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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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chap 116 : Le lac d' Artouste

S' il y a quelques lecteurs qui connaissent bien les Pyrénées, qu' ils me pardonnent les erreurs que je pourrais faire au cours de ces prochains articles, car mes souvenirs remontent quand même 50 ans en arrière...
C' était en effet en 1959 que je me laissais convaincre de faire "un camp" dans les Pyrénées avec une quinzaine de camarades, sous la houlette du Père Van der Borght. Cela devait se dérouler en juillet.
Il y avait des premières et des terminales. Il y avait surtout d' anciens scouts à côté desquels je faisais pâle figure.
Nous devions partir en train jusqu' en Espagne du côté d' Urdos, faire une marche à travers les Pyrénées en remontant vers Lourdes, ceci pendant une semaine, puis nous installer à Lourdes dans un genre de camp militaire, d' où nous irions tous les jours aider au brancardage des malades durant les processions et les offices.
Il y avait évidemment un coût à ce voyage...plus l' équipement, sac, chaussures etc...Comme c' était Van der qui m' avait enrolé et qu' il avait les faveurs de la tante et de l' oncle, le financement ne posa pas de problème. Van der savait que j' avais le coeur fragile, mon cardiologue, entre deux caresses avec son assistante avait dit : "Ok, mais prenez votre bouteille de Kaneron" (voir chap :18)
Je nous vois encore dans la cour du collège entrain de partager les boîtes de conserves à emporter...Le jeu consistait à charger dans son sac celles qui étaient susceptibles d' être consommées en premier...j' étais complètement ignares dans ce genre d' opération.
Le voyage démarrait sous le soleil et même la chaleur et nous eûmes seulement une nuit de tempête dans la montagne et une journée chagrine à Lourdes pendant les deux semaines.
Il y avait dans le groupe de satannés déconneurs comme Job, un neveu de Van der, Wallet, un beau gosse, toujours sapé comme un Top-Modèle que je n' aurais pas imaginé dans cette aventure. Il y avait aussi des gars sérieux, anciens scouts, qui étaient chargés du parcours et de l' intendance.
Nous sommes débarqués en Espagne sous un soleil de plomb avec une seule envie en tête, s' asseoir à une terrasse et commander "una servezza". J' étais parmi les premiers assis et là j' ai tout de suite vu que ce petit moment de repos ne devait pas s' éterniser et surtout qu' il serait le dernier avant longtemps. Dans l' expression "Marche à travers les Pyrénées" le mot important c' est MARCHE.
Les anciens scouts qui faisaient office de chefs nous vidèrent de nos chaises de bar et en route pour la première étape.
Nous marchions à la queue leu-leu, derrière un "grand" qui avait déployé une carte d' état-major. Le Père venait ensuite et puis les autres, véritable "armée espagnole", exténués après seulement quelques centaines de mètres. Les taons nous pourchassaient et nous pompaient le sang. Nous montions une face très abrupte pour commencer, et la bière glacée que nous avions bue, nous plombait les jambes.
La première nuit, les tentes furent installées sur de la verdure et la fatigue aidant, nous avons bien dormi.
Au troisième jour, nous avions atteint notre vitesse de croisière : malgré l' altitude et la caillasse qui avait remplacé les pâturages, nous marchions bon train. C' est incroyable qu' à cet âge, on s' habitue facilement à l' effort quotidien. Seul l' abbé semblait peiner et ne récupérait pas assez la nuit.
Pour nous faire gagner du temps, nous empruntâmes le "petit train d' Artouste" qui était à l' époque le plus haut train touristique d' Europe.
Le paysage est magnifique et encore sauvage. Nous arrivâmes dans un cirque comme à Gavarny avec le lac artificiel entouré des montagnes culminant à 2826 m.
C' était en soirée et il faisait frisquet. Nous installâmes notre camp, mais au lieu de sortir toutes les tentes, une seule fût montée pour y mettre des denrées qui devaient rester au frais. Il y avait en effet un grand refuge ou chacun pouvait trouver sa place pour la nuit. Après la tambouille du soir et un petit chant pour "faire veillée scoute", chacun se sauva dans le nature pour ses petits besoins. Autant vous dire que c' est le moment que je redoutais le plus dans ce genre d' escapade...mais on s' y fait.
Ensuite au lit...alors là, les toilettes en plein air, c' est de la rigolade à côté de dormir dans un refuge...Impossible de trouver le sommeil dans une telle chaleur, dans une telle promiscuité et un tel concert de ronflement.
Nous étions deux dans ce cas : Wallet et moi. Nous sortîmes sous la voûte étoilée qui annonçait des gelées. Nous inspectâmes la seule tente montée. En dégageant les victuailles, il y avait de la place pour deux duvets. Nous nous allongeâmes. Au bout d' une heure, nous nous réveillâmes transis de froid. Pour faire un peu de chaleur, nous nouâmes une bougie autour d' un piquet en cuivre et partîmes pour de nouveaux rêves.
Làs ! La bougie chauffa tellement le piquet qu' elle fondit et tomba sur nos duvets qui prirent feu immédiatement. C' est la fumée qui nous réveilla, nous étions au bord de l' asphyxie. Avec bien du mal, nous avons ouvert la fermeture éclair de la tente et nous nous sommes retrouvés en caleçon dehors par - 5° C. J' avais les poils des jambes grillés, les duvets étaient à moitié brûlés. Nous revenions de loin tous les deux.
En rentrant à Moreuil, ma mère récupéra le duvet pour en confectionner un mini pour un petit frère qui devait avoir 3 ans...


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