Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 14:05

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                                                Il nous arrivait, les jours un peu creux, de partir en balade dans les coteaux du vignoble alentour. Bien entendu, c' était toujours à l' initiative d' un gradé, militaire de carrière. On ne faisait pas n' importe quoi dans ce régiment, même si la discipline était souple. Un de nos adjudants, je dois dire le plus discret d' entre-eux était un pilote hors-pairs. Il maîtrisait parfaitement la conduite en quatre roues motrices et adorait nous en faire la démonstration,  nous à bord évidemment. Avec lui nous savions ce que voulait dire :"Rouler à tombeau ouvert". Dans les moments où nous étions certains de partir dans le fond d' un ravin, il arrivait d' un coup de volant à nous en sortir in-extremis. Au bout d' un moment, on arrivait à lui faire entièrement confiance, d' autant plus que nous le savions très sobre. On voyait, à sa tête qu' il prenait un plaisir fou. Il aurait fait un excellent pilote de rallye. J' ai perdu son nom et c' est bien dommage.

Un jour où le vignoble était recouvert de neige, il nous fît une belle démonstration de conduite à la suédoise. Ce jour-là, nous fîmes de belles rencontres comme ce groupe d' enfants qui s' échangeaient des cigarettes peut-être données par des soldats, avant de jouer avec leur luge.

 

Comme vous le voyez, il y avait de bons moments à Offenburg. La guerre d' Algérie étant terminée, c' était la première fois depuis 1939 que la France n' était pas en conflit quelque part dans le monde. L' armée proposait à des "appelés" comme moi, une prime de 20 000 F pour un engagement de 5 ans (je crois). A cette époque (en 1965), c' était une belle somme. La vie relativement facile, insouciante, la qualité de l' environnement, la gentillesse des autochtones, je devrais dire plus spécialement de la gente féminine locale, ma faculté à me faire obéir d' un groupe d' homme, tout cela  faisait que la proposition de l' armée ne me laissa pas indifférent. En face, je n' avais guère de solution tangible et concrète à mettre dans la balance. J' ai gardé ces sentiments pour moi, car, à notre table au mess, je serais passé pour un moins que rien.

En fait, il y avait différents points noirs difficiles à évaluer, mais néanmoins réels à la vie de militaire. Tout d' abord, la fréquentation des collègues, dont cinquante pour cent étaient des militaires genre baroudeurs qui, le soir, avant de rentrer chez eux, se saoulaient au panaché en se remémorant les histoires des bordels de Saïgon ou d' ailleurs. Je n' ai fait que quelques apparitions au bar du mess durant l' année passée au 43° RIMA, mais ce que j' en ai vu ne m' emballait pas plus que ça. Ensuite, il y avait la vie dans des logements genre HLM dans un quartier réservé à l' armée. Dans ce quartier, il y avait un cinéma français et un "Économat", genre de super-marché qu' on pourrait comparer aux magasins discounts d' aujourd' hui. Je suppose que les officiers étaient logés ailleurs, encore que...Peut-être seulement, les logements étaient-ils plus grands et plus confortables.

Entre ces différents points négatifs et surtout le fait d' être vilipendé par mes copains, cette possibilité (non pas d' une île) de m' engager, fît long feu, pour reprendre un terme militaire.enfant1.jpg

Reste que ma réinsertion commençait à me tourmenter sérieusement...

Par astondbr
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 13:55

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                                 Le plus clair de mon temps de travail, je le passais à donner des cours de conduite aux jeunes recrues. L' instruction portait le nom harmonieux de FRAC, lequel signifiait Formation Rationnelle et Accélérée à la Conduite. Autrement dit, en deux temps, trois mouvements on formait les conducteurs qui pouvaient ensuite faire valider leur permis militaire en permis civil.

On partait de bon matin d' abord sur des pistes de l' armée, puis ensuite sur les routes de campagne, autrement dit de montagne quand les élèves étaient plus ou moins aguerris. Il n' y avait pas de double commande, autant dire

qu' il  fallait mieux que l' apprentissage sur les pistes de char soit bien assimilé avant de partir sur les nationales.

Nous partions à quatre. Moi devant, côté passager, un élève au volant et deux autres soldats derrière, agrippés au montant de la capote.

Si nous étions embarqués dans une route trop scabreuse, je reprenais le volant pour trouver un endroit plus sympa et moins dangereux. Un matin, sous un soleil radieux de printemps, j' ai repris le volant dans une descente abrupte et je me suis fait la peur de ma vie. Je ne sais pas si les passagers ont senti comme moi le danger. La jeep n' a pas beaucoup de frein moteur. Je faisais un peu le zouave et j' ai senti que la situation n' était plus sous contrôle. Dès que je touchais aux freins, la jeep se mettait en travers. Manifestement, il fallait mieux ne pas s' en servir trop violemment. Je rétrogradais et là j' eus la désagréable surprise de constater qu' il ne se passait pas grand chose, la vitesse ne diminuait pas.

Après quelques secondes de "pétoche" monumentale pendant lesquelles vous revoyez votre vie et vous dites pardon aux parents qui ne verront plus leurs enfants que dans un cercueil, à force de petits freinages, la jeep se calma et revînt à une vitesse qui permettait de négocier les épingles de la descente...OUF !!!

Encore aujourd' hui, je m' en veux  et je remercie mon ange gardien.

 

La plupart de mes élèves était des bons sujets et avaient un peu conduit avec papa et maman. Mais il y en avait un qui n' était pas dégrossi et qui me faisait peur. Un jour, au retour d' une balade, je lui demandai de nous ramener à la caserne. Il fallait passer en ville dans la circulation urbaine. Je n' avais pas confiance en cet élève et je râlais après lui, histoire de cacher ma peur. Il s' est énervé et m' a dit : "Si vous continuez à crier après moi, je perds mes moyens et j' en ai marre de vous entendre rouspéter." En fait, il n' avait pas tort. Je lui ai répondu :"OK, je ne dis plus rien."

En arrivant à un feu rouge, nous suivions un camion benne , je le vois encore. Je pensais "il (mon élève) jeep-dans-la-neige.jpg va se garer derrière le camion, il a vu que le feu était rouge".

Que pensez-vous qu' il arriva ?

Et bien, il fonça droit sous la benne du camion, nous n' eûmes que le temps de nous jeter sous le tableau de bord pour éviter d' être décapités...La jeep avait très peu de dégâts, juste le pare-brise, le camion civil rien du tout.

