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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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Chap 151: Le turbot sauce hollandaise

Nous n' avions que le dimanche pour nous évader de la cantine de St-Charles et encore fallait-il une occasion. L' occasion, nous nous efforcions de la provoquer.
J' avais trois amis, si on peut appeler ça comme ça, des copains qui sont un peu plus que des copains.
Bernard était le plus vieux d' entre nous. Il était fiancé et il écrivait tous les jours à l' élue de son coeur. Il s' y collait tous les soirs à l' étude, sortait son papier bleu et de sa belle écriture, tartinait des pages et des pages. Je me demandais ce qu' il pouvait raconter tous les jours que Dieu fait...
Jacques était le plus grand, le plus travailleur;
Marc, le plus bourgeois, mais aussi le plus rebelle.
Tous les trois fumaient la pipe et tous les trois jouaient au bridge. Ils avaient un dénommé Girard comme quatrième. Après avoir  tenté de m' initier à ce jeu, j' avais décliné et était retourné à mes chers bouquins.

Avec chacun des trois, j' ai une petite anecdote ayant pour toile de fond un déjeuner pris ensemble.
Un jour, Bernard reçoit la visite d' un de ses oncles. Ce dernier pensait l' inviter au restaurant, mais c' était en semaine et le règlement de St-Charles ne permettait pas de manger à l' extérieur excepté le dimanche. Il lui laisse donc un bon pour un repas dans un grand restaurant de St-Brieuc. Bernard ne désirant pas manger seul me propose de l' accompagner le dimanche suivant.
A midi pile, nous sommes les premiers à nous installer dans la grande salle d' un établissement renommé. Le maître d' hôtel vient nous mettre en place et nous confie les menus; nous salivons à la lecture de ces mets pleins de promesses. Au bout d' un moment, un garçon vient prendre la commande et repart en cuisine, nous sommes toujours seuls dans la grande salle. J' avais choisit un turbot sauce hollandaise. Bernard sort alors de sa poche le bon que lui avait offert son oncle, il le retourne dans tous les sens, il rougit, puis il part d' un fou rire qu' il a du mal à contenir. Il réussit quand même à articuler : "Je me suis trompé de restaurant !!!" En un tour de main, nous soulevons délicatement nos sièges, ouvrons la porte avec précaution et filons comme on dit "à l' anglaise". A peine dehors, nous nous mettons à courir.
Une fois installés au bon endroit,dans un lieu beaucoup moins huppé, notre fou rire, libéré, était inextinguible en repensant à la tête qu' avait dû faire le garçon en ramenant les entrées...
Jacques avait une soeur qui était demi-pensionnaire dans une institution tenue par des Bonnes-Soeurs. Elle avait une chambre en ville; Un jour il m' invite à manger avec elle un dimanche. C' était un petit bout de femme ,  qui devait avoir une forte personnalité.
Nous allons dans un genre de "routier" qui servait des frites à gogo et une viande excellente. Nous nous sommes régalés en discutant de choses et d' autres malgré le bruit de la salle enfumée et  l' odeur de friture.
A la fin du repas, Jacques allume une cibiche et sa soeur allume...sa pipe. Ca fait drôle sur le moment...
Je me suis rappelé ce que m' avait dit Bernard en rigolant : "Tu vas voir la soeur de Jacques ?? Attention, elle fume la pipe !" Je croyais qu' il s' agissait d' une blague à conotation sexuelle à laquelle je ne comprenais d' ailleurs rien, mais non, c' était au premier degré qu' elle fumait la pipe...
Marc Fournier Le Ray me demanda un dimanche de le conduire chez lui, à Lorient. Il fallait traverser la Bretagne du nord au sud, mais rien ne nous arrêtait. J' avais ramené la Frégate de Moreuil et j' en étais assez fier.
Il habitait une sorte de chateau du XVIII, meublé à l' avenant. Son père était directeur du port de Lorient, cette fonction porte un autre nom que j' ai oublié.
Marc avait commandé à sa mère son plat favori : poulet-frites.
Avec un certain cérémonial, nous avons commencé à déjeûner et à nous régaler. Au bout d' un moment, Marc s' est écrié : "Mère, vos frites sont chiément bonnes ! "
Eh, oui, Marc vouvoyait sa mère, mais il mettait le mot "chié" à toutes les sauces si je puis dire. Nobody is perfect !

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