ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
Chaque année, ma grand' mère invitait ses enfants et petits-enfants au repas du 1° janvier.
On y allait de bon coeur après avoir présenté nos voeux à quelques parents éloignés qui se trouvaient sur notre route.
C' était l' occasion de rencontrer nos cousins de la campagne et de
s' enivrer gentiment si un oncle nous versait quelques larmes de vin.
Nous tenions tous à peine dans la salle à manger. Le Poêle chauffait depuis le matin, les vitres suaient des gouttes, mémère s' activait, mais je ne l' ai jamais vue s' énerver.
S' il y avait une dinde au menu, pépére passait sa matinée près du four à surveiller la cuisson et à arroser l' animal. Mais plus souvent, le plat principal était une poule au riz qui suivait une
langue accompagnée de sauce piquante ou à la tomate.
Jacqueline, ma tante et marraine, perpétue la tradition de ce menu et c' est toujours un plaisir de déguster ces plats simples mais ô combien goûteux.
L' ambiance se mesurait à la montée en puissance du volume du son au fur et à mesure que le vin faisait son effet. Mon père s' entendait bien avec ses beaux-frères et ses beaux-parents. Ils se
chariaient mutuellement sur les avantages et les inconvénients des métiers d' agriculteurs et
d' imprimeur.
Les femmes aidaient en cuisine et les enfants allaient faire une partie de cache-cache entre les plats. Les adultes prenaient le trou normand après le plat de langue. C' était un grand
moment car chaque homme y allait de sa critique à propos de ce breuvage et le comparait à celui qu' il avait chez lui . Il évoquait le nombre de litres qu' il avait bouillis de
manière illicite, mais là, le ton baissait d' un cran...
Mon grand père s' asseyait toujours en bout de table car il se tenait jambes croisées, en biais. Je ne l' ai jamais vu face à la table.
Une gallantine accompagnait généralement la salade, puis venait les fromages et enfin des tartes diverses.
Une des variétés s' appelait L' Badrée et je suis surpris de voir le nombre de site internet qui en parlent.
Si le temps était clément, il y avait toujours quelqu' un pour proposer une partie de foot dans la pâture. Folie pure ! mais l' alcool aidant, rien
n' arrêtait "les grands". On formait deux équipes, les enfants se mélangeant aux adultes et c' était parti...Les jeunes qui étaient quand même moins saouls que leurs ainés, étaient pliés en deux
de rire de voir le spectacle de leurs parents s' acharnant autour d' une balle et se prenant pour Kopa...
Quelques parties se sont terminées par des foulures et la rentrée aux "vestiaires" se faisait alors sous les huées des femmes !
S' il restait un peu de temps avant la traite des vaches, on entamait plusieurs parties de cartes simultanées, les femmes, qui avaient fini la vaisselle, se joignaient aux hommes et aux
enfants.
En repartant, régnait un grand silence dans la voiture, était-ce la fatigue ou la peur de la rentrée proche ?....