Nous étions tous les quatre blancs comme un linge mais sains et saufs et une bonne histoire à raconter au mess.

 

Quelques mois après, je vis mon élève rebelle et kamikaze au volant de la voiture du colonel, il souriait ironiquement en me voyant dubitatif.

Je me suis inquiété de savoir comme il avait eu ce poste et je demandai à l' adjudant responsable de la FRAC comment il attribuait la place enviée de chauffeur du colonel . Il me répondit : "Ne le répète à personne, mais je prends celui qui arrive dernier à l' examen du permis..."

 

Après notre retour de Steinten, très vite j' avais repris mes habitudes au Café Am Markt.

Frauke ne venait plus, elle "qui posait sa voix sur moi, comme un flocon de neige". 

Très vite on arriva au temps du carnaval, une fête qui ne cède en rien à l' ambiance de la Wienfest

Par astondbr
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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 15:00

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                              Comme pour m' éviter de ruminer et de m' apitoyer sur mon sort, nos chefs avaient programmé des manoeuvres à Steinten, en pleine Forêt Noire. Steinten se trouve plus bas vers le sud, à environ une centaine de km d' Offenburg. Les anciens nous avaient bien dégoûté en nous disant que l' hiver à Steinten, c' était quasiment la Sibérie. Mais bon, nous étions habitués à ces sortes de rumeurs qui servaient à alimenter les conversations dans les couloirs ou au mess.

Nous nous sommes néanmoins préparés  soigneusement. Tout l' escadron devait partir pour une semaine. Je me souviens du départ, d' autant plus qu' il me reste une photo de Tizzoni avec sa chapka et sa grosse pèlerine qui traînait à terre.

Le jour du départ il faisait déjà très froid à Offenburg et on nous annonçait des températures de 20 ° en dessous de zéro à Steinten. Le voyage par lui-même ne fût pas très confortable et plus nous approchions, plus nous ressentions la baisse de température. En fait, les anciens , pour une fois, ne nous avaient pas menti : il y a comme une sorte de micro-climat à Steinten qui rend cette région encore plus froide en hiver que les autres. Et c' est probablement la raison pour laquelle les allemands en avaient fait un camp d' entraînement pour leurs soldats et leurs véhicules.

Rassurez-vous, nous avons survécu.

Pour les sous-officiers et officiers, les logements étaient en "dur", glacials mais vivables. En revanche pour les hommes de troupe, c' était plus problématique car ils dormaient dans de grandes tentes avec un poêle au milieu. Ce fût un moyen de tester les sacs de couchage. Nous n' avons pas eu de réflexions désagréables, encore moins de rébellion. Il faut dire que nos hommes étaient doux comme des agneaux...

Le programme consistait surtout à faire des marches forcées dans la neige avec tout le barda. Les sous-off n' avaient rien à porter, mais il m' arrivait souvent de finir la marche avec un ou deux bardas de pauvres hommes de troupe qui n' en pouvaient plus. Le soir, ils n' avaient qu' une envie, c' est de se glisser dans leur duvet et de dormir jusqu 'au lendemain. Un jour nous nous sommes amusés à construire des igloos. C' était assez réussi.

La semaine, très dépaysante, se termina sans incident particulier.

 

Des incidents particuliers, et graves, il y en eût deux pendant la durée de mon service.

Le premier se passa à La Valbonne.

J' y ai repensé il y a quelques jours en voyant le très bon film "Tu seras mon fils". Un employé des cuisines, certainement mal conseillé, a voulu nettoyer la cuve à vin de la cantine. Il s' agissait d' une énorme cuve de 10 000 litres ou plus dans laquelle on pouvait aisément se tenir debout. A peine, il eût passé la tête par le couvercle qu' il fût asphyxié et tomba la tête la première à l' intérieur. Sa mort fût quasiment instantanée et il est fort possible que personne ne s' en soit aperçu immédiatement.

Le second s' est déroulé à Offenburg et fait partie des accidents classiques dans une unité de chars d' assaut.

Un soldat s' était positionné derrière une chenille. Le char a reculé sur lui. Le pilote ne s' est aperçu de rien...un char peut écraser presque n' importe quoi même une maison.igloo.jpg

Ces accidents n' ont évidemment eu aucune publicité. On a pu apprécier

ce que "la grande muette" veut dire. Même au mess, les chefs en parlaient en baissant la voix. En dehors des témoins et des proches des victimes, personne de la troupe n' en a rien su.

Par astondbr
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Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 14:00

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                                          Je n' ai gardé aucun souvenir de cette perm de fin d' année, en revanche le retour à Offenburg est resté dans ma mémoire, même si l' ordre chronologique des faits n' est pas évident à retracer.

Ce dont je suis certain c' est que Verré et moi (photo) avons été désignés pour être de" service de semaine"(photo), petite corvée dont j' ai déjà parlé et qui n' est pas contraignante sauf que l' on est assigné à résidence pendant une semaine. Avec Verré, l' un de mes meilleurs copains cela s' annonçait bien. Un bémol quand même, impossible de prévenir Frauke qu' elle ne me verrait pas le soir au café Am Markt. Nous n' étions pas au temps des portables, solution à tous les problèmes de communication entre amoureux.

En fait, le dilemme ne s' est pas posé.

Au cours de la semaine comme chaque matin, le vaguemestre vînt me livrer le courrier de l' escadron et en le classant, je trouvai une lettre pour moi. Moi qui ne recevais que des lettres de mon père ou de ma tante, j' étais très surpris. Je ne reconnaissais pas l' écriture.

Je m' assis pour la décacheter et la lire. Heureusement que j' étais assis. Verré était en face de moi. Au fur et à mesure de la lecture je devais changer de couleur car Verré s' inquiéta de ma santé. Une fois terminé, je lui donnai à lire. Moi qui ne me confiais jamais, surtout pour des choses intimes, j' éprouvais cependant le besoin de le faire. Verré lu la lettre et me dit tout de go : "Tu n' en as rien à faire, tu jettes cette lettre au panier et basta ! "

Cette missive provenait d' un français qui se prénommait Daniel, je crois, et qui avec des mots très violents, me reprochait mon amitié avec Frauke. Il avait été militaire comme moi au 43° RIMA, il avait connu Frauke, en avait fait sa fiancée. Ils  comptaient se marier prochainement. Il en avait connu des comme moi, jouant à l' amoureux avec les belles allemandes et les laissant tomber le jour de leur libération. Il m' informait que Frauke me donnait un ultime rendez-vous dans une Gasthaus dans la rue principale pour me confirmer le fond de cette lettre et qu' il n' était pas question que je continue à l' importuner. Certains termes me froissaient énormément car ils étaient loin de décrire la réalité.

