En 1948, la place de Moreuil, telle que vous la voyez sur la photo ci-contre, n' existait pas. A cet endroit, il n' y avait qu' un tas de gravas provenant des maisons détruites durant la dernière
guerre.
Je devais traverser cette zone , pas "franche" du tout pour me rendre en classe.
Mes parents tenaient, en plus de l' imprimerie, une petite papeterie, ce qui fait que mon cartable était bien achalandé et faisait envie à une équipe de 'durs à cuire".
Plusieurs fois, ils me tendirent un guet-apens derrière les monticules de briques. Ils n' avaient aucune peine alors, à soulager mon cartable des cahiers, du plumier, et autres buvards.
Après quelques interventions de ce genre, mon père sortit une nouvelle fois en combinaison bleue, avec son écharpe écossaise au tour du cou et mis un terme à ce rackettage.
C' est tout ce que j' ai à vous raconter sur mon passage au CP de l' école de Moreuil.
Vers Pâques, je m' exilais au Mans, où je continuais à travailler la lecture et l' écriture à la maison sous la tutelle de la femme la plus discrète que j' ai jamais connue : Mme Pinchon, qui était
la mère de ma tante Simone. Elle vivait chez sa fille et son gendre. Son mari avait eu l' affreux destin d' être un des premiers morts de la guerre 14 : tué par une balle française qui avait
ricochée sur un arbre.
Cette année-là, nous habitions rue St-Pavin. Curieusement, j' ai retrouvé cette rue beaucoup plus tard, pour y dormir quand je venais aux 24 Heures du Mans.