Mardi 17 juillet 2007
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15:27
Il suffisait de demander quelque chose d' un peu fou à mon père pour qu' il dise oui.
J' avais 20 ans, c' était les vacances, l' idée d' aller assister au GP d' Allemagne me passa par la tête. Comme j' aime bien partager mes plaisirs, emmener 4 frères avec moi me semblait une bonne
idée.
Avec un break ID 19 et 2 tentes, nous partîmes le jeudi matin de bonne heure. D' Amiens, il faut gagner le Luxembourg ( pas d' autoroute à cette époque) et le massif de l' Eiffel se trouve au-delà
du Luxembourg, pas trop loin. Nous ne nous sommes même pas posés la question du contrôle aux frontières, c' est dire la naïveté de cette opération. En fait, heureusement, nous n' avons pas été
contrôlés. Personne n' avait la majorité et certains de mes frères n' avaient même pas de carte d' identité.
Aux abords de circuit, nous nous sommes retrouvés derrière le camion BRM. Sans aucun complexe, nous nous sommes dits que si l' on arrivait à marquer BRM sur notre break, nous pourrions
peut-être entrer au paddock.
Il y avait une trousse d' urgence dans la Citroën paternelle avec un rouleau de sparadrap. Cela fit notre affaire. Notre véhicule étiqueté BRM rattrapa sans peine le camion qui peinait dans le
massif montagneux. Nous le suivîmes jusqu' au circuit et pénétrèrent derrière lui au Paddock sans aucun problème. Là, nous fîmes de superbes photos de Clark, Brabham, Surtees, Graham Hill
etc...etc...
Le soir, nous ressortîmes facilement et allèrent installer nos tentes dans un recoin du circuit. Dormir avec les campeurs allemands qui font la fête à côté, relève de l' utopie. Mais bon, nous n'
étions pas là pour dormir.
Lors de la scéance d' essais du vendredi, il se produisit un incident que nous avons gardé en mémoire et qui fût notre récompense pour ce voyage un peu fou.
Dan Gurney qui pilotait pour Brabham tombe en panne juste devant nous. Nous étions quasiment au bord de la piste. Quelques minutes après, Jack Brabham, lui-même, arrive à 200 à l' heure, pile
devant son coéquipier et vient voir se qui se passe. Il lui manque un tournevis pour dévisser le capot. Il nous demande si nous n' avons rien sur nous et plus précisément une pièce d' 1
pfennig qui pourra faire l' affaire, nous n' étions pas riche, mais 1 pfennig, ça, nous l' avions. Je ne me souviens plus si Jack nous a rendu la pièce, sinon, nous sommes en compte avec lui depuis
44 ans.
La course le dimanche, ne fût pas trop captivante : Clark finit deuxième avec 1 cylindre en moins, derrière Surtees et sa petite Ferrari. Attendre 9 minutes entre chaque passage (le circuit faisait
22 km) est assez barbant. Les allemands en profitaient pour boire une bière dans leur tente et revenaient au bord de la piste dès qu' ils entendaient la sirène hurlente du 8 cylindres Ferrari.
Il y avait un dénommé Collomb qui finit dixième, ce français était encore plus fou que nous. Il transportait sa Lotus perso derrière un break, il était seul pour faire la mécanique et tout le reste
(entre autre le pilotage...) Après le GP, il mettait sa Formule 1 sur sa remorque et roulait toute la nuit pour être à son travail lundi matin. Il avait passé une annonce dans
Sport-Auto pour trouver un chauffeur pour le break et faire de la mécanique éventuellement.
J' avais répondu évidemment, mais je pouvais faire chauffeur et non mécano. Il m' a écrit gentiment de continuer mes études.