J' eus l' impression d' avoir un grand vide à la place de l' estomac et je compris ce que voulait dire physiologiquement le terme "dépression". Tant bien que mal je terminai mon service de semaine le vendredi soir et le samedi après-midi je me rendis au rendez-vous.

Je n' étais jamais rentré dans cet établissement. C' était immense et ça sentait cette odeur particulière de soupe, de choucroute et de crème pâtissière. Les gens viennent s' y restaurer, boire une bière ou un café, qui lui aussi a une odeur spéciale. Frauke m' attendait, pâle comme un linge. Elle avait manifestement mal dormi ou pas dormi du tout. Je n' étais pas en meilleur état. En gros, elle me confirma qu' elle était belle et bien promise à Daniel et qu' elle s' était sentie obligée à un certain moment de lui révéler sa liaison avec moi quand, dans son coeur, notre amitié avait franchi un pas. D' où la fameuse phrase : "J' ai peur d' aimer encore" dont je n' avais pas saisi toute les nuances et qui n' était pas une erreur de traduction, mais à prendre dans le sens littéral des mots. Elle n' avait pas encore pris de décision définitive. Elle me dit ça pour atténuer le coup.

Elle ajouta que Daniel était dans la salle. Il observait donc notre conversation. Nous nous séparâmes difficilement. Je sortis dans le froid glacial du mois de janvier et me postais en face dans un arrêt de bus.

Je vis sortir Daniel, on ne pouvait pas se tromper, il portait un petit Loden marron 3/4, très à la mode en France, les allemands avaient les mêmes mais en kaki...J' attendis un moment et je vis sortir enfin Frauke qui posta une lettre à la boîte qui se trouvait près de la porte de la gasthaus. C' est la dernière fois que je l' aperçus.

Elle fût introuvable les jours suivants, à croire qu' elle avait arrêté de travailler.

La lettre postée par Frauke m' étais destinée et je la reçus à la caserne le lundi suivant.

Elle essayait de me ménager au maximum et prenaitmarc-offenburg2.JPG tous les torts pour elle. Elle était très heureuse des moments passés ensemble et elle espérait que je ne lui en voulais pas.

Elle a peut-être vécu heureuse à Malakoff (banlieue parisienne) avec Daniel, lequel, par un pur hasard, travaillait dans l' imprimerie...

Par astondbr
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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 13:57

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                                         Si l' on regarde une carte, on s' aperçoit qu' Offenburg est une grande clairière dans la Forêt Noire, ce massif qui part de Baden-Baden et va jusqu' au lac de Constance. Quand on est au Mont Sainte-Odile, en Alsace soit à peu près à une centaine de km, on voit très bien ce massif impressionnant  qui porte bien son nom, si le temps est clair évidemment.

Nous étions dans une région magnifique, je ne le répèterai jamais assez, car à cette forêt, venaient s' ajouter les vignobles qui s' étendaient jusqu' au bord du Rhin.

L' hiver était là, déjà il avait attaqué en Novembre, puis il y  avait eu un redoux, mais à quelques jours de Noël, il se montrait de nouveau pressant. Le thermomètre descendait, des flocons volaient de temps en temps. Bientôt j' aurais droit à une perm de détente ainsi appelée parce qu' elle est plus longue que les autres. Je m' en réjouissais, même si dans un sens, quitter Frauke me coûtait.

Peu de temps avant de partir, elle m' exprima un désir qui avait l' air de lui tenir beaucoup à coeur : elle voulait que que l' emmène avec trois autres copines faire une petite marche en Forêt Noire, pas de jour, mais de nuit. Elle m' expliqua que cela lui rappellerait son enfance, ou son adolescence, je ne sais. L' endroit n' était pas très loin de chez elle, il n' y avait pas de problème d' accès avec la traction.

Nous nous sommes donc retrouvés, les trois copines à l' arrière et Frauke à mes côtés, en route vers le lieu cher à son coeur. Il y avait une ambiance très gaie et très sympa dans la voiture. Ce n' était que rires et chansons. Elles n' avaient pourtant pas bu, mais elles étaient très joyeuses à l' idée de cette balade. Je ne pouvais pas profiter de ce qui les faisait s' esclaffer car tout se passait en allemand.

Au bout d' une demie-heure, nous avons garé la voiture. Nous étions en pleine forêt. Nous sommes descendus et les filles ont marché dans un chemin forestier couvert de neige. Il ne faisait pas noir car la lune nous éclairait largementforet-noire-blanche.jpg. J' étais un peu en retrait avec Frauke, mais elle continuait néanmoins à discuter avec ses copines et à chanter. A un moment elles ont entonné le fameux "Ô douce nuit, Ô sainte nuit" qui a été traduit dans toutes les langues. Je dois dire que c' était assez émouvant et féerique et  j' étais heureux de leur avoir offert ce plaisir, même si c' est par-dessus tout le bonheur de Frauke qui m' importait.

Sans entamer leur gaieté, le froid commença à geler les frimousses, les mains et les pieds. Nous décidâmes de rentrer. Toutes ces demoiselles habitaient Niederschofheim, ce fût donc facile de les reconduire chez elle. A la fin, seule Frauke resta avec moi. Nous nous sommes garées devant la maison de sa mère. Elle s' est rapprochée de moi, m' a remercié pour toute la joie qu' elle avait eu ce soir, la joie de ses copines aussi. Elle s' est calée sur mon épaule et m' a dit dans un souffle : "J' ai peur d' aimer encore".

J' ai ruminé cette phrase toute la nuit et pendant toute ma permission. J' ai cru à une mauvaise traduction. C' est quelques jours plus tard que j' ai compris le sens exact de ces quelques mots.

Ce fût la dernière fois que la traction me rendit service car Jérôme la rapatria en France à l' occasion de sa permission . Il me faudrait trouver un autre moyen de transport.

Par astondbr
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 14:21

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               Voici un petit résumé de ce que j' ai lu en juillet-août. Ces commentaires ont été rédigés à brûle-pourpoint, je ne les ai pas modifiés ensuite.

 

BLASPHEME de Asia Bibi, je commence par celui-ci car si vous n' allez pas jusqu' au bout de l' article il est important que vous ayiez lu au moins ce commentaire.

