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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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chap 74 : Les taxis parisiens

Je revenais donc 3 fois par an à Moreuil, pour les vacances. Ce n' était pas une mince affaire. Je vous ai déjà raconté quelques voyages en voiture, mais arrivé à un certain âge, vers 12 ans, mes parents d' un côté et l' oncle et la tante de l' autre, envisagèrent la solution de me mettre au train. Une fois par an, mon oncle faisait le voyage en auto ou bien il donnait rendez-vous à mon père à mi-chemin entre Moreuil et Le Mans. Le mi-chemin, c' était Anet, près de Dreux, une adorable petite bourgade. Il y avait un bon restaurant, mais généralement la rencontre avait lieu devant le château offert par le Roi à Diane de Poitiers. On buvait juste un verre et chacun repartait de son côté sans oublier de faire le transfert de mes bagages...
Les autres fois, je prenais donc le train...et il y avait le problème de la traversée de Paris. Pour un gamin de 12 ans, c' était une aventure. De la gare Montparnasse je prenais un taxi pour la gare du Nord. Je n' en menais pas large. A chaque fois j' avais beaucoup d' appréhension. Je ne parlais pas beaucoup, mais mes oreilles étaient bien ouvertes et j' avais entendu, ici ou là, des histoires sur les taximen : une fois le pauvre client se faisait balader dans tout Paris et devait payer une note salée, une autre fois il se faisait déposer
n' importe où de préférence. Bref, j' étais content quand j' arrivais à ma gare
d' embarquement et que j' étais à l' heure pour prendre ma correspondance.
Je dois dire que mes craintes étaient infondées car j' ai eu un seul problème durant tout le temps de mon enfance.
Ce jour là, tous les taxis étaient partis avec leurs clients, personne n' avait eu pitié du pauvre petit garçon, pourtant bien habillé mais si timide. Tout le monde était passé devant lui. Peut-être pensaient-ils que j' attendais mes parents.
S' approche une grosse Mercédès noire, sans taximètre, mais avec un panneau devant le pare-brise : taxi de luxe. Le conducteur baisse sa vitre et me dit :"Vous cherchez un taxi ? -oui, bien sur. Vous êtes taxi ? -Pour vous servir, dit-il en me montrant le panneau "taxi de luxe". Je n' ai pas flairé
l' embrouille. Il me demande où je veux aller. Il est d' une gentillesse cérémonieuse...je n' en mène pas large...Je cherche le taximètre...pas de taximètre. Comment va-t-il calculer le prix de la course ? J' aurai pu me pavaner dans cette belle voiture, mais j' avoue que mon cerveau véhiculait les idées les plus noires. Enfin, nous arrivons gare Montparnasse. Il me dit, vous me devez tant...les bras m' en tombent...j' ai juste le montant qu' il faut...toutes mes économies y passent...mais ouf ! je respire ! Qu' aurait-il fait si je n' avais pas eu assez pour payer ?
D' autres fois, mon père s' arrangeait pour voir un fournisseur à Paris et il venait me chercher à la gare. Je me souviens d' une de ces rares fois. Ma mère l' accompagnait. Ils s' étaient fait inviter par des gens charmants, les Planels, elle, était secrétaire particulière de monsieur Lévitan et lui était directeur dans une société qui fabriquait de la Cellophane. Nous sommes allés dîner dans une brasserie et nous y avons mangé divinement. Nous étions juste installés quand vinrent s' asseoir à la table voisine deux couples dont l' une des jeunes femmes avait fait retourner toutes les têtes mâles et femelles du restaurant. Elle portait une robe bustier bleue et une petite veste très courte, genre boléro à manche courte. Planels, qui aimait beaucoup les femmes et était habitué à en voir de très belles à Paris, avait rougi de plaisir. Elle
s' intalla , je la voyais de face. Elle retira sa petite veste et alors là...sont apparut deux seins pigeonnant dans le bustier , digne d' un tableau de Fragonard. Pendant quelques instants le bruit des conversations et des fourchettes s' interrompit...
De toute mon enfance, je n' ai pas vu de créature plus belle et elle "hanta" longtemps mes rêves.
Ensuite, nous sommes allés chez les Planels, avenue Victor Hugo, jouer à la belote. C' était pour ça que ma mère avait accompagné mon père. Ce couple de parisiens est toujours resté ami avec mes parents. Malgré leur fortune, leur appartement cosy, leur classe, ils adoraient mes parents et taper le carton avec eux. Ma mère pourtant peu à l' aise dans le grand monde, n' était pas gênée avec eux, le courant passait. C' est certainement avec les Planels
qu' elle a eu quelques moments privilégiés avec mon père, quelques moments qui lui faisaient oublier son quotidien.
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