Partager l'article ! Chap 254 : Retour à la réalité. La Cellophane.:   ...
Pendant le parcours du retour en Picardie, j' eus tout le loisir de retracer dans ma tête les évènements depuis la fin de mon service militaire. Mais auparavant je voudrais dire que je n' avais aucune amertume envers la personne de Brigitte. Nous avions été heureux ensemble et sa lettre de rupture m' avait beaucoup touché. Elle avait su trouver les mots apaisants. Je dois reconnaître qu' elle ne m' avait jamais caché l' existence de son fiancé. N' empêche que j' avais quand même un poids sur l' estomac et la gorge sèche depuis le moment où j' ai reçu cette lettre. En revenant au volant de ma Dauphine, je positivais au maximum : comment aurais-je fait pour maintenir le contact étant si éloigné d' elle ? Nous étions en 1965, les communications n' étaient pas ce qu' elles sont aujourd' hui. Brigitte n' aurait jamais accepté de venir à Moreuil et pour moi, aller travailler en Allemagne paraissait irréalisable. Bref, le destin m' avait évité bien des tourments et non des moindres...
Ceci étant dit, revenons pour de bon à mon retour de l' armée.
Sans que je n' y prenne garde, mon père avait cogité dans sa tête un plan pour me garder dans l' entreprise familiale. D' abord, il fit le forcing pour détruire dans mon cerveau la possibilité de devenir journaliste automobile : "C' est un métier de traîne-misère, tu ne gagneras pas ta vie là-dedans."
J' avais envoyé une lettre de candidature spontanée au patron du journal "L' automobile" dès mon arrivée à Moreuil, mais je n' avais pas eu de réponse. Je n' étais donc pas en position de force. D' autant plus que l' idée de mon père n' était pas nouvelle, j' en ai déjà parlé il y longtemps. Cela faisait bien 5-6 ans qu' il y pensait. Alain, mon frère cadet étant déjà en place à l' atelier de Cellophane et mon frère Dominique (le 4° de la fratrie) étant à l' atelier typo. Pour moi, mon père avait imaginé de monter une cartonnerie. Il avait sans coup férir, acheté un lot de machines obsolètes, loué un local et hardi petit !...Ca, c' était tout craché mon père.
Entre temps j' avais eu une réponse favorable du journal l' Automobile pour un rendez-vous (cela ne veut pas dire que j' aurais été engagé, peut-être m' auraient-ils demandé de faire une école de journalisme.) Je n' ai pas eu le courage de dire à papa : "Tout ce que tu as fait pour installer cette cartonnerie, arrête et dépêche-toi de revendre.". J' ai donc laissé courir et je me suis fait embarqué dans cette histoire qui n' avait aucune viabilité, ni maintenant, ni dans le futur.
Quand j' ai commencé à faire l' analyse du prix de revient d' une commande, ce que mon père aurait dû faire d' abord, je me suis aperçu que nous ne pouvions même pas payer la matière première au prix où nous vendions le produit fini, prix qui nous était imposé par le marché. Mais je vais arrêter là avec cette histoire, laquelle, heureusement n' a pas perduré.
Là où mon père a été très fort, c' est qu' il a fait croire à un de ces amis cartonniers qu' il allait s' installer et lui faire concurrence. La seule façon d' éviter ça c' était qu' il lui rachète le matériel...Le cartonnier, après 3 whisky, lui dit d' accord et le pacte fût conclu...Les machines obsolètes ont été déménagées et riblonnées par le copain de mon père......
Avant de développer une autre idée de mon père, celle-là vraiment géniale, il faut que je fasse une parenthèse sur la situation à cette époque du marché de l' emballage.
En 1909, un suisse du nom de Brandenberger déposa un brevet de fabrication de cellophane. Les français tardèrent à l' exploiter et c' est la firme américaine Du Pont de Nemours qui fabriqua les premiers kilos de cello en 1925. Les français, à Mantes-la-Jolie exploitèrent le brevet à partir de 1929. Pour faire simple, la cellophane est un papier transparent imprimable et collable. Dans les années 50, elle devînt scellable à chaud, ce qui augmenta considérablement son intérêt. J' ai relaté, au début de mon blog, les débuts de mon père dans l' emballage, je ne vais pas y revenir. Sa première machine date de 1953, c' était une machine à sacs et c' est principalement pour "La pie qui Chante" que l' atelier travaillait, puis il y eut les bas "Le Bourget" et le fond de commerce s' agrandit de jour en jour. Si quelques fois il m' arrive de
me montrer critique envers mon père, je n' oublierai
jamais qu' il a eu le flair de se lancer dans l' emballage, métier qui était complètement nouveau pour lui. L' affaire dont il est à l' origine existe toujours, elle est passée après son départ par différentes mains prestigieuses : Rhône-Poulenc, Elf, Péchiney, Alcan, Amcor. Elle existe toujours, 150 personnes y travaillent , notamment à la production de sacs pour la vente en super-marché de produits alimentaires, le fameux Doypack.
En somme une belle réussite pour un pionnier du film transparent.