Du fond de son cachot nauséabond de 3mx2, Asia raconte comment elle a été condamnée à être pendue par les extrémistes pakistanais. C' est révoltant ! On ne peut qu' être scandalisé devant tant de méchanceté. Il se passe en 2011, en ce moment même où vous lirez ces lignes, des choses aussi abominables que pendant la shoa ou du temps des goulags en Russie. Les gouvernements qui soutiennent ces bourreaux ne sont pas dignes de sièger à l' ONU.

Asia, qui est chrétienne, est condamnée parce qu' elle a trempé sa timbale dans un baquet d' eau où se servaient des femmes musulmanes...Deux ministres qui la défendaient devant le monde entier ont été exécutés par des extrémistes. Les droits de ce livre serviront à nourrir ses enfants et son mari, obligés de se réfugier pour survivre.

 

INTUITIONS de Dominique Dyens.

Ce livre est un suspens psychologique, presqu' un thriller. Nous sommes dans la grande bourgeoisie habitant ST Germain-en-Laye. Un couple, dont le mari, Philippe, est avocat et la femme, Nathalie, agent immobilier. Une fille, Amélie, 15 ans, assez rebelle et un fils en stage aux USA. Le mari ne touche plus sa femme depuis quelques années. On sent que ça va craquer mais Nathalie est très pieuse et ne se décide pas à franchir le pas de l' adultère ou du divorce.

Soudain arrive une nouvelle par SMS, simultanément sur les téléphones de Philippe et de Nathalie : le fils revient pour se marier avec Gala, une française. Branle-bas de combat !!! Qui est cette fille ? Est-elle de leur niveau ? Comment se fait-il qu' elle ait vécu à St-Germain pendant son enfance ? Et surtout, pourquoi Nathalie tient fermée en permanence une chambre, objet de toutes les interrogations d' Amélie ? Un bon suspens, le dénouement est un peu compliqué pour moi.

 

PISE de Dominique Fernandez (voir article 20)

 

HOMO ERECTUS de Tonino Benacquista .

Pas de quoi se relever la nuit, mais plaisant à lire et original.

Des hommes se réunissent tous les jeudis soirs pour raconter leurs histoires de couple ou leurs histoires tout court.

L' auteur a choisi 3 d' entre-eux qui ont des atomes crochus et qui finissent la soirée derrière un dernier verre. Il y a Denis, le serveur de restau, qui fait une déprime et se retrouve au sortir de l' hôpital dans son appart, avec une femme qu' il ne connaît pas. Il lui a ouvert avec beaucoup de réticences et après force palabre sur le pas de la porte. On saura seulement à la fin la causalité de cette intrusion énigmatique.

Il y a Yves, le poseur de fenêtre, qui se paye des prostitués plusieurs fois par semaine.

Et Philippe, le philosophe, qui vit avec une des plus belles femmes du monde, laquelle l' emmènera pour une scéance photos en Asie du sud-est au moment du tsunami.

On suit ces trois hommes tour à tour. On finit par s' en lasser un peu sauf que l' intruse de Denis maintient un petit suspense.

C' est bien écrit. Benacquista nous avait habitué à mieux question humour.

 

LA JEUNE FILLE A LA PERLE de Tracy Chevalier.

Un des meilleurs romans concernant la vie d' un peintre. Le film qui a suivi, avec Scarlett Johanson, ne démérite pas.

L' auteur retrace 3 année de la vie d' une jeune fille, Griet, qui rentre, à 16 ans, au ser blaspheme-bibi.jpg vice du peintre hollandais Vermeer. Il n' était pas célèbre de son vivant, loin s' en faut. D' abord employée comme bonne à tout faire, le maître ayant repéré chez elle une certaine attirance pour la beauté et spécialement les couleurs, va lui demander de préparer ses peintures. Ce qu' elle devra faire en cachette et en plus de son travail habituel car la femme de Vermeer, la belle-mère et les grandes filles vont tout de suite la prendre en grippe et lui rendre la vie impossible. On se rend compte que l' artiste et Griet, belle et pure, ont une attirance l' un vers l' autre mais il n' y a pas plus de deux ou trois phrases pour nous le suggérer, c' est tout l' art de Tracy Chevalier.

Un des principaux commanditaires de Vermeer lui demande avec insistance de prendre Griet comme modèle. Le maître s' éxécute et demande à Griet de poser mais cela devra se faire en cachette de sa femme et de la maisonnée, ce qui occasionne pas mal de problème...

Ce que je n' arrive pas à savoir, c' est le degré d' authenticité de cette histoire. Le tableau existe, le fille a existé, la famille aussi, mais le reste ? C' est tout le talent de l' auteur de nous avoir fait pénétrer comme des petites souris dans cette maison flamande où on été peints les plus beaux tableaux du monde.

 

UN IMMENSE ASILE DE FOUS de Louis de Bernières

Beaucoup de nostalgie dans ce livre qui raconte des anecdotes survenues dans un petit village campagnard de l' Angleterre. A part une des histoires qui traîne en longueur, on trouve toujours de quoi sourire si ce n' est franchement rire. Dans sa postface l' auteur nous explique que toutes ne sont pas forcément vraies, mais qui l' en blâmerait ? Il est beaucoup question d' animaux et d' automobiles anciennes. Mais ce qui domine par dessus tout , c' est le sentiment que ce passé révolu était bien plus intéressant à vivre que le présent monde moderne. On a envie d' aller faire un tour dans le Surrey où se trouve ce petit village, les gens dont parle l' auteur ont bien sûr disparu mais il reste peut-être leur âme.  

 

ARRETEZ-MOI LA de Iain Levison

Un roman bien construit, sans temps mort, qu' on lit d' une traite. Le narrateur et héros du roman est chauffeur de taxi. Une nuit, il monte une femme à l' aéroport et la conduit chez elle. Cette dernière a une fille de 12 ans qui va disparaître et la police va tout de suite penser qu' elle est morte. Le chauffeur de taxi qui n' a rien à voir dans ce supposé rapt, va être accusé à cause d' une succession d' éléments négatifs pour lui. C' est une proie facile pour l' enquêteur. L' auteur va nous montrer toutes les imperfections de la justice américaine. Le lecteur va haïr le juge et le procureur qui vont maquiller la vérité pour que LEUR coupable soit condamné. On ne peut pas en dire plus sans anéantir le suspens.

C' est le roman le plus jubilatoire que j' ai lu cet été.

