ma vie depuis ma naissance entrecoupée d' un compte rendu de mes lectures favorites et de coup de coeur particulier sur l' actualité
ESCAPADE AU HAVRE
Ce n' est pas que mes parents essayaient toujours de se débarrasser de moi, mais comme les naissances se succédaient, que les finances ne suivaient pas et que je n' avais pas un caractère trop
difficile ( en ce temps là !),
j' étais très peu souvent à Moreuil avant ma scolarité et même après,...mais nous verrons plus tard.
Un jour que mon oncle Albert, le frère ainé de mon père, était venu nous voir avec sa femme Simone, ils proposèrent de me ramener au Havre où ils tenaient un garage.
En fait le pacte avait du être scellé derrière mon dos longtemps avant, car ma mère, qui était très bonne couturière, m' avait confectionné une salopette de mécano.
Moi, j' étais bien à Lignières avec mes grands-parents et Jacqueline, je n' avais pas du tout l' intention d' aller au Havre...même pour une salopette.
Les adultes n' étant pas à un mensonge près, on me fit croire que mon oncle s' arrêterait à Lignières qui se trouve sur la route du Havre et me déposerait à la ferme.
Ces adultes pensaient bien que je dormirais à poing fermé quand la voiture passerait à Lignières et que je me réveillerais au Havre.
Je n' ai jamais dormi en voiture étant enfant car j' aimais trop voir conduire et voir se dérouler la route.
En passant devant la grille de la ferme je m' écriais " Arrête, arrête, c 'est ici mémère !"
Mon oncle s' enferra dans son mensonge " Il faut prendre de l' essence à Aumale, sinon après ce sera fermé "
A Aumale, re-mensonge de l' oncle " Tout est fermé, il faut qu' on aille dans une grande ville"
Enfin bref, à mon corps défendant, je débarquais au Havre dans la nuit et j' y passais quelques mois qui comptèrent dans mon enfance.
Avec ma salopette, j' avais du succès auprès des clients du garage et des mécanos. Il m' est arrivé de servir de
l' essence, je tenais uniquement la lance car il fallait pomper le carburant à la force des bras et ça, c' était un peu trop pour moi.
Il n' y avait pas encore de "pont" pour réparer le dessous des voitures, seulement une fosse bien dégoulinante de cambouis. Ou bien, il fallait se glisser sous les véhicules en se couchant sur
une espèce de clayette en bois...
j' adorais.
Le soir, je ressemblais à un charbonnier et ma tante me lavait debout dans le lavabo de sa chambre, l' unique lavabo de l' appartement qui se trouvait au-dessus du garage.
Quelques fois, ayant honte de ma crasse, je m' y rendais directement, je grimpais dans la cuvette, je ne sais trop comment (j' avais 4-5 ans) et j' attendais ma tante patiemment pour le
récurage...
J' ai encore une vision très nette de ce garage qui se situait dans la ville-haute, il a bien sur disparu, une vision très nette du lavabo, des clayettes, du garage le soir, avec toutes les autos
uniformémént noires à l' intérieur, serrées comme des sardines.