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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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Chap 100 : Le chanoine Géneslay

Il y avait à cette époque encore beaucoup de prêtres enseignants. Ces prêtres portaient tous la soutane, ils disaient leur messe journalière dans la grande chapelle du collège ou à l' extérieur. Ils n' avaient pas de paroisse attitrée. Ils se consacraient entièrement à l' éducation des enfants. Cela a duré jusqu' à ce qu' il y ait pénurie de vocation et que les évêques leur demandent d' abandonner leurs chers étudiants pour se rendre dans les paroisses démunies de pasteur.
A Saint-Louis, dans ces années 55/60, la proportion d' enseignants laïcs
n' était que de 30% environ.
Nous avions en classe de seconde, un prof, qui n' était rien moins que chanoine. Je ne sais pas si ce titre existe encore de nos jours. Cette gratification donne droit (entre autre) à porter une petite chappe de velours rouge bordée d' hermine blanche du plus bel effet, mais ceci uniquement lors de cérémonies religieuses. 
Son nom était Géneslay et sa corpulance énorme. Je crois me souvenir qu' on le surnommait "Raminagrobis", ce qui lui allait très bien. Il était prof de français. Le programme portait sur les grands auteurs des 15°et 16° siècles : Marot, La pléiade, Rabelais, Montaigne, etc...
On m' avait dit  :"tu verras, en seconde, fini les rédactions, bonjour les dissertations ". Effectivement, j' ai vu...les premières notes n' étaient pas montrables, mais petit à petit, elles ont pris un cours ascendant et je me suis pris de passion pour ces devoirs.
Géneslay était d' un naturel grivois, assez à l' étroit dans sa soutane, si vous voyez ce que je veux dire. C' est lui qui aimait à dire une phrase que j' ai retenu :" Le seul péché, c' est celui contre la charité", et d' enchaîner sur le fait que le péché de chair notamment, était une péccadille aux yeux de Dieu. 
Quand il nous lisait, ou nous faisait lire un texte de Ronsard assez "expressif", il devenait tout rouge et nous pouffions de rire derrière nos pupitres relevés.
Il logeait dans l' enceinte du collège et les internes pouvaient lui demander des conseils le soir pendant l' étude. Rien à dire de plus si ce n' est qu' il était fort rouge quand il les recevait.
Il aimait à dire qu' il avait "l' orthographe automatique" et inné. Quelle chance !!! J' aurais apprécié être comme lui...
Nous avions comme livre de classe le célèbre "Lagarde et Michard" qui existe toujours , je crois. Certaines personnes l' utilisent comme livre de chevet, c' est une merveille pour qui aime la langue française.
Nous n'avons gardé notre chanoine qu' une année. Nous nous sommes
appréciés je pense, mais il était avare de compliments. Il a du m' en faire le dernier jour avant de se quitter pour les grandes vacances. Cela m' est arrivé avec d' autres profs : pas de vrai compliment durant l' année et un petit mot réconfortant le dernier jour...

PS : tableau représentant Rabelais
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