 

TU VERRAS de Nicolas Fargues

Les premières pages sont assez nébuleuses, mais heureusement on arrive très vite sur le fond de l' histoire à savoir la perte d' un garçon de 12 ans dans un accident de métro. C' est son père le narrateur et un tour sur internet vous soulage le coeur : l' oeuvre n' est pas autobiographique sauf que lorqu' il avait 6 ans, ce garçon a failli passé sous un autobus. De cette peur rétrospective, Fargues en a fait un livre qui vaut le coup d' être lu.

Beaucoup de remarques judicieuses sur les rapports père/fils dans un contexte tout ce qu' il y a de plus actuel. Il insiste lourdement sur les jeans "baggies" que le jeunes portent au ras des fesses, il en parle à toutes les pages, mais je le comprends...La fin n' est pas banale car une amie de couleur (en fait une témoin de l' accident) lui conseille d' aller en Afrique noire voir un gourou qui lui fera passer son chagrin. L' auteur connaît bien l' Afrique noire et ces dernières pages sont une très bonne façon de finir le livre.

Pas du tout mélo à partir du moment où l' on sait que c' est une fiction.

 

Lu encore : LA RIVIERE NOIRE de Analdur Indridason : j' ai de beaucoup préféré Hypothermie.

DU PLOMB DANS LE CASSETIN de Jean-Bernard Maugiron, un petit bijou que les gens qui connaissent un peu l' imprimerie ou la Presse apprécieront encore plus que les autres.

 L' ETE DE LA VIE de John-Maxwell Coetzee(prix nobel 2003) Dans ce troisième volet de son autobiographie fictive, l' auteur sud-africain dévoile avec pudeur ses échecs et ses amertumes. Pas rigolo mais accessible.

Par astondbr - Publié dans : littérature
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Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 13:57

 

 

   Au bout de quelques semaines de parlote journalière autour d' un thé, Frauke me suggéra de l' emmener passer une soirée dans une discothèque de sa connaissance. C' était en plein centre ville mais il fallait vraiment connaître. Il me faudrait la voiture, la déjà célèbre traction car je devrai la raccompagner à Niederschopfheim. Cela ne posait pas de problème, il fallait seulement que Tizzo et Jérôme n' en ai pas besoin ce soir là.

L' hiver approchait, le ciel était très couvert, la température très froide. Je retrouvai Frauke en ville et nous avons garé la voiture en face de la discothèque très discrète.

C' était minuscule et très cosy, à l' image du café Am Markt, nous n' étions pas dépaysés. L' ameublement était plutôt moderne, la lumière très tamisée. Dans un coin il y avait un joueur d' orgue électrique et un contre-bassiste et surtout une chanteuse.  La musique ainsi que la chanteuse étaient vraiment en sourdine, c' était très particulier. Nous pouvions parler sans être obligés de crier comme c' est souvent le cas dans les discothèques. Celle-ci faisait plutôt club de jazz.

J' avais prévenu Frauke que je ne savais pas danser, elle ne fît pas la grimace, elle avait l' air  heureuse d'être là, c' est tout, je ne posai pas de questions. J' aurai pu en profiter pour en savoir plus sur elle, sur sa famille, si elle avait eu des petits amis. Mais je ne me souviens pas avoir approfondi ma connaissance de cette beauté un peu mystérieuse.

Des jeunes gens sont venus l' inviter à danser, mais elle refusa toujours, bien que je l' encourageais à aller se dégourdir les jambes. J' étais vraiment bien bête car discotheque.jpgles morceaux joués étaient en grosse majorité des slows et j' aurai pu essayer de vaincre ma timidité maladive.

Vers minuit, Frauke manifesta le désir de rentrer. Nous sortîmes et une première surprise nous attendait : il neigeait à gros flocons. Je me voyais déjà montrer à Frauke mes talents de conduite sous la neige. Nous avancions vers la voiture lorsqu' une chose m' intrigua immédiatement : les phares étaient restés allumés et ils avaient l' air bien fatigué. Dès que j' eus tourné la clef de contact, le verdict tomba, raide et définitif, la batterie était à plat. Exit la reconduite de Frauke chez elle, exit la balade sous la neige, voir la panne classique. Je blague car le coeur n' était pas au romantisme. Frauke me déchargea tout de suite du  problème de la reconduite chez elle. Elle se rendit sans faire d' histoire à la station de taxi.

En revanche, pour ma part il fallait que je rentre pédibus jambus à la caserne et annoncer le lendemain dimanche à Jérôme qu' il aurait un dépannage à faire. Il se montra très compréhensif, lui-même étant assez étourdi surtout en compagnie des filles.

 

   Quelques semaines après, Frauke me proposa une soirée dans un autre endroit. Manifestement, elle n' avait pas conservé un si mauvais souvenir de notre première sortie nocturne. C' était dans un club un peu plus remuant que le premier. On y dansait cette fois des danses modernes et il y avait beaucoup de jeunesse. Il y avait plus de bruit et plus de lumière. On nous servait un grand verre ballon de vin blanc du Rhin et nous faisions la soirée avec ça .  Pas de quoi se ruiner, il fallait mieux car je devais être particulièrement désargenté, ce qui n' était pas une préoccupation majeure.  Quand je dis qu' il y avait plus de bruit, c' est vrai mais rien à voir avec les sonos de nos jours. De plus la jeunesse allemande était d' une correction exemplaire.

On vînt plusieurs fois inviter Frauke qui refusa comme l' autre fois. Et pourtant je voyais qu' elle trépignait. Quelquefois, elle me disait " Tu sais ce n' est pas compliqué, regarde! ".

Pour finir, le vin blanc aidant, je l' invitai sur un twist très à la mode en 1964. Rien n' aurait pu  lui faire  plaisir davantage. Elle se lança sur le petit bout de piste libre et fît une démonstration qui en laissa baba plus d' un et moi le premier. Pendant que je me tortillais les genoux , elle dansait à ras du sol, sa jupe serrée ne lui posant pas de problème apparemment. Si je l' avais invitée sur un slow, je ne sais pas comment elle aurait réagit.

En revenant s' asseoir, son visage irradiait, elle était folle de joie. Elle me remercia avec beaucoup de sincérité.

 

Elle avait prévu de rentrer en taxi, tant pis, la traction marchait bien ce soir là.

 

La photo n' est pas du tout représentative même si elle représente un beau couple de danseurs.

