémère sortirait la bouteille de cassis-maison pour les invités car
nous avions droit à une petite goutte...Les yeux brillants, nous écoutions les "grands" parler et rire ou bien nous les regardions jouer aux cartes.
A 17 h , tout le monde pliait bagage car il fallait aller traire. Mémère mettait un fichu sur ses cheveux propres,
passait une grande blouse et la vie reprenait son cours normal.