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ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité

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Chap 53 : Le carrefour de St-Clair

Nos occupations pendant les vacances à St-Clair étaient , bien sûr, différentes s' il s' agissait des vacances de Pâques où des "grandes vacances".
L' été, nous étions occupés avec la moisson. Au printemps, il y avait peu de travaux dans les champs auxquels nous pouvions aider. Le premier jour, je nettoyais les lapins comme je l' ai déjà écrit et ensuite je retrouvais 2 copains, Bernard et Gérard Magnier, les neveux de Roger, et l' on cherchait ensemble toutes sortes de distractions pour passer le temps. Bernard avait à peu près le même âge que moi et Gérard était 2 ans plus jeune. Il n' y avait pas de fille chez les Magnier de St-Clair, les filles se trouvaient à Hescamps ou ailleurs. L' une d' elle très rousse et très belle, ne laissait pas mon frère Alain indifférent et Roger se plaisait à le taquiner.
Avec Bernard et Gérard, nous battions la campagne comme tous les gamins de notre âge, inventant mille jeux plus ou moins "intelligents". Comme de semer des petits clous sur la route et d' attendre le passage d' un vélo derrière une haie. C' est tellement marrant d' entendre un Pschitt...puis un "Merde" retentissant...
Mais la grande distraction, si j' ose dire, était  constituée par les accidents au carrefour.
St-Clair est un hameau qui fait parti de la commune d' Hescamps et sa particularité est d' être situé à l' intersection de deux routes très passagères: La D919 qui relie Rouen à Amiens et la D1015 qui relie Paris au Tréport; Aujourd' hui, le carrefour est sécurisé avec un stop et un petit ilôt, mais il y a 50 ans, il n' y avait pas de stop. De plus, les maisons sur le bord de la route empêchaient toute visibilité. Les accidents étaient donc fréquents et quelquefois mortels.
On entendait un grand BOOM ! Aussitôt on se précipitait pour être les premiers sur place, on voyait les accidentés sortir acrobatiquement de leur véhicule souvent renversé sur le côté. 
Nulle querelle entre conducteurs car la faute incombait forcément à celui qui n' avait pas la priorité. Au bout d' un bon moment, la police arrivait, dépliait le mètre à ruban, sortait le carnet de procès-verbal. Tout cela nous occupait une bonne partie de la journée, il fallait parfois aider à remettre les autos sur leurs quatre roues. Tout le village était rassemblé. "Cht' homme deuch coin" avait son heure de gloire, planqué derrière sa fenêtre à longueur de journée, il était évidemment le témoin incontournable. Isabelle, une grande femme à moustaches qui tenait le troquet de l' autre coin, servait des "canons" dans des verres pas très nets. Le hameau sortait de sa torpeur et se sentait revivre.
Mais il y avait aussi des accidents dramatiques. 
L' un d' eux arriva en pleine nuit, je n' en fûs pas témoin, mais ma grand' mère me raconta. Un grand fracas de tôle réveilla tous les habitants, de ces tôles on releva 5 morts. La petite chapelle située à quelques mètres, n' était pas apte à recueillir les corps. Les gendarmes demandèrent des volontaires pour "loger" les cadavres sanguinolants en attendant le lendemain matin. Mémère accepta d' en mettre deux dans sa cuisine. Elle m' a raconté ça sans frémir, comme une chose simple et naturelle, un service comme un autre...ça m' a longtemps épaté...
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