Par astondbr
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Mardi 16 août 2011 2 16 /08 /Août /2011 14:10

eva-marie-saint.jpg

                                            Lors des repas pris en commun au Mess, nous parlions de tout et de rien. Pas de voitures car mes camarades n' étaient pas branchés sauf Jérôme, pas trop de sport non plus, j' aurais aimé ces deux sujets car j ' étais resté abonné au journal L' Equipe que je recevais avec une journée de retard; de femmes bien sûr, encore que ce n' était pas un sujet de prédilection, mais surtout de la vie en général, de celle de la caserne en particulier, et des anecdotes relatives à notre travail de sous-off.

Au cours d' un repas, nous étions venus à parler le la belle blonde du café Am Markt. Certainement peu de temps après "l' attaque " du maréchal des logis Cadiot (voir chapitre précédent). Nous étions unanimement d' accord pour reconnaître que cette fille était très belle et assez mystérieuse. Je disais à mes copains que je n' avais jamais pu croiser son regard et aussitôt Verré de s' écrier : "Détrompe-toi, tu as un fameux ticket avec elle !

- comment peux-tu savoir ça ?

- je le sais, c' est tout et tu peux me faire confiance

- alors Marc, ajouta Cadiot, qu' est ce que t' attends ?

C' était presque une mise en demeure de la part de mes deux copains. Je me doute bien que j' ai dû ruminer cela pendant plusieurs jours avant de me décider. Un soir que le Am Markt était suffisamment plein pour que la petite phrase "sésame" "ist das frei ?" ne soit pas incongrue  , je la prononçai devant la blonde et sa copine assise à leur table habituelle où il restait une place de libre.

La réponse vînt en français :" Oui, s'il vous plaît " accompagnée d' un petit sourire de la blonde et d' un franc sourire de la brune. Vous conter ce qui s' est dit ce soir soir là serait pure invention de ma part et je ne suis pas dans une perspective romancière. Je suis à peu près certain que nous avons échangé nos prénoms. La blonde se prénommait Frauke, et la brune Claudia. Pour ce qui est de Frauke, je n' ai jamais réussi à le prononcer correctement, je pense que ça se rapproche de Fra  au ké, mais elle ne m' en a jamais voulu de mal placer l' accent tonique. Je vous ai trouvé deux photos, une d' Eva Mari-Saint très en vogue à l' époque du film "La mort aux trousses" et l' autre de Marlène Dietrich.  Frauke ressemblait un peu aux deux mais évidemment avec sa jeunesse, ce qui ne gâtait rien.

Manifestement, elles étaient heureuses de parler avec un étranger plutôt que d' attendre plus ou moins patiemment que l' heure de leur bus arrive. Frauke parlait le français sans accent et Claudia avouait de pas le parler mais en fait elle comprenait bien tout ce qu' on disait. Elles habitaient toutes les deux Niederschopfheim, aux alentours d' Offenburg, un petit village typique et croquignolet.

Au fil des soirées, cette rencontre au Am Markt devînt un rituel, je n' avais plus besoin de demander si la place était libre avec mon mauvais accent. Frauke avait bien vu que je m' intéressais plutôt à elle qu' à sa copine et un jour elle me suggéra d' emmener avec moi Verré car elle m' expliqua à demi-mot que sa copine était libre et cherchait un petit copain. Je m' en suis ouvert à l' intéressé mais bon, ça ne l' a pas branché...Faut dire que Claudia avait bien une trentaine d' années, ne parlait pas français couramment et physiquement moins attrayante que sa camarade.

Il eût quand même l' occasion de les faire danser toutes les deux...

Comme je l' ai déjà dit, Mittworch, mercredi en allemand est un jour ou plutôt un soir au cours duquel les allemands se lâchent un peu, surtout les jeunes. Il y avait dans la rue principale un espèce de bâtiment préfabriqué qui faisait office de dancing surtout le mercredi soir. Évidemment, je n' y avais jamais mis les pieds,ne sachant pas danser à ma grande honte.

Il s' est avéré que ce lieu était fréquenté par les gens du Am Markt. Un mercredi donc, Tizzo, qui avait déjà trouvé l' âme soeur, et Verré, se décidèrent à aller voir ce qui se passait dans cette ginguette. Moi je montais me coucher avec l' Equipe de la veille et l' ineffable Cherrier qui ne sentait pas le jasmin (voir chap 224).

J' essayais de m' endormir mais le sommeil ne venait pas. L' heure tournait. J' imaginais mes copains aux bras de Frauke. Pourquoi n' aurait-elle pas été danser comme toute la jeunesse d' Offenburg ?

Je n' avais pas fermé l' oeil quand Tizzo et Verré rentrèrent passablement ravis de leur soirée. Ils me poignardèrent en me disant qu' ils avaient dansé avec Frauke et Claudia, lesquelles avaient d' ailleurs demandé pourquoi je n' étais pas sorti avec eux. Cette petite pensée m' évita la déprime complète.

Quand je retrouvais les deux filles au Am Markt le lendemain, Frauke ne me parla de rien. De ce jour, Claudia cessa plus ou moins de lui tenir compagnie.

De quoi parlions nous en tête-à-tête ? Je ne saurais vous dire exactement. Par petites touches nous apprenions à nous connaître. Elle était loin de dire l'

 

essentiel. Un 280pxMarlene_Dietrich_26.jpg soir, elle m' étonna beaucoup, elle si réservé et très comme il faut, elle me raconta qu' elle avait passé sa dernière nuit à repeindre les meubles de sa chambre. Elle logeait chez sa mère. Elle les avait repeints en style baroque, c' est-à-dire très coloré. Comme elle était certaine que sa mère soit contre son projet, elle avait coupé court en s' y mettant la nuit et en finissant le travail au petit matin...Elle ne m' a jamais invité à venir voir le résultat.

Par astondbr
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Mardi 26 juillet 2011 2 26 /07 /Juil /2011 14:20

rampe.jpg

         

               Ce chapitre aurait pu s' intercaler après le chapitre 216 où je commençais à vous parler de ce lieu très cosy qui fit le bonheur de mes soirées pendant presqu' un an, le temps de mon séjour à Offenburg.

C' était en plein centre-ville, mais dans une rue très étroite et peu passagère. Il y  avait un petit sas à l' entrée, en face duquel il y avait les sanitaires et les cuisines, à droite un petit salon dans lequel je n' ai jamais pénétré et à gauche, un salon plus grand avec des banquettes précédant une salle plus commune et surtout moins confortable car il n' y avait que des chaises.

offenburg.jpg Au début, c' était l' été, un été chaud comme je l' ai souvent écrit. J' y allais seul pour boire un lait fraise. Il y avait peu de fréquentation car c' était la période des vacances. J' y entraînais quelquefois Verré avec lequel je m' entendais bien.

