Curieux que justement au n° 200, j' en arrive à vous raconter comment s' est passée cette période de 4 mois avant mon départ à l' armée. Changement radical de vie pour moi.
Déjà 200 articles + les articles sur la littérature, ça en fait des lignes et on n' a pas vu le temps passer.
Pour la première fois de ma vie, j' allais vivre vraiment avec mes parents et mes frères. Jusqu' à ce jour, je passais un peu de mes vacances avec eux et c' est tout. J' avais fait toute ma scolarité en "fils unique" au Mans entre l' oncle et la tante et ma période pré-scolaire, je l' avais plûtot passée à St-Clair chez mes grands-parents maternels.
Je vous parlerai du contexte familial dans un second temps.
Côté professionnel, j' allais travailler à l' atelier typo qui jouxtait la maison de mes parents. Qu' est-ce que la Typo ?
C' est tout simplement l' invention de Gutenberg modernisée par cinq siècles d' exploitation artisanale et industrielle.
On se servait encore de caractères en plomb (voir photo) qu' il fallait aligner à l' envers pour qu' ils apparraissent à l' endroit sur le papier. Ca, c' était un métier qui demandait beaucoup d' intelligence, de doigté et d' expérience.
Cette fonction était excercée par René, un homme admirable sur bien des points et notamment sur le plan professionnel. Il dirigeait en même temps la petite équipe dont je faisais partie. Je conduisais une machine en équipe , une semaine de 5H à 13 h et la semaine suivante de 13 h à 21 h. Je me suis tout de suite bien entendu avec René. Au bout de quelques jours, il avait dit à mon père que tout irait bien et cela m' a mis en confiance.
L' atelier tournait rond à cette époque, nous sommes en 1963, la charge de travail était encore bonne bien que les premiers symtômes de la décadence du secteur de
la bonneterie se fassent
déjà sentir. Mon père travaillait dans un
autre atelier voué à la cellophane et ne passait qu' en coup de vent chez nous.
Quand René voyait que le carnet de commandes baissait il en parlait à mon père qui faisait le tour des bonneteries de Moreuil et il ramenait de quoi alimenter nos machines.
C' était une période bénie qui dura une dizaine d' année jusqu' au jour où l' informatique vînt perturber la bonne marche de cette profession d' imprimeur typo ou ofsett. Mais restons en 1963, le déclin extraordinairement rapide, je ne l' ai pas connu de près et je préfère donc ne pas en parler.
Commencer le travail à 5 H n' était pas chose facile, mais ça permettait de bricoler sur des Karts l' après-midi. En fin de semaine, j' étais fatigué et blanc comme un linge (ma mère disait comme un mort). Le travail dans les odeurs d' encre et près des caractères en plomb n' était pas des plus sain. Heureusement, je ne fumais pas, ce qui n' était pas le cas de mes collègues de travail.
Quand j' étais d' après-midi, j' étais moins fatigué mais je ne faisais pas grand chose de mes matinées, à part les courses pour ma mère.
Durant ces 4 mois rien de grave ne nous est arrivé, les clients étaient toujours satisfaits, nous étions toujours dans les délais, pas de problème de qualité.
Mon père quelquefois m' emmenait faire une tournée des clients confiseurs dans le Nord, il commençait son opération de séduction pour que je pense sérieusement à travailler avec lui après l' armée.
Je savais bien que la cohabitation avec mon frère Alain, qui travaillait depuis un ou deux ans déjà, serait difficile. Ma mère, d' ailleurs me faisait de longs discours dans ce sens.
Du coup, je ne répondais pas à mon père, je le laissais faire des plans sur la comète. De toute façon, je n' aurais pas eu le dernier mot. Je gardais le secret espoir de pouvoir entrer dans un journal de sport auto grâce au coup de pouce de l' abbé Van Der. L' espoir fait vivre et 16 mois d' armée c' est long...
Sur le plan du travail donc, ces quatre mois se sont bien passés. En revanche, J' ai quand même beaucoup souffert des relations entre mes parents qui étaient loin d' être au beau fixe. Pour tout dire, c' était chien et chat , du soir au matin et du lundi au dimanche. Au Mans, il y avait parfois de la tension entre l' oncle et la tante, mais à Moreuil, cette constance dans la chamaillerie était épuisante. Mes parents sont tous les deux décédés, paix à leur âme, je ne vais pas m' étendre sur le sujet. Ils se sont séparés dans les années 70.
Alain paraîssait plus détaché que moi par rapport à ce problème. Faut dire qu' il était rodé, alors que moi, je débarquais dans ce conflit permanent. Trois autres frères étaient encore à Montalembert et les autres étaient beaucoup plus jeunes et faisaient avec...
Cette situation n' était pas pour m' inciter à revenir à Moreuil après mon service militaire. Il y avait aussi un autre point défavorable à mon retour au bercail, c' était la situation financière de l' entreprise. A en croire mon père, tout beignait dans l' huile, à en croire ma mère, nous étions au bord de la faillite. A en croire le comptable, qui me glissait quelques mots quand il venait, la situation était mauvaise, mais pas désespérée :" Si votre père voulait bien arrêter d' acheter des machines et vendre ses produits un peu plus cher, ce serait mieux " Mais allez donc faire entendre raison au père Morvillers ! Mission impossible !
Côté distractions, je pense que les seules sorties que j' ai faites, c' était pour servir de chauffeur à Alain et toute sa tribut. Nous empruntions le break ID de mon père qui ne refusait jamais. Nous pouvions tenir à 8.
C' était la grande époque des Yé-Yé, mais aussi de Jacques Brel qui passaient tous au cirque d' Amiens. C ' était l' époque des films qui attiraient les foules. Des queues interminables aux guichets. " Le jour le plus long" affichait complet pendant des semaines.
Côté coeur, ce fût le désert pendant 4 mois. Je suis parti seul à la gare de Moreuil avec ma petite valise en métal, le 3 janvier 1964. Personne ne m' a accompagné. Direction La Valbonne au sud de Lyon où je devais être le 4 au matin.







la semaine prochaine de
Quimper, de Concarneau et de Cabourg sur la route du retour
pauvre chou !
, il y avait un
autre français qui défrayait la chronique : René Vietto dit "le roi René". Seule la montagne l' intéressait. Il carburait au mélange : bière-cidre 50/50. Quant il était décidé, il partait seul
dans les cols et prenait des avances considérables...qu' il reperdait ensuite en attendant les autres...Pas facile d' imaginer ça aujourd' hui où tout est programmé à l' avance.
d' y arriver.
Maintenant, au moins, je peux partager ma
victoire, et souvent ma défaite, il faut bien l' avouer, avec ma femme ou mes enfants.