CHAP. 16 LE DEMENAGEMENT-Les Veillées
A ce stade des "évènements" de mon enfance, il serait bon de faire état brièvement de l' arbre généalogique.
Côté maternel, mes grands-parents Raoul et Catherine Vaquez ont eu 4 enfants : Germain, Germaine, ma mère, Jacques et Jacqueline, la petite dernière dont j' ai déjà parlée.
Côté paternel, Albert et Gabrielle Morvillers ont eu, aussi, 4 enfants, 4 fils : Albert, René, André, mon père et Camille. Je n' ai jamais connu mon grand-père paternel, mort sous les bombardements
à la gare St-Roch
d' Amiens.
Ceci étant posé, voici comment s' est passé le déménagement de Lignières-Châtelain vers St-Clair .
Pas de Calberson ni de Déménageurs Bretons. Ce ne sont pas les quelques meubles qui posaient problèmes, mais bien évidemment les vaches, les moutons, les cochons, la basse-cour etc...
10 km, ce n' est pas loin, mais ce fût quand même une aventure.
Je ne souviens pas des cochons, peut-être les avait-on vendus sur place, tout simplement.
Pour les vaches, nous avons été obligés d' empreinter la route et ces braves bêtes ne pensaient qu' à brouter
l' herbe des bas-côtés. Ce fût un vrai calvaire.
Mon grand-père avait eu son permis de conduire (peut-être un jour je vous raconterai la façon dont il l' a obtenu) mais il n' avait jamais conduit ensuite, c' est donc à l' aide des
tombereaux tirés par des chevaux que tout s' est fait. Plusieurs voyages ont été nécessaires évidemment. Germain et Jacques donnaient un coup de main ainsi qu' une jeune femme,
Ginette, dont je n' ai pas encore parlée. Elle venait tous les jours à la ferme pour aider au moment de la traite et de la fabrication du beurre. Elle était jolie, "avait pris le soleil à l'
ombre
d' une passoire", elle était courageuse, "pas enchpée" pour un sou. Elle habitait avec ses parents juste en face de la ferme, de l' autre côté de cette nationale qui ne voyait passer que des belles
américaines conduites par des belges...comme aujourd' hui d' ailleurs, sauf que les Chevrolet et les Buick ont été remplacées par des Mercédès et des BMW. Donc cette jeune femme fit le déménagement
avec nous.
Mes grands-parents avait acheté la première ferme en arrivant à St-Clair, et presqu' en face, se trouvait celle des Magnier. Le père Magnier avait déjà pris sa retraite et avait laissé l'
exploitation de l' immense propiété à Pierre l' ainé, René et Roger qui devait avoir 19 ans.
Ces gens-là nous aidèrent beaucoup au déchargement, ce qui arrangeait bien ma grand'mère car son mari
n' était plus très vaillant, il avait pris de l' âge et l' abus du cidre , ajouté au coup moral de devoir repartir à zéro ou presque, avaient un caractère néfaste sur ses forces.
Pendant une semaine ou deux, tous les soirs, les Magnier avaient pris l' habitude de venir discuter dans la maison à peine installée. On se racontait des histoires, on buvait un verre de cidre, on
mangeait un gâteau confectionné par Lucette, la femme de Pierre, jusqu' au coucher du soleil et même après, il faisait noir dans la pièce et on discutait encore.
Il y avait donc mes grands-parents, Jacqueline, Ginette, moi et du côté Magnier : Pierre, marié, deux garçons qui deviendront mes compagnons de jeux, René, célibataire et Roger trop jeune pour être
marié.
Je vous ai dit que Ginette était belle, mais Jacqueline, du haut de ses 12-13 ans était une vraie Lolita, faisant beaucoup plus que son âge.
En réfléchissant maintenant, je me doute bien que l' accueil affable des Magnier avait une autre cause que
le réconfort d' une famille arrivée en terre inconnue.
Au bout de 2 semaines, on décida d' un commun accord que la veillée aurait lieu une fois par semaine et cela dura un bon moment, puis on fit cela une fois chez l' un, un fois chez l' autre.
L 'autre soir, Julien Lepers posa une question pour laquelle la réponse était :
la veillée, Il disait qu 'elle avait beaucoup cours au XIX ° siècle et qu' elle avait disparu
au XX° siècle, elle servait en outre à faire se rencontrer des jeunes gens, en présence de leurs parents, en vue du mariage.
Eh bien ! Je peux vous dire que de telles veillées ont encore existé au XX° siècle jusqu' à l' apparition de la télévision.
Quand à favoriser les mariages , c' est bien vrai, car Ginette a épousé René et Jacqueline a épousé Roger, mais cela est une autre histoire.