Les serveuses étaient des femmes d' un certain âge, très stylées, habillées en robe noire et col blanc, très ambiance salon de thé, ce qu' elles servaient d' ailleurs, mais surtout dans le salon à droite et accompagné de pâtisseries énormes et crémeuses.

Une des serveuses, qui n' était pas la moins âgée, rougissait beaucoup quand elle me voyait. Son trouble n' était pas passé inaperçu aux yeux de ses collègues et sans rien comprendre de leurs petits apartés, je voyais bien qu' elle se faisait charrier. J' ai su beaucoup plus tard le fin mot de l' histoire, pratiquement juste avant mon retour en France.

Cette brave dame avait connu un homme qui me ressemblait, qui aurait pu être mon père. Mon père qui avait été travailleur forcé pendant la guerre sur une péniche qui voguait sur le Rhin. J' ai déjà raconté cette anecdote (chap. 39). Le couple de marinier avait un fils que mon père avait eu envie de tuer tellement il était nazi et odieux avec lui. Heureusement ce fils fût appelé à partir à Stalingrad. Et mon père passa le reste de son service forcé entre le père et la mère qui étaient charmants. Mon père fit comme beaucoup de français dans son cas, lors d' une permission, il resta en France à se cacher et ne retourna pas sur le Rhin. J' ai bien sûr parlé de cette femme, serveuse à Offenburg, avec lui. Il a sourit, me demandant de lui décrire, mais c' était un homme toujours tourné vers l' avenir, le passé ne l' intéressait pas, Il n' a pas épilogué. De mon côté, je n' ai pas pu m' entretenir avec elle car elle ne parlait pas du tout français et surtout se défilait dès que j' arrivais. Avouez que l' histoire pourrait être développée et faire l' objet d' une nouvelle.

Dès le mois de septembre, les habitués se firent plus nombreux et chacun reprit la place qu' il occupait avant les vacances. A une petite table centrale, il y avait deux femmes, l' une blonde, presque blanche, comme Eva Marie-Saint à l' époque, très belle, l' autre, auburn, beaucoup moins remarquable. Elles prenaient un thé et repartaient au bout d' une demie-heure. J' ai su plus tard qu' elles venaient là en attendant leur bus pour Niedershofeim, une jolie bourgade autour d' Offenburg. La blonde, très élégante, ne regardait jamais les gens, du moins, c' est ce que je pensais car je ne croisais jamais son regard, sa copine était plus souriante.

A une table d' angle, venait  une blonde, coiffée à la lionne. souvent habillée d' un simple pull rouge ras-du-cou. Venaient la rejoindre quelques amies dont une, très souvent, coiffée à la garçonne et son copain. C' était une table très joyeuse.

A l' autre bout s' installait "le rital", je suis désolé pour ce terme péjoratif, mais c' est Verré qui l' avait baptisé ainsi et il était vraiment italien car il ne se gênait pas pour nous apostropher, nous qui n' avions jamais voulu nous installer à sa table. Son accent trahissait son origine. Il devait travailler dans un bureau et était un célibataire macho dans toute sa splendeur. Il avait l' air de connaître certaines filles qui passaient de temps en temps. Comme un blonde coiffée comme une gerbe de blé mal ramassée. Elle arrivait, prenait un thé, repartait presqu' aussitôt. Le rital nous disait : "Elle connaît le boulot !" Je me suis demandé longtemps ce qu' il entendait par là...Il nous a dit aussi qu' elle avait une particularité : elle avait un peu de poils autour des tétons, c' était un signe d' une grande capacité à faire l' amour...je n' en ai jamais douté, il était comme ça notre rital...

Il y avait aussi Gudrune, aussi brune que les autres était blondes. Un peu ronde mais un éternel sourire accroché aux lèvres. Elle, pas de doute on pouvait croiser son regard, elle ne nous quittait pas des yeux. Tout le monde la connaissait, elle venait certainement depuis plusieurs années passer un peu de temps au Am Markt.

Comme vous le voyez, il y avait matière à observer et à plaisanter sous cape, Verré et moi.

Au tout début, nous avions emmené Cadiot un soir où nous avions probablement arrosé quelque chose car ce dernier était dans une forme olympique. Vu l' état d' ébriété du collègue, nous nous étions installés dans la pièce du fond mais nous avions en ligne de mire (normal pour des militaires) la table avec la belle blonde (Eva Marie-Saint) et sa copine. Impossible de ne pas voir la blonde qui"crevait l' écran". Cadiot nous dit qu' il fallait passer à l' attaque, que c' était même notre devoir et il nous montra le chemin en se mettant à ramper sur le sol comme on le faisait à l' exercice quelquefois. Tout en rampant, il donnait des ordres à la cantonade. Ce fût le plus grand fou rire de tout mon service militaire. Après cet épisode, Cadiot n' est plus jamais ressorti avec nous.

Une des photos représente Cadiot en plein exercice de" rampé", mais sur de la glace. Il ne reste pas de trace photographique du "rampé" au Café Am Markt, dommage...

 

Par astondbr
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Mardi 19 juillet 2011 2 19 /07 /Juil /2011 13:55

les-adjudants.jpg

 

                  Bien que la vie soit plutôt "cool" pour les "appelés" que nous étions, il y avait quand même quelques fois des petits moments de stress. Ces épisodes n' arrivaient pas sans prévenir. Nos amis, les adjudants (photo), j' aurais du dire nos chefs, nous y préparaient longtemps avant, d' autant plus qu'ils étaient en première ligne. C' était leur métier d' être des soldats, pas le nôtre.

L' annonce des "évènements" étaient souvent faite par les cuisiniers de l' état-major qui venaient nous rendre visite au foyer pendant leurs moments de liberté. Il s' agissait souvent de rumeurs, mais allez donc savoir si c' était une rumeur ou bien une nouvelle dont il fallait tenir compte...

