Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 14:32

  Comme le premier chapitre s' appelle : "C' est là que tout a commencé",  celui-ci terminera ma vie d' homme célibataire.

J' ai raconté mon enfance à Lignières-Châtelain, à Moreuil, ma période scolaire au Mans puis à St-Brieuc pour finir par trois années de bonheur à Montalembert et à Offenburg.

Le hasard fait que je suis entrain de lire l' excellent livre de Delphine De Vigan "Rien ne s' oppose à la nuit". Dans ce livre sur sa mère, elle entre-coupe les chapitres purement biographiques, de réflexions sur la difficulté d' écrire sur sa famille.

Elle croyait que ce serait facile de combler les manques d' informations par de la fiction, en fait c'est quasiment impossible. Elle dit qu' elle a failli laisser des pages blanches au lieu  de décrire des faits trop difficiles à supporter. Faut dire que la vie de sa mère n' est pas un long fleuve tranquille, issue d' une fratrie de neuf dont la moitié a disparu par suicide ou accident, Lucile, sa mère s' est suicidé. 

Même si je suis l' aîné de neuf, la comparaison s' arrête là. Chez nous la fratrie est encore complète après 69 ans. Pas de tentative de suicide, pas de drogue.

Ce que je vais raconter aujourd' hui n' est rien que banal, mais ce n' est pas plaisant, c' est tout. Je reviendrai plus tard sur la façon dont j' ai intégré la vie professionnelle qui est assez banale aussi mais pas plaisante non plus.

Delphine de Vigan s' invente des maux de dos qui l' empêchent de se tenir devant son ordinateur pour remettre à plus tard l' écriture d' un chapitre dérangeant...j' ai failli le faire aussi. 

 

Brigitte et moi avons correspondu quelques mois. Je n' ai aucun souvenir de ces échanges. Quand j' ai quitté la maison de mes parents, ma mère surveillait d' un oeil les paquets que je préparais pour les emmener dans la petite maison conjugale, elle a vu que j' allais emporter différents paquets de lettres, elle m' a dit "Brûle tout ça, c' est mieux ". Je l' ai écouté et je n' ai rien gardé. Sage conseil de ma mère. Il y avait les lettres bleues et parfumées de Frédérique, les blanches d' Andrée, quelques unes de provenances diverses, quelques-unes de mon père aussi.

L' automne était bien avancé quand un matin, une enveloppe venant

d' Allemagne, m' annonça la nouvelle : le fiancé-constructeur-de-ponts-en- Argentine était revenu pour se marier. La lettre de Brigitte était bien tournée, elle me ménageait beaucoup. La phrase que j' ai retenue est à peu près celle-ci : "je ne peux pas effacer des années d' amour avec Karl, ne m' en veux pas, je comprends ta peine...etc...etc"

Pendant quelques minutes je fus incapable de me lever, j' ai bizarrement compris ce qu' on ressent quand on est "sonné".

Un état d' égarement a succédé à l' incapacité de  marcher puis il a fallu faire face aux problèmes du travail qui n' attendaient pas. J' ai passé le reste de la journée la gorge sèche. Je n' ai rien dit à mes parents sauf que j' irai probablement à Offenburg le week-end suivant.

J' avais acheté une Dauphine d' occasion pendant l' été. Je pris la route un samedi matin.

 

J' allais faire quoi ? Je n' avais aucune chance de rencontrer Brigitte. Je n' avais pas l' intention de sonner à sa porte, cela aurait été inconvenant et lui aurait certainement causé beaucoup de désagréments. Depuis la lettre, je ne réagissais pas de manière consciente, j' étais dans un nuage, comme perdu.

Du côté de Metz,( à cette époque pas d' autoroute,) je vis une affiche pour le film "Jour de fête" de Jacques Tati. Des copains intellos me l' avais chaudement recommandé. Je me suis  dit que cela me changerait les idées. J' ai bifurqué et je suis allé voir le film. Je fus déçu, j' ai très peu rit, mais c' était à cause de l' état second dans lequel je me trouvait depuis la réception de la lettre de Brigitte.

En arrivant à Offenburg, je parcouru en long, en large et en travers les rues que je connaissais par coeur, dans l' espoir d' apercevoir la crinière blonde de Brigitte. Et bien sûr, j' ai fais une halte au café Am Mark.

Après une heure passée à tournicoter, je pris la route de Baden-Baden où j' avais la ferme intention de penser à autre chose.baden-baden.jpg

Par astondbr
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