Ma situation pour dormir avait quelques avantages, notamment d' être bien "chez moi", au salon, séparé de la salle à manger par une double porte vitrée. Elle avait le gros
inconvénient d' être située près du poste de radio, la TSF, comme on disait, qui était disposé dans la salle, faute de place dans la cuisine. On laissait les portes ouvertes et l' on pouvait
manger, faire la vaiselle et même aller sur la terrasse tout en écoutant la TSF.
Mon oncle, lui ne se souciait guère d' écouter les émissions, sauf Geneviève Taboui et encore pour la critiquer en disant immanquablement :"Elle ferait mieux d' aller repriser ses chaussettes",
Geneviève était une chroniqueuse et futurologue politique...
Mon oncle, quand il s' installait pour manger, calait son journal avec le pichet d' eau et la bouteille de vin et lisait jusqu' à la fin du repas. Je
n' étais pas étonné car mon père et mes autres oncles faisaient la même chose. Beaucoup plus tard quand je racontais ça à ma future femme, elle fût outrée et j' ai compris qu' il fallait que
j' arrête la tradition...Ma tante ralait bien de temps en temps, surtout quand elle préparait des "petits plats". Albert s' en apercevait à peine, il avait coutume de dire "Vivement qu' on mange
avec des pillules, quelle perte de temps de manger!".
Le midi, on écoutait religieusement "Sur le banc" avec Jeanne Soursa et Raymond Souplex (celui qui sera le policier de la célèbre émission télé "les 5 dernières minutes"), c' était une conversation
sur des sujets d' actualités entre 2 clochards.
Et le soir, avant le repas, on écoutait : "la famille Duraton" avec Maurice Biraud, sorte de "Plus belle la vie" pour la radio. Grâce à Biraud, c' était souvent très drôle. Après le repas, j'
allais me coucher et c' est là que mon calvaire commençait. Bien souvent la radio ne fonctionnait pour personne, seulement pour m' empêcher de dormir. Quelques fois, je me levais
subrepticement et je baissais le son. A peine recouché, la tante venait redonner un tour de bouton. Ca me mettait hors de moi, mais il n' était pas question de râler.
Si mon oncle rentrait tard, la radio marchait jusqu' à son retour...Et moi,
m' énervant tout seul, me bouchant les oreilles avec mon oreiller, je maudissais Monsieur Marconi, mais surtout ma tante...