Dans les années 50, mon père s' est présenté aux élections municipales. Son métier d' imprimeur lui interdisait presque de le faire, car il risquait de se fâcher avec des clients,
les imprimés officiels étaient bien payés et il ne s' agissait pas qu' une partie de ces travaux partent à la concurrence. Il
s' est laissé entraîné par Charles Damay ou Pierre Normand, bien qu' étant plus à droite qu' eux. Mais ces deux là savaient y faire. Quand je venais en vacances, je les voyais souvent discuter avec
mon père au pied d' une machine, en fin d' après-midi.
Il avait une idée en tête : faire passer un "arrêté" proclamant la fin de la matinée d' école à 11 h 45 et non à midi. En effet, à midi, c' est une foule
d' un millier de personne qui sortait des bonneteries Bomo, Bouly , Breilly et J.A.M. , et les pauvres gamins et gamines étaient perdus au milieu de tous ces gens à pieds, mais aussi en
mobylette, (n' est-ce- pas M. Bronchard qui raconte ça très bien dans ses mémoires...).
André Morvillers a été élu avec 787 voix, ce qui n' était pas mal compte tenu de la population moreuilloise de l' époque. Je m' en souviens très bien, car mon père m' avait écrit le résultat et
joint la coupure du Courrier Picard qui l' intronisait à la Mairie de Moreuil.
Oui, mon père m' écrivait de temps en temps, j' avais parfois du mal à déchiffrer son écriture. J' aimais beaucoup recevoir une lettre de lui et j' ai peine aujourd' hui de ne lui avoir pas
signifié durant ses derniers jours. Il donnait des nouvelles de la famille, mais parlait aussi de politique et de ses projets. J' aurais dû garder ses lettres...comme toutes les autres d' ailleurs.
Il m' a écrit jusqu' à ce que je revienne définitivement à Moreuil, en 1965.
Mon père ne s' est jamais représenté par la suite, d' abord, pour les raisons professionnelles invoquées plus haut et ensuite parce qu' il travaillait tous les matins à 5 h et c' était
difficilement compatible avec les réunions du conseil.