Ce qui m' avait pas mal stressé c' était la possibilité d' être désigné pour être responsable du poste de garde à l' état-major du "gégé" ( le général de la place d' Offenburg). Ca devait me tomber dessus un jour ou l' autre. C' était tout un week-end, du samedi matin au lundi matin. C' était à l' extérieur de la caserne, dans l' enceinte où se tenait la résidence du gégé et de sa famille. Les fameux cuisiniers faisaient courir le bruit que si le gégé était en bons termes avec sa femme, on ne le voyait même pas au poste de garde de tout le week-end, en revanche si c' était la guéguerre entre les deux époux, il y a fort à parier que le "big chief" vienne passer ses nerfs au poste de garde et embêter le pauvre maréchal des logis responsable du poste.

J' ai été une fois de service. Tout s' est passé comme sur des roulettes. Nous n' avons pas vu le gégé du week-end. Mes hommes ont été très  calmes. J' ai pris mon temps de garde en écoutant les émissions de nuit sur le petit poste que j' avais déjà à St-Brieuc. Je me suis quand même fait bien suer mais sans aucune remarque à noter sur le cahier de consignes. Je crois que ce fût la seule fois où j' ai monté la garde de tout mon séjour à Offenburg.

 

Bien plus important que la garde était le déclenchement possible d' une alerte générale. Nos adjudants la redoutaient par dessus tout et nous communiquaient leur angoisse. Plus le temps s' écoulait, plus il devenait évident que l' alerte approchait. La périodicité n' était pas inscrite dans le règlement, mais bon an, mal an, il fallait que le gégé déclenche au moins une alerte . Là encore, les cuisiniers y allaient bon train de leurs derniers tuyaux. Là aussi, l' entente qui régnait entre le gégé et sa femme jouait beaucoup sur le déclenchement de l' alerte.

Une semaine du printemps 1965, nos chefs finirent par savoir qu' il y avait de l' alerte dans l' air et l' atmosphère devint plus lourde. La neige avait fondu autour d' Offenburg. Le terrain était accessible, nous n' allions pas y couper. Mais quel jour et à quelle heure ? Sans vraiment avoir des directives précises, nous glanions les informations à droite et à gauche. Quelle serait notre rôle, nous les "appelés" ? On avait l' impression que nos collègues militaires de carrière avaient déjà suffisamment d' angoisse pour nous encadrer correctement.

Finalement, un soir, en sortant du mess, après le dîner, la sirène de la caserne se mit à hurler pendant un long moment, signe qu' il fallait s' activer.

Mais s' activer à quoi ?

Je vis des soldats commencer à courir dans tous les sens. J' appris que nous devions tous être sur le terrain de manoeuvres ( à 5 km d' Offenburg) à  5 heures du matin, le régiment en ordre de marche prêt à partir combattre l' ennemi...

Vers 22 heures, une estafette vînt me dire dans ma chambre où je m' étais réfugié en espérant qu' on m' oublierait :" Vous devrez vous présenter sur le terrain de manoeuvre comme les autres, mais en tenant une pancarte "Char en panne" car le char que vous deviez piloter est en réparation et ne pourra pas être remis en service pour cette nuit". J' ai cru à un gag, j' ai cru à un épisode de la 7° compagnie ou des Charlots à l' armée...

Mon adjudant me confirma que c' était possible, quand le char est en panne, on vient avec une pancarte. Dans un sens ça m' arrangeait bien car depuis que j' étais arrivé à Offenburg je n' étais pas remonté dans un AMX 13 et j' aurais été bien incapable de piloter. Je laissais donc les autres s' affoler, je ne m' étais pas encore changé, j' avais tout mon temps.

Sur les coups de minuit, je me décidai à me mettre en treillis de combat et à passer mes rangers.

Je cherche désespérément mes chaussures, ...pas de rangers...J' interroge Cadiot qui pointe son nez entre deux courses à travers la caserne. Il me dit :" Je crois que c' est l' idole qui te les a empruntées" .

L' idole, c' est le Maréchal des logis Smet, alias Johnny Halliday dont la chambrée est juste en face de la mienne. Je frappe à sa porte et j' entre sans attendre. Le chanteur se repose. J' apperçois mes chaussures et lui fait remarquer qu' elles sont à moi. Il me répond : " Excuse-moi, partenaire ! mais les miennes étaient très sales et les tiennes impeccables, j' ai cru que tu avais une paire de rab, reprends-les je vais me débrouiller autrement. "

Vers deux heures du matin, je me suis inquiété pour cette fameuse pancarte et savoir par quelle moyen de locomotion j' allais me rendre au champs de manoeuvre. Ne trouvant personne vraiment qui puisse répondre à mes questions, je me pointai à l' atelier de mécanique où étaient réparés les chars.

Là, interrogeant les gradés les uns après les autres, je finis par apprendre que les mécanos avaient bossé comme des dingues et que mon char allait être réparé.

Pauvre de moi !! Certes, c' était plus glorieux de passer l' inspection du Général debout sur un char que de porter une pancarte "Char en panne" , mais encore fallait-il que je puisse conduire l' engin, traverser Offenburg, me rendre au terrain de manoeuvre, c' était quasiment mission impossible. Je sus assez bien exposer mon cas et l' adjudant qui dirigeait l' atelier demanda au mécano qui avait effectué la réparation de prendre les commandes et il me dit de m' installer dans la tourelle. Le mécano n' était pas content du tout, mais pas du tout, c' était un "engagé", il se mit aux commandes en râlant mais me conduisit le moment venu sur les lieux du rassemblement général.

Le jour pointait quand les habitants d' Offenburg furent réveillés par le régiment partant en ordre de combat vers le champ de manoeuvres. Après une nuit sans sommeil, nous étions transis dans notre treillis, avec nos radios sur la tête, entendant des crachotements incompréhensibles. Mon pilote, un champion, suivit la colonne et une fois arrivé sur le terrain s' alligna près des autres. Nous étions en dernière position ou presque. On m' avait dit : " Le gégé va passer l' inspection, il peut éventuellement poser quelques questions sur les caractéristiques du char." Vite fait, le pilote me balança quelques chiffres que j' essayai de retenir.

Vers 8 heures, le général se pointa et commença son inspection, je remarquai qu' il n' avait pas lacé ses rangers et  qu' il les avait sorties d' une boîte neuve...Il inspecta les chars comme prévu. Je le voyai arriver petit à petit vers nous. Je révisai les caractéristiques dans ma tête...Le général s' arrêta juste au char précédent et termina là son inspection...sans un regard pour nous.

 

Il ne me restait plus qu' à remercier chaleureusement mon pilote qui était singulièrement frustré, lui qui venait de passer 24 h non stop et peut-être plus à réparer un char qui n' attira même pas un clin d' oeil de la tête étoilée...

 
Par astondbr
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