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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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chap 146 : Bi-Bine

Retour aux années 1960-61.
Nous avions donc deux profs de math, l' un nous faisant le cours et l' autre les exercices : Merlet et Houdebine. L' année suivante, ils ont inversé leur rôle. Je vous ai déjà parlé de Merlet, jeune prêtre. Je vais  maintenant vous entrenir  de Bi-Bine, surnom qui lui allait comme un gant vu son patronyme.
Il avait une petite soixantaine d' année, presque complètement chauve, pas de cou, un peu enveloppé, mais sans plus, une blouse blanche immaculée, ce qui tranchait avec la blouse-soutane noire de l' abbé Merlet.
La première année, c' est lui qui faisait les exercices qui étaient sensés être l' application du cours de Merlet. Il fallait donc une certaine synchronisation entre les deux profs. Nous n' y attachions guère d' importance étant donné que nous ne comprenions pas grand chose...
Il s' asseyait au premier rang, en bout de banc. Car il faut vous dire que nous avions comme mobilier des rangées de pupitres et de bancs accollés qui devaient dater de Jésus-Christ et peut-être même que c' est  Joseph le charpentier qui les avait confectionnés...Je vous le dis, nous n' avions rien pour nous inciter à travailler...Bi-Bine disait "Suivant !" et les élèves prenaient leur tour et passaient au tableau, noir bien entendu, la craie à la main. C' était une torture, Bi-Bine gardait son calme bien que son esprit allat beaucoup plus vite que les nôtres. Quelquefois, il nous aidait : " Ecrivez à droite...j' ai dit à droite...voyez-vous la droite c' est généralement du côté de la main qui écrit..."
Les exos (exercices) étaient de difficultés irrégulières. Il arrivait de tomber sur un exo facile. C' était au petit bonheur la chance. Nous gardions toujours les mêmes places, donc nous nous succédions toujours de la même façon. Bi-Bine ne se retournait jamais, il disait "Suivant !", et le suivant filait au tableau. Le lendemain, nous reprenions le tour à l' endroit où l' on s' était arrêté la veille. Un jour un de mes copains, Lunot, inaugura une tactique, il se coucha de tout son long sur le banc, devenant invisible pour Bi-Bine. Son voisin après un moment d' hésitation dû aller au tableau à sa place...J' avoue que j' ai utilisé aussi ce subterfuge quand j' avais trop le trac pour aller sur l' estrade.
Nous n' avions que très peu de rapports "humains" avec Bi-Bine. Un jour cependant, où l' atmosphère était plus détendue, un élève osa lui demander pourquoi il était toujours bronzé, surtout son crâne chauve. Il répondit : "Je passe beaucoup de temps au jardin, voyez-vous, à la maison j' ai trois femmes sur le dos, mon épouse et mes deux filles, donc je ne fais pas la loi.
C 'est pourquoi je file au jardin dès que je rentre du lycée.".
Il y avait deux jeunes filles qui venaient prendre les cours de math avec nous. Les pauvres étaient comme deux caricatures, pas aidées par la nature, l' une était minuscule, elle devait mesurer moins d' un mètre-cinquante et l' autre, normale, mais enveloppée et pas belle du tout. Je pense que si elles avaient été belles, le proviseur n' aurait pas accepté ce gentleman-agreement. En math, elles se défendaient pas trop mal.
Un jour Bi-Bine me joua un mauvais tour. Je vous ai dit il y a quelques temps que nous avions des cours de dessin industriel le samedi après-midi. Or, certains samedis après-midi, on donnait le Tournoi des Cinq Nations à la télévision. Nous étions nombreux à nous passionner pour ce sport avec une équipe de France en pleine renaissance.
Un jour donc, pour fanfaronner auprès de copains et pour prendre un peu
l' air, je décidai de sécher le cours de dessin et de m' installer dans un café en ville où une petite arrière-salle était réservée aux amateurs de sport.
Le match terminé, je rasai les murs en me dirigeant vers la lycée quand
 j' aperçu Bi-Bine. Aussitôt je rentrai dans la première maison qui se présenta, heureusement, il s' agissait d' un boulanger. Je laissai passer le prof. Et reprenai ma route. Je n' étais pas sur d' avoir évité son regard perçant...
En effet, la semaine suivante, il y eût un conseil de professeurs et Houdebine demanda au prof de dessin : "Vous n' aviez pas cours samedi dernier ? si ! ah bon ! j' ai vu un de vos élèves se promener en ville. " C' est le prof de dessin qui m' a raconté la scène. J' eus droit à un blâme, je crois.
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